26.05.2008

Quand les jeunes UMP débattent de l'homoparentalité

1159780399.png Très peu de filles. Chemise et veste de rigueur, cravate superflue, look métrosexuel, cheveux courts ou coupe à la «Péril jeune» version assagie. L'air décontracté donc, mais rien en tout cas de cette négligence affectée des jeunes de partis de gauche: bienvenue au lancement de «Génération Sarko, génération sans tabou» par les Jeunes UMP, ce samedi 24 mai. Premier débat : «l'homoparentalité». Intervenant: moi.

[Suite aux nombreux commentaires de militants UMP, je vous invite à lire la mise à jour en bas de ce billet]

«Ca ne vous fait pas peur?» me demande à l'entrée un journaliste de la chaîne parlementaire. Moi, bravache: «Certes, je ne suis pas en terrain conquis, mais c'est là l'intérêt: convaincre des jeunes qui, a priori, ne sont pas forcément d'accord. Prêcher des déjà convaincus, c'est facile, j'ai l'habitude, mais ça sert à quoi?»

Exposé en cinq parties: c'est quoi l'homoparentalité, ce qu'en dit le droit, ce que demandent les associations, les réponses de la majorité, les «tabous» qui subsistent. Quinze minutes de démonstration. Applaudissements. Ouf, le message passe.

Viennent les questions. La première, légitime: «Je ne suis pas homosexuel et je n'ai pas d'enfants, et je n'ai justement pas d'avis sur la question. Qu'en est-il des études qui ont été faites sur les enfants élevés dans des familles homoparentales?» Un classique, néanmoins légitime. On y répondra. A la deuxième intervention, ça se corse. Ce jeune homme-ci se présente comme responsable des jeunes du Forum des Républicains Sociaux, comprenez le parti de Christine Boutin. Tout y passe: les études que je m'apprêterais à citer sont toutes biaisées, il ne faut pas légiférer pour imposer des nouvelles normes, il faut donner ce qu'il y a de mieux aux enfants, à savoir un père et une mère, etc.

Le débat prend la forme d'un jeu de rôle, je joue donc le mien. Si les études montrant que les enfants issues de familles homoparentales ne vont pas moins bien que les autres peuvent être contestées, c'est bien parce qu'elles existent, au contraire de celles qui démontreraient l'inverse, dont on ne trouve trace nulle part. Je parle du stigmate qu'une telle question fait peser sur ces enfants, sans cesse sommés de démontrer qu'ils ne sont pas anormaux et qu'ils ne finissent pas à l'hôpital psychiatrique.

Roger Karoutchi et Eric Raoult, intervenants d'un deuxième débat intitulé «La politique est-elle un sport de vieux?» — ça ne s'invente pas — s'installent à la tribune, au moment de la deuxième volée de questions, plus incisive. «Pourquoi faire peser sur l'enfant le choix de ses parents? A l'école, comment supporter le regard des autres?» Une jeune femme, métis, lui rétorque qu'avec ces arguments, il aurait fallu interdire aux couples mixtes d'avoir des enfants il y a vingt ans. Puis Freud est convoqué à la barre. Droit des enfants vs. droit à l'enfant. Enfin, une jeune femme se récrie sur le projet du gouvernement de donner un statut au beau-parent : «Pourquoi vouloir légiférer sur des cas particuliers?»

Roger Karoutchi semble atterré par la salle, Eric Raoult par mes réponses, si j'en juge par les ronchonnements qui parviennent à mon oreille. A l'applaudimètre, les jeunes boutinistes font un carton. Et me voilà à défendre devant des militants UMP réticents le projet du gouvernement sur la création d'un statut pour le beau-parent… Roger Karoutchi recadre, conclut et se taille un succès unanime, en déclarant que, sur bien des questions, c'est la gauche qui se montre le plus souvent conservatrice. S'il le dit…

A la sortie, les organisateurs, qui n'ont pas manqué de courage en programmant ce débat, tentent de me convaincre de ne pas rester sur cette impression. Ce que j'ai reçu durant une heure de l'image des jeunes UMP ne serait pas fidèle à la réalité des troupes. Quelques gays de droite quittent néanmoins la salle, dépités.

Moi-même je passe par toutes les remises en questions. Fallait-il venir? Oui, malgré tout. Ai-je été bon? Pas autant que je l'aurais voulu dans ma répartie. Mais le plus dur, c'est d'avoir été confronté à des gamins de dix ou quinze ans plus jeunes que moi, avec des idées du siècle dernier. Affronter des vieux cons réacs, ça se gère, on finit par se dire que, si, on ne les convainc pas, le temps aura raison d'eux. Mais pour ce que je viens de voir, il faudra se rassurer avec d'autres arguments…

Alors, sans tabou la Génération Sarko? Peut-être pas. Génération décomplexée, oui, certainement.

(Image ci-dessus : capture d'écran du groupe Facebook consacrée à Génération Sarko)

[MAJ 17h03 : Ce billet suscite deux types de remarques chez ses lecteurs qui se revendiquent de droite :

1/ «Vieux cons réacs» et «idées du siècle dernier» sont des mots qui choquent ceux qui se sentent visés. Serait-ce excessif ?

Rappelons que dans ce débat, il s'agit de l'affrontement entre deux points de vue qui ne s'équilibrent pas si facilement. Les uns vivent une discrimination et revendiquent un meilleur traitement. Les autres le refusent, non parce que ce meilleur traitement remettrait en cause leur mode de vie ou leurs propres droits, mais parce que ces revendications sont contraires à leur vision du monde. Les uns revendiquent des droits qui ne coûtent rien à personne, les autres veulent le leur interdire.

Les jugements portés sur des modes de vie et sur des situations de fait qui ne sont pas conformes à la famille traditionnelle m'ont donc particulièrement secoué. Et ce, d'autant plus que ces jugements s'étendaient à d'autres formes de familles, monoparentales ou recomposées. C'était dit en des termes polis, sans haine apparente ni vocifération, mais c'était dit. Ces points de vue ne me semble pas d'une criante modernité.

2/ Quant à la partie de la salle, plus modérée, plus interrogative ou même favorable à une évolution de l'UMP sur ces questions, je conviens que cette description des débats peut décevoir, en ce qu'elle ne donne pas l'image souhaitée d'un mouvement qui se veut l'avant-garde jeune de la majorité. Mais ce que j'ai écrit là, c'est bien ce que j'ai ressenti.

Oui, l'écoute était au rendez-vous, et oui, j'ai pu répondre à plusieurs arguments : j'en remercie encore les organisateurs. Mais cet accueil poli ne retire rien à ce que j'ai entendu, je n'ai pas été pas le seul à le vivre ainsi.

J'ai la chance de ne pas être directement concerné, n'étant pas dans un projet parental, donc je suis encore capable de me distancier. Mais pour des personnes directement concernées par les débats qui auraient eu à les entendre — mères célibataires, couples homoparentaux —, ce billet devrait au contraire leur sembler d'une extrême modération.

Je sais qu'on peut être de droite et militant sincère des libertés individuelles. Malheureusement, ce samedi après-midi, malgré toute la bonne volonté des organisateurs, ce n'est pas ce point de vue qui a été le plus développé.


Chacun fait son boulot. Permettez que je fasse le mien en étant un minimum exigeant vis-à-vis de mes interlocuteurs.]

Alain Piriou 

13.05.2008

La France, une démocratie ???

Quand la police saisit tracts et journaux pour une visite de Nicolas Sarkozy

POLITIQUE - La scène se déroule dans le centre-ville de Vienne (Isère), mardi en fin de matinée, une heure et demie avant l'arrivée de Nicolas Sarkozy. Le chef de l'Etat visite une usine à ce moment-là, et il est attendu ensuite dans la salle des fêtes de Vienne, pour  participer à une table ronde sur "la modernisation de l'économie française". Des militants veulent manifester aux abords. Certains du PS, d'autres du PCF, d'autres encore de la la LCR. Ils sont environ 150 à 200, selon un journaliste présent. Mais il y a également énormément de policiers en civil, sur la place et dans toutes les rues avoisinantes. Normal pour une visite présidentielle. Sauf que le journaliste présent constate que les policiers sont en train de contrôler et fouiller les militants, et surtout de saisir tous leurs tracts, leurs autocollants, et même leurs journaux. Celui-ci a Rouge dans son sac ? Saisi. Celui-là l'Huma à la main ? Saisi également. Quelques jeunes gens de la LCR refusent de remettre leurs tracts, ils sont alors menottés et embarqués. Sous l'objectif d'un photographe...

Photos : JPK

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Fouille du sac d'un militant

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Une pile de tracts saisis


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Menottage d'une militante qui a refusé de donner ses tracts


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Arrestation de la même militante

LIBELYON

08.05.2008

J'ACCUSE

Moi, Janine Thombrau, rongée par une Sclérose En Plaques , n'ayant pas choisi d'être handicapée ni de ne pouvoir travailler, en mon nom et celui de milliers d'autres exclus, malades, travailleurs précaires, citoyens sans toit….

 

JE DENONCE…

 

- Je dénonce le pouvoir de notre pays incapable d'assurer la protection de ses citoyens les plus fragiles.

- Je dénonce le pouvoir législatif, Députés et Sénateurs, qui, malgré leurs belles paroles tricotées de condescendance et de compassion de théâtre, ignorent totalement le vécu d'une grande part de leurs concitoyens.

- Je dénonce le pouvoir exécutif qui, avec la complicité des deux assemblées, prend aux plus pauvres pour donner aux plus riches…. Et ce même pouvoir de n'être rien de plus qu'un pantin au service des plus riches.

- Je dénonce les dirigeants d'un pays qui dans quelques jours sera à la présidence de l'Union Européenne et j'ai honte pour nous quand ces mêmes osent dire que le handicap sera une de leurs priorités. ( En vue de sa Présidence de l'Union Européenne à partir du 1er juillet, le Ministre du Travail et de la Solidarité a affirmé que "la politique du handicap était au cœur des priorités d'action" du Gouvernement…).

- Je dénonce encore ces dirigeants qui ont signé une convention de l'ONU et qui ne l'appliquent même pas sur leur territoire. (Cette convention de 32 pages avec son Protocole facultatif adoptés le 13 décembre 2006, - ouverts à la signature au siège des Nations unies, à New York, le 30 mars 2007, sont entrés en vigueur le 3 mai 2008 - interdit toute forme de discrimination au travail liée au handicap, notamment en matière de recrutements, de promotion et de conditions de travail. Elle stipule qu'à travail égal on doit toucher un même salaire…).

Elle exhorte par ailleurs les Etats signataires à promouvoir l'emploi des personnes handicapées, notamment au moyen d'une "discrimination positive" à leur égard.

La convention stipule encore que les handicapés ne peuvent être exclus des systèmes éducatifs et exige des Etats signataires qu'ils facilitent leur accès aux bâtiments, aux moyens de transports, aux écoles et aux lieux de travail…)

- Je dénonce l'opulence et les bénéfices des industries pharmaceutiques qui se nourrissent de la maladie et de la détresse des malades et des handicapés (Rien que 7,11 milliards d'euros, pour Sanofi Aventis en 2007)

- Je dénonce les bénéfices " pharaoniques " des entreprises qui utilisent chômage et misère comme une arme de soumission

- Je dénonce ces patrons et ces actionnaires du CAC 40 qui n'imaginent même pas reverser 10% de leurs bénéfices pour sauver la sécurité sociale, la santé et la solidarité.

(DOUZE milliards pour Total, sept milliards pour BNP et Sanofi, cinq milliards pour EDF et Société générale. Les profits dégagés en 2006 par les entreprises du CAC 40 totalisent 97 milliards d'euros. Soit une progression de 10 % par rapport à l'année précédente… Et plus de cent milliards d'euros en 2007)

- Je dénonce ces entreprises qui affichent leurs bénéfices pantagruéliques et délocalisent ou licencient pour en faire encore plus…. Allongeant sans vergogne la liste des chômeurs et par là même des malades.

- Je dénonce l'incompétence … Le mépris … L'inhumanité … D'un pays qui est incapable d'assurer une retraite normale, avec les mêmes plaisirs, la même qualité de vie, à ses " vieux " qui l'ont construite.

- Je dénonce la misère de 850 000 handicapés, qui n'ont pas choisi d'être dans cet état et de ne pas travailler … Qui, de fait, vivent largement au dessous du seuil de pauvreté…

(Il me reste 408,97 € sur mon AAH, après avoir payé frais médicaux non remboursés et franchises ... Pour: m'héberger, manger, payer ma part de charges, téléphoner, écrire, et peut-être m'habiller ... ???? Car vu ma dépendance, il m'est impossible d'habiter seule...)

- Je dénonce le volontaire oubli de cette population qui se situe en dessus de 7,5 à 8 sur l'échelle EDSS … Et qui se trouve dans l'impossibilité totale de vivre seule et de travailler…. Ainsi que le manque de structures pour les accueillir.

- Je dénonce les mensonges du pouvoir, vos mensonges, sur le soi-disant déficit de la Sécurité Sociale … Afin de culpabiliser les français et en particulier les malades. Bien sûr que si des recettes ne rentrent pas … Il y a déficit ! Mais de quelles recettes s'agit il ?
(Qu'en est- il de la part des recettes fiscales qui doivent être imputées au fonctionnement de la " Sécu. " ? Une partie des taxes sur le tabac : 7,8 milliards, sur l'alcool : 3,5 milliards, La partie des primes d'assurances automobiles : 1,6 milliards, La partie de la taxe sur les industries polluantes : 1,2 milliards, La part de TVA : 2 milliards, retard de paiement pour les contrats aidés : 2,1 milliards, retard de paiement par les entreprises : 1,9 milliards. En faisant une bête addition, on arrive au chiffre faramineux de 20,1 milliards d'Euros).

- Je dénonce cette outrecuidance que vous avez de nous culpabiliser en nous mettant sur le dos vos incompétences de gestion… Où plutôt de dissimuler sous ces apparentes incompétences vos choix de faire les riches plus riches et les pauvres à la fois plus pauvres et responsables de malheurs de notre société…

- Je dénonce cette société qui stigmatise les pauvres, les malades, les chômeurs, bref tous les " fragiles " ou les " pas dans le moule ", cherchant à en faire des boucs émissaires et à faire régner un régime de la PEUR... "

- Je dénonce cette société et ce système qui fait son chemin vers un individualisme forcené et un incivisme qui fait oublier que : " Ca n'arrive pas qu'aux autres " …

- Je dénonce par la même cette même société qui fait que nombre d'employeurs préfèrent payer des amendes plutôt que d'employer des handicapés.

- Je dénonce ces centaines de communes qui ne se fendent pas des aménagements indispensables pour nous permettre une vie respectant notre liberté de circulation et l'égalité dans les transports…. Fauteuils roulants … Poussettes … Même combat !

- Je dénonce l'état de la majorité de leurs rues et trottoirs, du peu de places accessibles en stationnement handicapé… Car même si elles en avaient pour certaines la volonté politique … La compensation du transfert des charges ne se fait pas ou si mal.


- Je dénonce une république qui ne nous donne pas, malgré ses fondements, les moyens d'autonomie et d'indépendance financière nous permettant la qualité de vie à laquelle peut prétendre tout citoyen.

- Je dénonce aussi une société qui n'accorde l'AAH qu'à partir de 20 ans, déniant ainsi la majorité à 18 ans.

- Je dénonce, messieurs qui nous dirigez, votre arrogante inhumanité, vos certitudes goguenardes lorsque vous parlez des handicapés et des exclus, et votre incommensurable mépris de la connaissance et du respect de ceux dont vous avez la charge.

- Je dénonce … J'accuse … L'Etat Français d'abuser " le peuple électeur ", d'en abuser et d'utiliser la démocratie contre toute une partie du peuple…. Au bénéfice outrageant d'une infime partie… De pratiquer un népotisme d'état !

Alors … Si personne ne réagit … A qui le tour ?
Quelles seront les prochaines victimes de cette course sociale à reculons… Quels seront les nouveaux coupables de la descente aux enfers de notre société ?

Mots pour maux

 

18.04.2008

Le couac, première approche scientifique

805163328.jpgC’est bien pratique, d’avoir découvert ce mot : couac. Il faut, pour une fois, remercier les médias de cette intuition majeure de la politologie contemporaine. Elle permet de ranger toute une série de phénomènes, peu explicables individuellement. Et cette catégorisation ouvre de vastes perspectives à la recherche fondamentale sur le phénomène, comme sur les grandes découvertes récentes de la recherche sur la matière (son quasi-homonyme le quark, par exemple).

Le couac peut se définir comme la composante élémentaire de la pratique politique française, en ce début du XXIe siècle. Première constatation, le couac surgit d’un chaos : absence de perspective, de conviction, de plan d’ensemble, de désir de pacte social. S’il suscite effroi, jubilation, tumulte, il semble décourager la pensée. Comme si sa matrice de chaos décourageait symétriquement toute pensée ordonnée. Le couac est une faille, une fissure. D’autant que le couac appelle le couac, rajoutant du tumulte au tumulte. Comme nombre de produits médiatiques (affaires de «voile à l’école», agressions par des pitbulls, incendies de voitures, banderoles de stades, congélation de bébés, etc.) le couac semble s’autogénérer. Au point que l’on peut évidemment s’interroger sur la responsabilité de l’observateur extérieur, dans le déclenchement du couac. Sans intervieweur pousse-au-couac, le couac existerait-il ?

Sur l’origine du couac, impossible pourtant de ne pas s’interroger sur le rôle d’un élément déclencheur nommé Sarkozy. Partout où se trouve du sarkozysme, s’observe du couac, et réciproquement. Pour autant, ne s’agit-il pas d’une coïncidence ? Peut-il exister du sarkozysme sans couacs ? Des couacs hors le sarkozysme ? Et s’il en est la source, en est-il la source volontaire, ou involontaire ? «Sarkozy tente de remettre de l’ordre» titrent par exemple les éditorialistes, qui semblent donc conclure implicitement à la non-responsabilité de Sarkozy lui-même dans le terreau sarkozyste du couac. Mais pas de conclusion hâtive, ni dans un sens ni dans l’autre. La science progresse pas à pas. C’est sa grandeur.

Admettons un instant l’hypothèse de travail d’une responsabilité personnelle du président Sarkozy dans la naissance du couac. Ce n’est qu’une hypothèse. Personne n’a réussi à localiser exactement la source de tous ces couacs sur la carte cérébrale de Nicolas Sarkozy. Il faut donc postuler que cette origine se trouverait dans un lieu d’extraterritorialité qui défie tous les cartographes. Il faut imaginer une Atlantide mentale, une autre dimension, isolée du monde extérieur par des protections inexpugnables. Une grotte à l’écart de la rumeur du monde. Un trou noir, pour en revenir aux mystères de la matière. Enthousiasmantes perspectives.

Le chercheur ne pouvant s’exclure de sa propre recherche, observons nous aussi, simple spectateur, en train d’observer un couac. Et commençons par admettre que nous en retirons du plaisir. Ce plaisir est d’abord un plaisir de la confirmation, le plaisir de l’enfant à qui l’on raconte sans cesse la même histoire, et qui guette l’arrivée du loup.

On regarde un ministre ouvrir la bouche, on sait que va en sortir un couac. Que Roselyne Bachelot s’installe au Grand Jury de RTL-LCI, que l’on contemple en direct (presque au ralenti) le journaliste Pierre-Luc Séguillon lui poser une fois, deux fois, la question de l’éventualité du déremboursement des lunettes par la Sécurité sociale, on entend l’interrogée répondre «la question est posée», et l’on sait que l’on est en plein futur couac. On regarde la ministre Morano s’installer sur le plateau de France 2 pour répondre à des questions sur la diminution des allocations familiales, on ferme les yeux, on écoute simplement cette musique aigrelette de petite fille prise les doigts dans le pot de confiture, et l’on sait que l’oratrice est en train de vivre son initiation au couac (ce qu’elle ne sait pas encore).

Ce plaisir est enfin un plaisir du mystère. Dans les premiers instants de la naissance du couac, la réaction est d’incrédulité. On se dit : ce n’est pas possible, ils ne vont pas s’en prendre à la carte familles nombreuses de la SNCF sans avoir prévenu les associations familiales (comme on se disait hier, ce n’est pas possible de lancer cette idée de parrainage d’un enfant victime de la Shoah sans avoir consulté Simone Veil, assise à côté de Sarkozy au dîner du CRIF, ce n’est pas possible de supprimer la pub à la télé sans avoir réfléchi à un financement de rechange, ce n’est pas possible de lancer le Grenelle de l’environnement sans avoir mesuré les risques d’opposition de sa propre majorité, etc.). Cet aveuglement défie l’entendement. Il fait partie de la mystérieuse beauté du couac.

Daniel Schneidermann 

10.04.2008

"Discours de la servitude volontaire"

1772170344.jpg Si on veut chercher le fondement philosophique de la désobéissance civile et de la non-coopération, il faut remonter aux écrits d'Etienne de la Boétie (1530-1563). Ce grand ami de Montaigne rédige en 1548, le "Discours de la servitude volontaire". Cet essai développe l'idée que la nature de l'homme est d'être libre et s'il est esclave c'est volontairement. L'homme est complice de la servitude qu'il subit puisque le tyran tire son pouvoir et sa force de ceux-là même qu'il domine. L'esclavage du peuple ne tient pas à la force du tyran mais à sa propre démission. La paresse, la coutume, les habitudes endorment la raison et la vigilance. Le pouvoir du tyran existe parce que le peuple obéit à ses ordres, pour défaire le tyran il faut refuser de le servir. La Boétie , cet étudiant en droit de 23 ans, a l'intuition que le peuple, sans utiliser la violence, peut faire tomber un pouvoir absolu en lui retirant son soutien. " Soyez résolus de ne servir plus et vous serez libres. Je ne veux pas que vous le poussiez ou l'ébranliez, mais seulement ne le souteniez plus et vous le verrez, comme un grand colosse à qui on a dérobé sa base, de son poids même, fondre en bas et se rompre."

Cet écrit d'avant garde pose clairement la question de la soumission à l'autorité. Ce texte a fait scandale, il fut brûlé à Bordeaux par arrêt du Parlement en 1579. Il fut réédité pendant la Seconde guerre mondiale où il circulera sous le manteau. Ce texte reste d'actualité.

lu sur Désirs d'avenir 

09.04.2008

Rigueur or not rigueur ? Telle n’est plus la question


1058969588.JPGpar Matthieu Adenil - Bakchich-Info

A défaut de pouvoir parler de rigueur (mot tabou), les experts de Bercy mijotent une hausse des impôts, sans doute la CRDS, pour combler le trou de la Sécu. Et les ministres du gouvernement Sarkozy cherchent à qui faire porter le chapeau. Au hasard, cela tombe sur le chouchou du président, Xavier Bertrand.

Les querelles sémantiques sur la rigueur ne sont pas d’actualité : depuis le discours de Nicolas Sarkozy à l’automne dernier pour les deux cents ans de la Cour des comptes, discours dans lequel il a annoncé qu’entre la rigueur et la croissance, il choisissait la croissance, plus personne dans la majorité présidentielle ne peut se permettre de parler de rigueur ou d’austérité.

Pourtant, maintenant qu’il est acquis que, en ce qui concerne la croissance, il faut circuler car il n’y aura pas grand chose à voir… et à ramasser, la question sur le fond et non pas dans les termes utilisés, d’une politique de rigueur façon 1983 ou 1995, est plus que jamais à l’ordre du jour.
 
Bienvenue dans l’austérité budgétaire

La marche à l’austérité se fait d’ailleurs lentement, mais fermement. Après avoir admis que pour l’instant, les baisses de prélèvements obligatoires n’étaient pas envisageables, le gouvernement a décidé de centrer son discours sur la dépense publique. Plus particulièrement sur le travail d’expertise concernant le contenu des dépenses, qui s’appelle en ce moment la « Revue générale des politiques publiques » qui s’est appelé dans le passé les « Plans pluriannuels de modernisation » ou encore les « Stratégies ministérielles de réforme », preuve qu’à défaut d’autre chose, la bureaucratie reste maîtresse dans l’art de produire du jargon.

Ce travail devrait déboucher sur un maintien en euros courants des dépenses de l’État jusqu’à la fin de la législature, maintien qui ferait baisser automatiquement le poids des dépenses budgétaires dans la production. Or, sans modification de la législation fiscale, cela permettrait à peine à la France de satisfaire à ses engagements européens et de retrouver l’équilibre budgétaire à l’horizon 2012.

Dans ces conditions, l’action sur les recettes – c’est-à-dire une hausse des impôts – a de plus en plus de partisans dans la technostructure de Bercy. En ligne de mire, la CRDS, la contribution qui sert à rembourser les dettes de la Sécurité sociale.
 
Un point de plus de CRDS

Le transfert d’ici à l’été d’une partie du découvert de la Sécurité sociale à la CADES, la caisse qui gère la dette sociale, s’impose quasi automatiquement. Il s’agirait de faire porter par la CADES 10 milliards d’euros supplémentaires. Or, cette opération suppose que l’on donne à la CADES les moyens de faire face à cette nouvelle charge, moyens qui passeraient en priorité par une augmentation de ses ressources au travers d’un point supplémentaire de CRDS.

Malgré la pression des services, le cabinet d’Éric Wœrth ne veut pas, pour l’instant, en entendre parler. La position du ministre des comptes publics est nette : la sécurité sociale doit couvrir son déficit 2008 qui serait de près de 12 milliards par des économies. Position d’autant plus ferme qu’il pense ainsi mettre devant ses responsabilités le ministre des affaires sociales Xavier Bertrand.

Bête noire unanime de tous les occupants des postes ministériels à Bercy, Xavier Bertrand, chouchou avéré de l’Élysée, cherche à esquiver ce mauvais procès et déclare se considérer avant tout comme en charge de la réforme à long terme des retraites.
Un espoir discret sur l’inflation

Au final, on s’oriente vers une augmentation honteuse et brutale de la CRDS au mois d’août et vers un espoir étrange, celui de la reprise de l’inflation… Comme le répète à l’envie Charles de Courson, le célèbre député de la Marne et spécialiste des questions budgétaires, un point d’inflation rapporte 3 milliards de TVA… Bonne vieille inflation qui permet de prendre discrètement ce que l’on ne veut pas prendre « frontalement » par la rigueur…

28.03.2008

Chaussettes perpignanaises...

Cliquer sur l'image pour voir le reportage de la Télé Libre

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18.03.2008

Encore un divorce pour Nicolas Sarkozy

1410388974.pngLe culot de ces gens est quand même formidable. Il fallait les entendre sur les plateaux de télé. La méthode Coué : « Il faut faire la pédagogie de la réforme. Il faut poursuivre et aller plus loin » (Brice Hortefeux) « Nous allons poursuivre, parce qu’il faut de la ténacité » (François Fillon) « Dix mois après, les Français ne sont pas revenus sur leur choix » (Xavier Bertrand) « Ce sont des élections locales » (Eric Woerth)…

Pas l’once d’une interrogation. Et encore moins d’une remise en cause. Dix mois après avoir été triomphalement élu, le président voit son parti être défait dans les urnes et ce ne serait là qu’une péripétie. Au mieux, la traduction d’une impatience. Mais certainement pas une sanction.

Sont-ils aveugles ou fous ? Car la poussée de la gauche est d’abord une défection des électeurs de droite. Le taux d’abstention (34,5%) est un des plus élevés jamais enregistrés pour ce type de consultation. Comment le président pourrait-il aller de l’avant quand il ne rassemble plus dans son propre camp ?
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Parmi ceux qui ont déserté, il y a d’abord les classes moyennes, menacées dans leur existence même par la politique économique et sociale du gouvernement. C’est peut-être dans ce secteur de la population que le revirement est le plus impressionnant. Les cadres ont la trouille. Pouvoir d’achat en berne, protection sociale en recul, perspective d’évolution réduite à néant. Pour la première fois dans l’histoire de ce pays, l’angoisse de la dégringolade sociale est devenue le sentiment dominant. L’éventualité de finir pauvre, voire SDF, a atteint ceux qui se croyaient jusqu’à présent à l’abri. La crainte de voir ses enfants vivre moins bien que l’on a soi-même vécu taraude bien des familles.

Nombre d’électeurs, en votant pour Nicolas Sarkozy, ont espéré que celui-ci éradiquerait cette paupérisation rampante et le sentiment d’insécurité qu’elle génère. C’est très exactement le contraire qui s’est produit. Le sarkozysme est devenu anxiogène. « Enrichissez-vous ! » claironnent ces nouveaux Guizot. Mais ils ne suscitent que la peur panique d’un appauvrissement. Le pacte de l’élection présidentielle se disloque.

La réaction des ténors de la majorité, au soir du deuxième tour, ne pourra être interprétée que comme un formidable bras d’honneur. « On s’en fout, on continue ! » Dommage, c’était la dernière tentative de conciliation avant le divorce. Et celui-ci coûtera bien plus cher que la pension de Cécilia.

« Ca va mal finir », pronostiquait François Léotard dans un livre éponyme paru il y a quinze jours. Sur le moment, le catastrophisme du bonhomme m’avait fait sourire. D’autant que je conserve un piètre souvenir de sa carrière politique, et un plus mauvais encore du financement de sa formation, le parti républicain.

Mais, peut-être, le Lénine de Fréjus a-t-il raison. Car la donne est la suivante : la gauche est majoritaire dans les villes, dans les départements et dans les régions. Autrement dit, la majorité des collectivités locales est gérée par l’opposition. Dès lors, le gouvernement et sa majorité peuvent-ils ne pas en tenir compte ? Sur le plan constitutionnel, certainement. Mais il en va autrement sur le terrain politique.

A l’évidence, Nicolas Sarkozy a résolu d’emballer la machine. De passer en force. Après l’empire libéral, voici poindre l’empire autoritaire. Quand les urnes se révèlent impuissantes à réguler le conflit social, on sait comment ça finit : dans la rue.

Le sens de l’Etat commande de lâcher du lest. François Mitterrand, qui n’était pas un parangon de vertu, s’y était résolu après le désastre des municipales de 1983. Pour la plus grande déception des socialistes. Mais, s’il s’était entêté dans la politique mise en place en 1981, aurait-il tout simplement terminé son premier septennat ? Ce n’est pas parce que le président tire sa légitimité du suffrage universel qu’il a pour autant un blanc-seing pendant son mandat. En vieux routier de la politique, Nicolas Sarkozy devrait le savoir : le pays légal ne gouverne jamais bien longtemps contre le pays réel.

BAKCHICH-INFO

Le soupçon de l'idéologie

529970496.jpg «Sont-ils aveugles ou fous?» La question est nettement posée par Serge Faubert face aux réactions incompréhensibles des membres du gouvernement sur les plateaux télé. Devant la Bérézina municipale d'hier soir, «pas l’once d’une interrogation. Et encore moins d’une remise en cause. Dix mois après avoir été triomphalement élu, le président voit son parti être défait dans les urnes et ce ne serait là qu’une péripétie. Au mieux, la traduction d’une impatience. Mais certainement pas une sanction.»

L'interprétation du sarkozysme butait jusqu'à présent sur les apparences de l'opportunisme. Si le président n'était qu'un démagogue, dont les convictions varient au gré des mouvements de l'opinion, au fond, les choses ne seraient pas si graves. Il faut désormais envisager une autre réponse. Et s'ils n'étaient ni aveugles ni fous? Face au premier grand revers politique du gouvernement élu en mai 2007, on voit se manifester une attitude bien connue. Ne plus rien entendre, refermer la bulle, passer en force: c'est Bush qui transparaît sous Berlusconi. La rigidité, l'autisme et le dogmatisme sont ici autant de symptômes du démon de l'idéologie.

Derrière les dénégations, on pouvait entendre hier soir de vrais élans de messianisme. Comme dans la bouche de Xavier Bertrand, à 21h14 sur France 2: «Ce pays n'a pas envie d'arrêter les réformes et surtout, nous n'avons pas le choix. Nous sommes certainement - droite et gauche - la dernière génération qui a le choix d'être courageuse. Si nous ne menons pas les réformes maintenant, nos enfants ne pourront pas les mener. Les déficits seront trop importants. Il n'y aura pas de marge de manoeuvre et le modèle social ne sera plus qu'un lointain souvenir si nous ne réformons pas.»

Il faut espérer que soient épargnées à la France les catastrophes qui ont accueilli partout ailleurs les certitudes des idéologues. Mais le titre du dernier livre de François Léotard paraît désormais un présage crédible.

André Gunthert

Un talent argentin au service du gouvernement français.

1750650181.jpgL’ex-expert en répression qui conseille Sarkozy en « intelligence économique » est lié aux paramilitaires de Colombie.

Nora Veiras
 
Mario Sandoval a fait ses classes dans la sinistre Coordination Fédérale puis s’est « internationalisé » en tant qu’« expert ». Il s’est fait des amis au sein de la droite armée de Colombie, dans les services de renseignement ainsi que parmi les universitaires français.

A presque 55 ans, on a un peu oublié les raisons qui lui ont valu le surnom de « Churrasco » (grillade). C’était un beau gosse ? un « churro » comme on disait dans le temps ?, déclare quelqu’un qui n’a rien oublié de Mario Alfredo Sandoval, professeur de sciences politiques installé à Paris et membre du Conseil de Défense du Président français Nicolas Sarkozy. Le brillant CV contient des passages obscurs : dans les années soixante-dix, diplômé de l’École de Police Ramón Falcón, il a exercé au sein de la Coordination Fédérale sous le commandement d’experts en répression tels que Evaristo Basteiro, chef du centre clandestin qui fonctionnait dans ce service. Il a su offrir aussi « ses services » à la Marine. Notre homme accumule les titres et se vante de ses contacts en Colombie : c’est ainsi qu’il est parvenu à devenir membre de la délégation française qui participe aux négociations pour la libération d’Ingrid Bétancourt. Bien entendu, on ne l’a pas placé en première ligne puisque ses « amis » se trouvent du côté des paramilitaires, ce qui n’est pas la meilleure carte de visite pour être reçu par les combattants des Forces Armées Révolutionnaires de Colombie (FARC).

En 1977, Sandoval était domicilié 1417 rue Moreno, septième étage, c’est à dire à l’adresse de la Coordination Nationale. Le dossier 1076/1163 de la Commission Nationale d’Enquête sur les Disparus (Conadep) concerne l’enlèvement d’un étudiant en Architecture dans le quartier de Belgrano. La famille Abriata a déclaré que l’officier en charge de l’opération s’était présenté sous le nom de « Sandoval, de la Coordination Fédérale ». En 1976, Sandoval avait été affecté avec le grade d’inspecteur stagiaire à la Commission des Affaires Politiques. Son chef était le commissaire principal Evaristo Basteiro, responsable du centre clandestin qui fonctionnait sous l’autorité de la Super intendance de Sécurité Fédérale, qui a échappé à toute sanction grâce à l’application de la loi d’amnistie (Ley de Punto Final).

Recyclé.

La démocratie rétablie, Sandoval a eu d’autres démêlés de moindre importance avec la Justice pour fraude fiscale et violation de correspondance mais il a su se recycler. A la fin des années quatre-vingt, titulaire d’une licence en Sécurité de l’Université de la Police Fédérale, il figure, avec quelques autres, parmi les membres fondateurs d’une association des diplômés de cette spécialité. En Argentine, on savait peu de choses sur lui jusqu’à ce qu’il refasse surface en 2002 à l’École Supérieure de Guerre. Sous couvert du titre de délégué de l’Union Européenne pour les négociations de paix en Colombie, il a obtenu l’autorisation d’inviter deux Colombiens afin qu’ils prodiguent leur enseignement à des militaires argentins. Au cours de son exposé, l’un d’eux s’est présenté comme « commandant des Autodéfenses Unies de Colombie », un homme de Carlos Castaño, le chef des AUC. Les officiers ont interrompu la rencontre et le responsable qui l’avait autorisée a échappé de peu au limogeage ; en effet, Sandoval ne l’avait pas informé de l’identité des intervenants. A cette époque-là, une campagne de désinformation avait commencé à chercher des liens entre les groupes de piqueteros et les FARC.

Dans un article publié l’année dernière, le quotidien colombien El Tiempo a rappelé que « le 23 juillet 2001, pendant la présidence de Andrés Pastrana, une réunion s’était tenue dans les plaines du district de Córdoba, en Colombie, réunion à l’initiative des chefs des Autodéfenses Unies de Colombie, afin de « refonder la patrie ». Derrière ce noble projet, on cherchait à étendre le pouvoir militaire des groupes d’autodéfense au niveau politique, et d’occuper, dans ce but et grâce au financement du narcotrafic, certains postes clés dans les municipalités, les gouvernement régionaux et au Congrès de la République. Le pacte, conclu entre une partie de la classe politique colombienne et les chefs paramilitaires avait été approuvé par « 11 membres du Congrès et une vingtaine de dirigeants régionaux », d’après la revue Semana. Cinq ans plus tard, l’un des hommes politiques impliqués, Miguel de la Esprielle, avait révélé l’existence de ce pacte secret. Depuis lors, les enquêtes de la justice et des médias ont conduit à l’arrestation de 23 des conjurés.

Le quotidien colombien a souligné que lors de la signature du pacte « plusieurs professeurs de La Sorbonne » étaient présents pour exposer le projet politique des Autodéfenses. On a appris plus tard que l’un de ces « professeurs » était Mario Sandoval, le Franco-argentin rattaché à l’Université de Paris 3 en tant qu’expert en conflits internes latino-américains. C’était ce même policier de la dictature argentine qui avait décidé de poursuivre ses études, de faire carrière et d’élargir le cercle de ses « amis » à travers le monde.

Le mensuel français Le Monde Diplomatique a publié en mai de l’année dernière un article de la journaliste Laurence Mazure qui dénonce « le scandale des liens entre de hauts responsables politiques colombiens et les paramilitaires, tous liés au président Alvaro Uribe Vélez, [et qui] pose la question des soutiens internationaux dont ont bénéficié les paramilitaires. Y compris dans le cas de la France ». L’article cite à nouveau Sandoval pour sa participation à la réunion avec les Autodéfenses et Mazure ajoute d’autres éléments à propos du changeant Argentin qui est parvenu à se hisser jusqu’au cercle de Sarkozy : « Il est aussi lié aux milieux qu’on nomme intelligence économique ». Fin novembre 2006 le site web de l’ambassade de France au Chili indiquait que Sandoval « universitaire chargé de mission à la direction de l’Intelligence Économique de l’ACFCI [Assemblée des Chambres Françaises du Commerce et de l’Industrie] », avait fait partie d’une « importante délégation menée par Alain Juillet » « neveu de Pierre Juillet, ex-conseiller du Président Jacques Chirac », « grand patron, proche des milieux de la Défense, directeur de la Direction Générale de la Sécurité Extérieure, DGSE, en 2002, et récemment nommé par Nicolas Sarkozy Directeur de l’Intelligence Economique auprès du Premier Ministre ».

Sandoval a désormais le bras long. Depuis 1975, il a parcouru différents pays en Amérique et en Europe. En 1985 il s’est fait connaître en Colombie où il a su nouer des liens solides. Grâce à ses relations, il est aussi cité comme l’un des organisateurs des voyages de Vladimiro Montesinos en Argentine. Au cours de ses périples, le conseiller occulte du président destitué Alberto Fujimori aurait bénéficié de la collaboration d’un agent du Secrétariat d’Intelligence de l’Etat (Side), un service lié à la Marine.

L’« Argentin à Paris » a parcouru un long chemin avant d’atterrir dans le gouvernement du président de droite Sarkozy. La Présidente argentine, Cristina Fernández de Kirchner, rencontrera le 7 avril prochain son homologue français. La situation des otages des FARC en Colombie, particulièrement après l’assassinat de Raúl Reyes, sera l’un des sujets abordés. CFK s’est engagée personnellement auprès de la mère d’Ingrid Bétancourt, l’ex-candidate à la Présidence, prisonnière depuis plus de six ans, à faire tout ce qui était en son pouvoir pour obtenir sa libération. Sarkozy a fait de même, prenant en compte la nationalité française de Bétancourt. On ignore ce que fera Sandoval ce jour-là.

Traduction Hougevy pour Le Grand Soir

Voir aussi Página/12 [article original en espagnol]