07.04.2008

Un jeune Albanais malade en centre de rétention

398679500.jpgAu mépris de toute considération sur son état de santé, Fatmir Fertuna, 18 ans, est enfermé au Centre de Rétention du Mesnil-Amelot (77).

Fatmir Fertuna, Albanais de 18 ans, réfugié à Vesoul (Haute-Saône) après l’assassinat de ses parents au cours des événements de 1997 en Albanie, a été enfermé à la prison administrative pour étrangers (CRA) du Mesnil-Amelot sur décision du préfet de Haute-Saône. Il faut bien faire ses chiffres et livrer son poids d’expulsés au ministre !

Fatmir pourtant a un dossier de demandeur d’asile en cours à l’OFPRA. On ne la fait pas à Monsieur le Préfet, s’il fallait que l’OFPRA accorde le statut de réfugié ou que le préfet régularise tous ceux dont les parents ont été assassinés, où irait-on ?

Par ailleurs, Fatmir souffre d’une maladie grave. Le médecin-inspecteur de Santé Publique de Seine-et-Marne a donné un avis indiquant que son état de santé nécessite une prise en charge médicale n’existant pas dans son pays d’origine et qu’il ne peut pas voyager sans risque. Monsieur le Préfet s’en fout. Il n’est pas là pour faire du sentiment, il est là pour faire du chiffre.

Alors, Fatmir, 18 ans, orphelin et malade, sera expulsé pour que la terreur règne parmi les sans-papiers et que d’autres Yvan (12 ans) sautent par la fenêtre pour fuir la police et en restent handicapés à vie, que d’autres Chulan Zhang Liu s’enfuient aussi par la fenêtre et se tuent, que d’autres John Maïna se pendent en apprenant qu’ils doivent retourner au pays où ils ont été martyrisés, que d’autres Baba Traore se jettent dans la Marne plutôt que d’avoir affaire à la police française.

Jusqu’où iront-ils ? Combien de morts, de handicapés, de traumatisés à vie, vivant dans la terreur en France ou désespéré et perdant la tête quand ils sont expulsés faudra-t-il pour que cesse cette politique dégueulasse ? 

• La Section de Haute-Saône de la Ligue des Droits de l’Homme
Réseau Education Sans Frontières de Seine-et-Marne •

Faites le savoir en mailant, faxant, téléphonant à :
La Préfecture de Haute-Saône :
Tel : 03 84 77 70 00
Fax :03 84 76 49 60
Mail : prefecture@haute-saone.pref.gouv.fr

source : à l'école des sans-papiers

01.04.2008

LA XENOPHOBIE D’ETAT TUE

863972003.jpgSamedi 5 avril 2008

14h30 Place d’Italie

Français, Migrants :

Egalité, Solidarité.

C’est important d’y aller tous, français et étrangers, avec ou sans papiers. Le RV des Latinos sera face au MacDo (c’est pas pour faire de la pub...).

Nous manifesterons le 5 avril à Paris à 14h30 à partir de la Place d’Italie pour protester contre une politique de l’immigration indigne et meurtrière, pour réclamer un changement radical de politique en vue de construire une société française respectueuse des droits de tous et de ses engagements internationaux.

La France est sous la gouvernance d’une droite dure et cynique qui ne craint pas de proclamer sans vergogne son "humanisme" mais qui conduit une politique ciblant l’immigration, présentée comme un danger responsable de tous les maux dont souffre le pays. Ainsi désignés, les étrangers - avec ou sans papiers - tous boucs- émissaires, vivent dans l’ère du soupçon institutionnalisé. Et l’on détourne ainsi l’opinion des vrais problèmes : partage de la richesse et limitation des inégalités, maintien des services publics et de la solidarité, retraites, logement, protection sociale et médicale, précarité...

Les conséquences d’une telle politique - cinq lois depuis 2002 - sont multiples : déni du droit d’asile, attaques contre l’aide médicale d’Etat, tests ADN, restriction du droit d’entrée et de séjour des étrangers notamment par la limitation drastique du regroupement familial, quotas... négation des droits fondamentaux.

Les sans papiers et leurs enfants - les petits comme les jeunes majeurs et les étudiants - vivent dans la peur permanente du contrôle et de l’expulsion. Des hommes et des femmes dont le seul crime est d’être sans papiers sont enfermés dans des conditions honteuses dans les Centres de rétention administrative (CRA), ces "horreurs de la République" que dénonçait le rapport Mermaz en 2001. En 2007, ces centres ont vu passer près de 300 mineurs -y compris des nouveaux nés- plus de 24 000 sans-papiers ont été expulsés vers des pays où pour nombre d’entre eux leur vie même était menacée. Des familles sont brisées, des enfants arrachés à leur école.

Toute l’année, les préfectures et les services de police ont eu recours à tous les moyens et tous les stratagèmes pour interpeller, placer en rétention et expulser à tout va. Contrôles et honteuses rafles au faciès, dans les transports et dans les rues, descente de police sur les lieux de travail, dans des magasins, dans les écoles, les collèges et les lycées, aux abord et même dans les foyers (le 12 février, foyer Terres au Curé Paris 13°), convocations pièges, interpellations à domicile… tout est bon pour faire du chiffre.

Une politique du chiffre qui tue (ainsi, John Maïna, 19 ans, se pend juste après avoir reçu le rejet définitif de sa demande d’asile), qui criminalise la solidarité (poursuites judiciaires des citoyens s’opposant aux expulsions), qui appelle à la délation les travailleurs des services publics et sociaux, les inspecteurs du travail).

Dans ce climat de suspicion, de stigmatisation, ce sont tous les étrangers - en situation régulière ou non - qui sont touchés, désignés comme indésirables. Un projet de directive européenne, examiné en mai prochain, prévoit d’allonger la rétention à 18 mois et l’interdiction du territoire de 5 ans pour les expulsés. C’est une véritable xénophobie d’Etat qui s’installe dans notre pays.

Parce que nous ne voulons, ni ne pouvons, supporter l’inacceptable, nous affirmons qu’une autre politique de l’immigration est nécessaire, qui respecte les droits fondamentaux de tout être humain : droit d’asile, droit de vivre en famille, droit à l’éducation et à la vie privée, droits des enfants, droit de se soigner, droits d’avoir des droits... autant de droits que la France a l’obligation d’appliquer puisqu’elle a ratifié la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, la Convention de Genève, la Convention des Nations Unies sur les Droits de l’Enfant, la Convention européenne des Droits de l’Homme.

La politique aujourd’hui menée est indigne. Il est temps d’en changer !

Pour une société fraternelle et solidaire,

nous manifesterons le 5 avril à Paris

A l’initiative de :

UCIJ (Unis contre une immigration jetable)

RESF (Réseau Education Sans Frontières)

Colectifs de Sans Papiers

28.03.2008

Cher toi

398679500.jpgCher toi,
Je ne serai pas en classe aujourd'hui.
Ni demain.
J'ai été arrêté à la sortie du métro.

Ils m'ont mis les menottes.
Ils ont pris les lacets de mes chaussures, ma ceinture.
J'ai dû me mettre tout nu devant eux.
Ils m'ont emmené là.
C'est une prison.

Il y a des grilles, des caméras, et des policiers qui surveillent.
Des hommes, des femmes de tout âge et même des enfants.
Certains n'ont pas plus de trois ans.
C'est un haut-parleur qui nous ordonne de nous lever le matin et de nous coucher le soir.
De toute façon, on ne dort pas.
Il y a le bruit des avions très fort juste à côté.
Ils disent qu'ils vont m'expulser.
Pour aller où ?
Cela fait si longtemps que je suis ici.
Là-bas, je suis plus étranger qu'ici !
J'ai peur.
Ceux qu'ils trouvent «insolents», ils les ligotent, ils les frappent.
Jamais je n'aurais cru qu'un tel endroit puisse exister.
Il faut que cela se sache.
Je compte sur toi pour que cela se sache.

• Antoine •

P.S.: Cette lettre a été écrite suite aux témoignages de jeunes étudiants arrêtés puis enfermés en 2007 au Centre de rétention de Lyon à l'aéroport de Saint-Exupéry.
Elle est le fruit d'un travail collectif mené par des lycéens, des professeurs et le Réseau Education Sans Frontières pour alerter sur les conditions d'emprisonnement des personnes qui ne parviennent pas à avoir de papiers d'identité en France.
Si la lettre est fictive, les faits eux, sont absolument exacts.

26.02.2008

RTL Ségolène Royal : "Le dérapage de Nicolas Sarkozy serait passé inaperçu s'il y avait des résultats"

1543482870.jpg * Thomas Legrand : Madame Royal, bonjour.

Ségolène Royal : Bonjour.

* Vous êtes en ligne avec nous depuis Bordeaux. Vous êtes venue soutenir Alain Rousset, le candidat socialiste...

Oui, et puis, hier à Périgueux, Michel Moyrand et Alain Savary également, oui.

* On va, bien sûr, parler des Municipales. Mais avant, vous avez eu le temps de lire le journal "Aujourd'hui en France", ce matin ?

Oui, vous me l'aviez recommandé. Donc, je l'ai fait.

* Voilà. Le Président s'explique, ce matin, sur plusieurs sujets et il y a, bien sûr, son algarade au Salon de l'Agriculture. Il dit : "J'aurais mieux fait de ne pas répondre". C'est un mea culpa. L'incident est clos ?

Vous savez, je pense qu'un dérapage verbal violent comme celui-ci, quand même n'est pas conforme à l'idée que l'on se fait du rôle du Président de la république. Mais ce dérapage serait passé beaucoup plus inaperçu s'il y avait des résultats en Politique. Ce que les gens attendent et comme vous l'avez rappelé, à l'instant, j'en rencontre beaucoup, beaucoup, en ce moment. Ce que les gens attendent, et maintenant avec colère, c'est que le Président de la République soit efficace par rapport à ce qu'il a promis, c'est-à-dire la hausse des salaires, la hausse des petites retraites, et surtout la défense du pouvoir d'achat.

Or, vous savez que les prix flambent. "60 millions de Consommateurs" vient de publier le véritable indice des prix et les produits alimentaires, c'est-à-dire ce qui fait la base de la vie quotidienne. Le droit de pouvoir se nourrir correctement devrait pouvoir quand même continuer à exercer en France. Or, aujourd'hui, c'est le fait maintenant de pouvoir manger correctement plusieurs repas par jour qui est menacé dans beaucoup de familles à revenus moyens et modestes. Et je vois beaucoup de personnes âgées qui ne font plus qu'un repas par jour. Songez que, par exemple, les pâtes ont augmenté de 40%. Donc, c'est ça, je crois qui, aujourd'hui, appelle de Nicolas Sarkozy des actions efficaces.

* Justement, ce matin, dans le journal "Aujourd'hui", il dit à propos du pouvoir d'achat. Il reparle des heures supplémentaires, et il dit : ça marche du tonnerre. Donc, ça va venir. Vous avez constaté que ça marchait du tonnerre, vous aussi ?

Je n'ai pas vraiment constaté que ça marchait du tonnerre. Je pense qu'il faudrait que Nicolas Sarkozy reprenne contact avec la réalité de la vie quotidienne. Ce que je vois surtout, c'est que la précarité au travail augmente. Regardez, même un problème aussi facile à résoudre que celui de la rémunération, de la précarité et des contrats à temps partiel des caissières dans les hypermarchés qui n'ont jamais gagné autant d'argent, même ce problème-là, malgré les grèves, les mouvements sociaux, qui n'ont pas été faciles pour les caissières - il y a eu des rétorsions patronales sur elles, sur celles qui se sont arrêtées - même ce problème-là n'est pas réglé.

* Est-ce que vous êtes satisfaite sur un autre sujet de la réponse du premier président de la Cour de cassation sur la loi de rétention de sûreté ?

Ecoutez, il y a deux choses dans ce problème pour être très claire. D'abord, être maintenu en prison pour un crime potentiel qu'on n'a pas commis, c'est, en effet, pas possible. Sur le plan juridique, je crois qu'il y a des règles à respecter, sinon laisser les institutions...

* L'idée, c'est d'éviter la récidive pour les criminels très dangereux.

Voilà. Alors, j'y viens. La deuxième chose, c'est que, bien sûr, il ne faut pas relâcher des criminels dangereux qui pourraient recommencer à violer. Donc, comment faire ? Il faut - et ça, la loi le permet déjà - obliger les criminels à se soigner. Le problème c'est qu'en prison, il n'y a plus de moyens. D'abord, il y a une surpopulation carcérale, c'est une chose. Et c'est surtout que l'Etat a supprimé et Nicolas Sarkozy y est pour quelque chose, il a été ministre de l'Intérieur pendant très longtemps, il n'y a plus de psychiatres et d'équipe pluridisciplinaire capables de soigner les délinquants sexuels. Vous savez, j'ai été ministre de l'Enfance, donc je suis allée...

* Il répond qu'on ne peut pas obliger un délinquant sexuel à se soigner en prison ?

Ecoutez, si c'est bien fait, on peut l'y obliger. Et d'ailleurs, ça existe au Québec et ça réussit. Et moi, je suis personnellement aller voir comment ça marchait dans une prison et j'ai vu des délinquants sexuels, j'ai vu les équipes pluridisciplinaires de psychiatres et de médecins prendre en charge les délinquants sexuels. Ils vont jusqu'à les mettre en confrontation avec des victimes pour qu'ils se rendent compte des dégâts qu'ils ont commis ; et à la sortie de prison, il n'y a plus de récidive. Et en effet, les délinquants sexuels qui ont été condamnés par les juges à l'obligation de se soigner - ça c'est vrai aussi en France - lorsqu'ils ne se soignent pas, ne sortent pas ; mais ils sont accompagnés par des équipes et ils finissent par se soigner pour pouvoir sortir de prison.

Donc, des solutions existent. Le problème, c'est le manque cruel de moyens dans les services publics des soins en prison. Et si on veut être efficace sans piétiner les principes juridiques fondamentaux - parce que sinon, c'est tout l'édifice qui s'écroule...

* Il faut plus de moyens en prison ?

Il faut mettre les moyens en prison et ne pas relâcher les délinquants qui ne se soignent pas. C'est très concret.


* Madame Royal, pour revenir aux Municipales puisque vous êtes à Bordeaux. Hier, vous étiez à Périgueux. Il se trouve qu'Alain Rousset que vous êtes venue soutenir, est député. Il est aussi président de Conseil régional. Vous êtes une farouche partisane du non-cumul. Vous vous l'appliquez à vous-même d'ailleurs.

Oui.

* Mais aujourd'hui, vous êtes quand venue soutenir un "sacré cumulard".

Oui, il n'est pas le seul.

* Non, il n'est pas le seul. Mais enfin...

Voilà. Moi je souhaite, bien sûr, que le principe du non-cumul soit un jour inscrit dans notre Droit. Pour l'instant, ce n'est pas le cas. Donc, le cumul il a le droit de le faire, c'est son choix. Voilà, c'est un ami et je vais le soutenir puisqu'il me l'a demandé.

* Est-ce que vous avez abandonné cette revendication ? Est-ce que vous lui dites ?

Non. Ecoutez, moi je me l'applique. D'autres se l'appliquent. Jean Yves Le Drian, en Bretagne, se l'est appliqué.

*Arnaud Montebourg, votre ancien porte-parole, ne se l'applique pas.

Voilà.

* Et François Hollande, non plus.

Voilà, mais ce n'est pas inscrit dans la Loi. Donc, je répète, ils ont le droit de le faire. Tant que ça n'est pas inscrit, et que ça n'est pas obligatoire. Moi, j'aurais fait une réforme des Institutions et je l'aurais inscrit dans la réforme des institutions. Ca sera peut-être un jour une réalité.

* Est-ce qu'on peut considérer que votre Tour de France, tour des Municipales, ne ressemble pas un peu aussi à un tour des fédérations, une sorte de pré-campagne pour la succession de François Hollande à la tête du PS ?

D'abord, c'est passionnant ce tour de France parce que vraiment on remet de la hiérarchie dans l'importance des choses. Je voulais dire d'ailleurs à ce sujet que l'autre très grande inquiétude, c'est ce qui va se passer après les Municipales.

Les Français ont bien entendu que Nicolas Sarkozy leur avait dit que les caisses étaient vides, c'est l'augmentation des impôts. Vous savez, il y a déjà eu six impôts créés en huit mois dont les Franchises médicales. Aujourd'hui, on a peur qu'il y ait une CSG après les Municipales ; et puis, il y a l'invention d'une TVA dite "sociale", qui n'a d'ailleurs rien de social, tout cela ajouté à la hausse des prix. Donc, il y a vraiment une profonde inquiétude et parfois même une colère, une angoisse parce qu'on ne sent plus le cap et la cohérence des décisions qui sont prises pour la France.

Et alors les gens se rendent bien compte qu'en votant pour des candidats socialistes, pour des listes de rassemblement de Gauche et puis qui, souvent, s'élargissent à la société civile, aux personnes de bonne volonté, ça va permettre de mettre un rempart dans les collectivités locales, dans les communes appuyées sur des régions qui vont faire en sorte que les dépenses publiques soient correctement maîtrisées et que là où les choses se délitent, par des actions locales, on puisse compenser un certain nombre de dégâts.

* Merci Ségolène Royal. Merci. C'était Ségolène Royal qui n'a pas eu le temps de nous répondre sur son tour des fédérations. Mais vous l'avez compris, elle est en campagne électorale.


Auteur : Thomas Legrand

RTL