19.05.2008

Une ami m'envoie cette coupure de presse :

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14.05.2008

Sarkozy fait un gros caprice au Grand Palais

1002083703.jpgLe président de la République se maîtrise toujours aussi mal. Cette fois, c’est un photographe de l’AFP qui a fait les frais de son humeur. Pourtant, il était expressément invité par le service de presse de l’Elysée….

Serait-ce la conséquence d’une fréquentation assidue des people ? Ou la tension provoquée par sa dégringolade dans les sondages ? À moins qu’il ne s’agisse là d’une manifestation de sa rancœur déclarée contre la presse… Toujours est-il que Nicolas Sarkozy a fait un gros caprice, vendredi dernier devant le Grand Palais, à Paris. Un caprice de star. Comme ceux auxquels on assiste d’habitude au festival de Cannes.

Le président se rendait à l’exposition du sculpteur américain Richard Serra, un des poids lourds contemporain dans ce domaine. Une visite, qualifiée de privée, que le service de presse de l’Elysée avait cependant tenu à immortaliser. Diable, ce n’est pas tous les jours que Sarko manifeste un intérêt pour l’art et la culture.

Un photographe de l’AFP , travaillant pour l’occasion en pool - c’est-à-dire prenant des clichés pour l’ensemble des agences de photos - avait donc été convié et attendait le président devant l’entrée de l’exposition. À ses côtés, une des responsables de la communication du président, Véronique Waché.

« Tran-qui-lle-ment ! »

Mais voilà, à peine aperçoit-il le reporter que Sarkozy s’emporte : « Qu’est-ce que c’est que ce photographe ? J’ai dit que je voulais visiter l’expo tranquillement ! »

Parvenu à hauteur du journaliste, il répète le propos en appuyant sur les syllabes « J’ai dit tran-qui-lle-ment ! » tandis que les sourcils se froncent. A quelques mètres de là, la responsable du service de presse n’en mène pas large.

Prudent - l’incident du Salon de l’agriculture est encore dans toutes les mémoires - le photographe de l’AFP n’insiste pas et s’éloigne. D’autant qu’il a réussi à prendre quelques clichés du président à sa descente de voiture, en train de saluer des touristes qui n’en demandaient pas tant.

Avant de regagner son agence, il demande à Véronique Waché s’il peut diffuser les photos. Requête que le reporter formule davantage par courtoisie que par nécessité. Après tout, les photos concernent un personnage public, sur la voie publique et ne portent nullement atteinte à sa vie privée. Rien à voir avec l’activité d’un quelconque paparazzi. Et puis, surtout, le reporter n’a-t-il pas été invité à saisir cet instant, forcément inoubliable, par les propres services du président ?

Interdiction de diffuser les photos

Coup de fil à l’Elysée, conciliabule… En fin de compte, Véronique Waché, navrée, explique au photographe qu’il serait « préférable » de ne pas diffuser les clichés. Des fois qu’un Nicolas Sarkozy, ivre de rage, casserait tout dans son bureau…

Une recommandation appuyée à laquelle l’AFP s’est pliée sans trop de difficultés. Il est vrai qu’un refus d’obtempérer se serait sans doute soldé par un bannissement temporaire des prochains pools de photographes. Et donc un manque à gagner. Ça se passe comme ça en Sarkozie.

Le bon peuple n’aura donc jamais l’occasion de découvrir son président en train de se cultiver. Dommage. En se prêtant à l’exercice, ce dernier ne pouvait que regagner des voix…

BAKCHICH-INFO 

09.05.2008

Et il pleurniche sur la presse ! Cet homme est indigne de sa fonction, qu'il démissionne, le plus vite sera le mieux pour lui autant que pour nous...

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10.04.2008

Tunisie et droits humains: l’art d’échapper aux questions gênantes

1545267905.jpgPhoto : Zine el-Abidine Ben Ali, président de la Tunisie 

 

 

 

 

Par Carole Vann | Journaliste | 09/04/2008 | 20H00 RUE89

Parmi les premiers pays à être soumis à l’examen périodique universel (EPU), ce nouvel examen des droits de l’homme pour tous les membres de l’ONU, la Tunisie est accusée d’avoir dicté les questions posées par les autres membres de l’institution onusienne.

Antoine Madelin, de la Fédération internationale des ligues des droits de l’homme (FIDH), ne trouvait pas de mots assez durs durant la conférence de presse donnée pour qualifier la "mascarade" qui s’est déroulé mardi au Conseil des droits de l’homme à Genève:

"Nous avons été choqués d’entendre le Japon saluer la Tunisie comme modèle de démocratie. Comment peut-on parler de démocratie dans un pays où le président a été élu à 96,4% ? Nous avons été tout aussi choqués d’entendre l’Indonésie féliciter ce même gouvernement pour sa liberté d’expression et son indépendance judiciaire. Cela alors que la Tunisie vient de se faire épingler sur ces points par le Comité sur les droits de l’homme à New York!"

Troisième de la liste à passer son EPU, après le Bahreïn et l’Equateur, la Tunisie, aurait, selon plusieurs sources diplomatiques, cherché à "biaiser" le processus. Après un rapport délivré par le ministre tunisien de la justice et des droits de l’homme, Béchir Tekkari, les Etats membres ont pu soumettre leurs questions et recommandations. Selon Antoine Madelin,

"La plupart des ambassadeurs se sont montrés extrêmement complaisants. Nous avons alors appris que la mission tunisienne à Genève avait téléphoné aux délégations pour télécommander leurs propos durant cet examen. Plusieurs ambassadeurs nous ont expliqué qu’ils avaient intérêt à ne pas se faire d’ennemis vu qu’ils allaient, eux aussi, être évalués"

Présente à la conférence de presse, la journaliste et opposante Sihem ben Seddrin du Conseil national pour les libertés en Tunisie (l’association est interdite au pays), arrive de New York où elle a suivi les sessions du Comité des droits de l’homme:

"Les débats et les recommandations sur la Tunisie émis là-bas par les experts du Comité sont aux antipodes de ce qu’on a entendu à Genève. J’ai l’impression qu’on ne parle pas du même pays".

En réalité, le Conseil des droits de l’homme est en train de subir de plein fouet le dérapage tant redouté pour son tout nouveau mécanisme l’EPU: les Etats, amenés à s’évaluer entre eux, ont intérêt à se ménager les uns les autres. Par ailleurs, comme le précise un diplomate occidental, les règles du jeu sont dictées par les rapports bilatéraux entre les pays. La France s’est ainsi montrée extrêmement complaisante envers la Tunisie, se bornant à évoquer les droits des enfants et évitant soigneusement les questions qui froissent comme la torture, la censure de la presse et de l’internet ou d’autres violations. Antoine Madelin note toutefois:

"Mais derrière ces procédés choquants, nous avons aussi découvert que des pays, comme la Corée du Sud, le Mexique, le Ghana, l’Angola, et beaucoup de délégations occidentales et latino-américaines, ont fait preuve d’une très grande rigueur en posant les vraies questions".

La Roumanie s’est ainsi basée sur les recommandations du Comité de la torture pour demander si le gouvernement tunisien envisageait de réviser son code pénal afin de s’assurer que la torture ne soit pas utilisée dans les interrogatoires. D’autres ont questionné sur les critères selon lesquels les contenus internet étaient bloqués ou les procédures d’enregistrement des associations.

A la lumière des premiers balbutiements de ce tout nouveau mécanisme, peut-on éviter les pièges de la complaisance? Selon les défenseurs de libertés, tout espoir n’est pas perdu. Pour cela, les Etats doivent se baser sur les recommandations des experts de l’ONU.

26.03.2008

Tchad : quand Sarkozy censure.

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Photo : militaires français au Tchad
 
Samedi 2 février, la bataille fait rage à N’Djamena et les reporters essaient de gagner la capitale tchadienne au plus vite. Ce matin-là, le président célèbre son mariage. En fin de matinée, à Orly, un avion militaire est prêt à embarquer un groupe de journalistes triés sur le volet. Sur ordre direct de la présidence, l’autorisation d’embarquer la presse est annulée. L’après-midi, à l’aéroport militaire de Villacoublay, le même scénario se reproduit. Les militaires ont dit oui, l’Élysée dit non. En désespoir de cause, plusieurs journalistes prennent un vol sur une ligne commerciale en direction de Libreville au Gabon d’où ils espèrent monter à bord des avions militaires qui font la navette avec N’Djamena pour évacuer les ressortissants étrangers. Encore une fois, l’accès leur sera refusé et retardé jusqu’au dimanche soir. Quand les premiers reporters arrivent enfin dans la capitale tchadienne, les rebelles en déroute se sont repliés à l’extérieur de la capitale. Et les seules images transmises à Paris sont celles prises par les services de communication de l’armée ou des photos de ressortissants évacués. À N’Djamena, la bataille est terminée.
 
J.-P. M.

NOUVEL'OBS

20.03.2008

Questions de déontologie

2041505619.JPGSur Internet, la course aux clics change la pratique journalistique.
 

La mésaventure du «Nouvel Observateur» avec le fameux SMS et la réponse de Carla Bruni Sarkozy mettent le doigt là où ça fait mal : la déontologie des journalistes et la course effrénée aux scoops d’une presse en crise. Et ce, alors qu’un certain président de la République use et abuse des médias comme jamais aucun de ses prédécesseurs ne l’avait fait.

Le Web a-t-il fait déraper le Nouvel Observateur ?

Sans le Web, Airy Routier aurait certainement pris le temps de recouper son info avant de la publier dans le magazine papier. Mais voilà, pour Routier, attendre le papier, c’était risquer qu’un autre journal sorte avant lui le SMS. Et avec Internet, la périodicité de la presse ne veut plus dire grand chose. Les hebdomadaires font de l’actualité quotidienne sur le Web, les quotidiens dégainent plusieurs éditions par jour et tout le monde se tire la bourre. La concurrence s’est encore plus tendue depuis que certains journalistes ont quitté le papier pour le Web, jouant les corsaires de la profession en même temps que ses aiguillons. Là encore, les scoops pleuvent : Rue89, fondée par d’anciens de Libération, a démarré en révélant la censure d’un article du Journal du dimanche sur l’abstention de Cécilia Sarkozy à la présidentielle. Et Mediapart lancé le week-end dernier a tenté lui aussi un coup en janvier en annonçant une privatisation de France 3 par les conseils régionaux. Mais l’info démentie était un coup dans l’eau.

Les journaux dérivent-ils sur l’Internet ?

Que le SMS ait existé ou pas, il suffit de parcourir les sites web des journaux pour s’apercevoir que le dérapage était inévitable. Sur chacun d’entre eux, clignotent en vitrine des «Exclusif» et autres rubriques aguicheuses : «Dernière minute» rougeoie sur le site de l’Obs, «Les indiscrets» se découvrent sur celui de l’Express, le Point vante «Nos confidentiels», tandis qu’un doigt devant une bouche illustre ceux du Figaro. Et Libération.fr n’échappe pas à la règle, même si la rubrique «Confidentiel» n’apparaît pas systématiquement sur la homepage. De vieilles recettes de presse mais qui prennent sur le Web un sacré coup de jeune : qui aura en premier l’info ramassera le plus de clics, verra son audience monter et séduire les annonceurs. Vital, diront certains, alors que, selon les dernières prévisions, seul le Net bénéficiera dans les prochains mois d’une réelle embellie publicitaire. De danseuse moderne qu’il fallait avoir pour faire chic, le Web est devenu la potentielle vache à lait d’une presse papier en crise.

Les journalistes ont-ils une déontologie ?

A la fin de sa tribune dans le  Monde, Carla Bruni invoque, pour récuser Airy Routier, «les journalistes. Les vrais». Problème, selon la loi : «Le journaliste professionnel est celui qui a pour occupation principale, régulière et rétribuée, l’exercice de sa profession.» Soit, selon les derniers chiffres, 37 301 personnes, dont Airy Routier, vos serviteurs, les journalistes de Closer, ceux du Monde diplomatique et du magazine Dogs. Tous ont une carte professionnelle, leur donnant droit à l’entrée gratuite dans les musées nationaux et à un abattement fiscal. Une seule condition pour l’obtenir : que le postulant tire plus de 50 % de ses revenus du journalisme. Et basta. Libre au journaliste d’être à 49 % de son temps conseiller de Nicolas Sarkozy ou plombier chauffagiste. Le fait d’être journaliste n’implique aucune condition éthique. Et même si la charte rédigée en 1918 fait à peu près autorité («Un journaliste digne de ce nom […] tient la calomnie, les accusations sans preuves […] pour les plus graves fautes professionnelles»), elle ne fait pas office, comme pour les médecins, de serment d’Hippocrate. Pas d’ordre non plus dans la presse, contrairement aux médecins ou aux avocats, pour fixer des règles de déontologie. Seules des chartes maison sont parfois en place. Ainsi à l’Obs, comme se plaît à le rappeler la tribune de Bruni, ou à Libé. La charte de Libération est précise : «Une citation directe, entre guillemets […] implique que le journaliste a personnellement recueilli les propos cités en la forme». Routier dit avoir eu des «sources en béton», ce qui l’a autorisé, juge-t-il, à publier le SMS sur le site web de l’Obs le 6 février dernier. Sur la foi de la crédibilité du journaliste et de l’Obs en général, Libération.fr a immédiatement signalé l’article. Libération papier attendra deux jours et la plainte de Sarkozy contre l’Obs pour signaler l’existence du SMS.

RAPHAËL GARRIGOS et ISABELLE ROBERTS - LIBERATION