08.05.2008

J'ACCUSE

Moi, Janine Thombrau, rongée par une Sclérose En Plaques , n'ayant pas choisi d'être handicapée ni de ne pouvoir travailler, en mon nom et celui de milliers d'autres exclus, malades, travailleurs précaires, citoyens sans toit….

 

JE DENONCE…

 

- Je dénonce le pouvoir de notre pays incapable d'assurer la protection de ses citoyens les plus fragiles.

- Je dénonce le pouvoir législatif, Députés et Sénateurs, qui, malgré leurs belles paroles tricotées de condescendance et de compassion de théâtre, ignorent totalement le vécu d'une grande part de leurs concitoyens.

- Je dénonce le pouvoir exécutif qui, avec la complicité des deux assemblées, prend aux plus pauvres pour donner aux plus riches…. Et ce même pouvoir de n'être rien de plus qu'un pantin au service des plus riches.

- Je dénonce les dirigeants d'un pays qui dans quelques jours sera à la présidence de l'Union Européenne et j'ai honte pour nous quand ces mêmes osent dire que le handicap sera une de leurs priorités. ( En vue de sa Présidence de l'Union Européenne à partir du 1er juillet, le Ministre du Travail et de la Solidarité a affirmé que "la politique du handicap était au cœur des priorités d'action" du Gouvernement…).

- Je dénonce encore ces dirigeants qui ont signé une convention de l'ONU et qui ne l'appliquent même pas sur leur territoire. (Cette convention de 32 pages avec son Protocole facultatif adoptés le 13 décembre 2006, - ouverts à la signature au siège des Nations unies, à New York, le 30 mars 2007, sont entrés en vigueur le 3 mai 2008 - interdit toute forme de discrimination au travail liée au handicap, notamment en matière de recrutements, de promotion et de conditions de travail. Elle stipule qu'à travail égal on doit toucher un même salaire…).

Elle exhorte par ailleurs les Etats signataires à promouvoir l'emploi des personnes handicapées, notamment au moyen d'une "discrimination positive" à leur égard.

La convention stipule encore que les handicapés ne peuvent être exclus des systèmes éducatifs et exige des Etats signataires qu'ils facilitent leur accès aux bâtiments, aux moyens de transports, aux écoles et aux lieux de travail…)

- Je dénonce l'opulence et les bénéfices des industries pharmaceutiques qui se nourrissent de la maladie et de la détresse des malades et des handicapés (Rien que 7,11 milliards d'euros, pour Sanofi Aventis en 2007)

- Je dénonce les bénéfices " pharaoniques " des entreprises qui utilisent chômage et misère comme une arme de soumission

- Je dénonce ces patrons et ces actionnaires du CAC 40 qui n'imaginent même pas reverser 10% de leurs bénéfices pour sauver la sécurité sociale, la santé et la solidarité.

(DOUZE milliards pour Total, sept milliards pour BNP et Sanofi, cinq milliards pour EDF et Société générale. Les profits dégagés en 2006 par les entreprises du CAC 40 totalisent 97 milliards d'euros. Soit une progression de 10 % par rapport à l'année précédente… Et plus de cent milliards d'euros en 2007)

- Je dénonce ces entreprises qui affichent leurs bénéfices pantagruéliques et délocalisent ou licencient pour en faire encore plus…. Allongeant sans vergogne la liste des chômeurs et par là même des malades.

- Je dénonce l'incompétence … Le mépris … L'inhumanité … D'un pays qui est incapable d'assurer une retraite normale, avec les mêmes plaisirs, la même qualité de vie, à ses " vieux " qui l'ont construite.

- Je dénonce la misère de 850 000 handicapés, qui n'ont pas choisi d'être dans cet état et de ne pas travailler … Qui, de fait, vivent largement au dessous du seuil de pauvreté…

(Il me reste 408,97 € sur mon AAH, après avoir payé frais médicaux non remboursés et franchises ... Pour: m'héberger, manger, payer ma part de charges, téléphoner, écrire, et peut-être m'habiller ... ???? Car vu ma dépendance, il m'est impossible d'habiter seule...)

- Je dénonce le volontaire oubli de cette population qui se situe en dessus de 7,5 à 8 sur l'échelle EDSS … Et qui se trouve dans l'impossibilité totale de vivre seule et de travailler…. Ainsi que le manque de structures pour les accueillir.

- Je dénonce les mensonges du pouvoir, vos mensonges, sur le soi-disant déficit de la Sécurité Sociale … Afin de culpabiliser les français et en particulier les malades. Bien sûr que si des recettes ne rentrent pas … Il y a déficit ! Mais de quelles recettes s'agit il ?
(Qu'en est- il de la part des recettes fiscales qui doivent être imputées au fonctionnement de la " Sécu. " ? Une partie des taxes sur le tabac : 7,8 milliards, sur l'alcool : 3,5 milliards, La partie des primes d'assurances automobiles : 1,6 milliards, La partie de la taxe sur les industries polluantes : 1,2 milliards, La part de TVA : 2 milliards, retard de paiement pour les contrats aidés : 2,1 milliards, retard de paiement par les entreprises : 1,9 milliards. En faisant une bête addition, on arrive au chiffre faramineux de 20,1 milliards d'Euros).

- Je dénonce cette outrecuidance que vous avez de nous culpabiliser en nous mettant sur le dos vos incompétences de gestion… Où plutôt de dissimuler sous ces apparentes incompétences vos choix de faire les riches plus riches et les pauvres à la fois plus pauvres et responsables de malheurs de notre société…

- Je dénonce cette société qui stigmatise les pauvres, les malades, les chômeurs, bref tous les " fragiles " ou les " pas dans le moule ", cherchant à en faire des boucs émissaires et à faire régner un régime de la PEUR... "

- Je dénonce cette société et ce système qui fait son chemin vers un individualisme forcené et un incivisme qui fait oublier que : " Ca n'arrive pas qu'aux autres " …

- Je dénonce par la même cette même société qui fait que nombre d'employeurs préfèrent payer des amendes plutôt que d'employer des handicapés.

- Je dénonce ces centaines de communes qui ne se fendent pas des aménagements indispensables pour nous permettre une vie respectant notre liberté de circulation et l'égalité dans les transports…. Fauteuils roulants … Poussettes … Même combat !

- Je dénonce l'état de la majorité de leurs rues et trottoirs, du peu de places accessibles en stationnement handicapé… Car même si elles en avaient pour certaines la volonté politique … La compensation du transfert des charges ne se fait pas ou si mal.


- Je dénonce une république qui ne nous donne pas, malgré ses fondements, les moyens d'autonomie et d'indépendance financière nous permettant la qualité de vie à laquelle peut prétendre tout citoyen.

- Je dénonce aussi une société qui n'accorde l'AAH qu'à partir de 20 ans, déniant ainsi la majorité à 18 ans.

- Je dénonce, messieurs qui nous dirigez, votre arrogante inhumanité, vos certitudes goguenardes lorsque vous parlez des handicapés et des exclus, et votre incommensurable mépris de la connaissance et du respect de ceux dont vous avez la charge.

- Je dénonce … J'accuse … L'Etat Français d'abuser " le peuple électeur ", d'en abuser et d'utiliser la démocratie contre toute une partie du peuple…. Au bénéfice outrageant d'une infime partie… De pratiquer un népotisme d'état !

Alors … Si personne ne réagit … A qui le tour ?
Quelles seront les prochaines victimes de cette course sociale à reculons… Quels seront les nouveaux coupables de la descente aux enfers de notre société ?

Mots pour maux

 

23.03.2008

De l’État social vers le système de contrôle - Allemagne

En me baladant sur divers sites internet de la presse allemande, je tombe sur un article du journal de renom “Die Zeit” du 4 octobre, avec le titre “De l’État social vers le système de contrôle”. L’introduction est la suivante: Des médecins sont amenés à signaler des malades qui “portent la responsabilité de leur maladie. Voilà encore une idée dont pourront s’inspirer les Hortefeux, Sarkozy & Co.

L’auteur de l’article, Juli Zeh, fait un effort surhumain de contenir sa colère tout en commentant, interprétant et analysant le contenu d’un projet de loi du Ministère de la Santé en Allemagne, qui veut obliger les médecins à renoncer au secret professionnel auquel ils sont soumis, pour signaler (dénoncer) certains patients à leur caisse de maladie. Il s’agit de patients qui se seraient rendu coupable d’avoir occasionné leur maladie ou leur blessure. Comme exemples sont cités des tatouages, piercings, des opérations de chirurgie esthétique. La justification de cette idée absurde se présente comme un cas d’école d’une logique politique du faux en faisant une entorse aux prémisses. Une opération du nez serait un acte chirurgical, qui médicalement ne serait pas nécessaire mais relèverait du libre choix du patient. En conséquence, le patient devrait assumer les éventuelles complications.

La ministre Ulla Schmidt affirme qu’il ne s’agirait en aucun cas d’une violation de la sphère privée, encore moins d’une rupture du secret professionnel (ben voyons), mais simplement d’un instrument de maîtrise des dépenses de la sécurité sociale.

Qu’est-ce qu’il y a de plus intime que le corps de l’individu, et c’est ce corps intime qui deviendra “une chose” de l’État. Ce n’est plus la caisse d’assurance-maladie qui doit assistance aux citoyens, ce sont les citoyens qui doivent la santé à leur caisse d’assurance-maladie - le nouveau devoir fictif du citoyen d’un État tout puissant qui avec cette idée rappelle fatalement le roman “le meilleur des mondes” d’Aldous Huxley. La maladie équivaut potentiellement la “faute”, pour séparer les “bons” des “mauvais” citoyens. Comme par hasard, on constate la simultanéité avec les franchises médicales en France, seulement en degré d’immoralité, comme souvent, l’Allemagne a quelques longueurs d’avances sur la France. (Hartz 4, les jobs à 1 euro en dehors de tout cadre légal du droit du travail, pour n’en citer que deux exemples)

D’autres exemples de “mauvais malades” suivent: Des patients qui auraient nui à leur santé en commettant des actes illégaux devraient également être signalés. Donc qui tombe d’un arbre en volant une pomme et se blesse ne pourra plus compter sur le secret professionnel de son médecin.

Ce projet de loi soulève de nouveaux problèmes : le fumeur qui tombe malade d’un cancer, le malade alcoolique, l’amateur de chocolat avec un surpoids, des pratiquants d’actes sexuels non protégés, le sportif skieur, tout amateur sportif, un conducteur de voiture responsable d’un accident - tous coupables, tous “dénoncables” n’ayant plus le droit au secret médical?

Cela deviendrait un État qui contrôlerait ses citoyens jusqu’au dernier recoin de leur intimité. Pourtant l’idée de base de la démocratie est la liberté de l’individu dans son champ intime, où il prend les décisions pour sa vie. On ne parlerait pas d’une maîtrise des coûts, mais de la dignité de l’être humain.

Avec le ministre de l’intérieur, Wolfgang Schäuble, ce fanatique de la surveillance au nom de la protection du terrorisme (projet de virus d’ordinateur fabriqué et utilisé par les services d’État pour fouiller le contenu des disques dur des citoyens, grande affaire actuellement très controversée en Allemagne), avec la pauvreté de millions d’enfants, dans ce pays riche déjà trop de gens souffrent. Et maintenant cela, mais cela ne s’arrête donc jamais?

Source: Die Zeit

LES DESSOUS DE L'ALLEMAGNE 

Culpabiliser les malades :

390885082.jpgLe déremboursement d'affections dans lesquelles le patient peut avoir une part de responsabilité est une idéologie qui circule actuellement en Europe.
L'Allemagne est allée le plus loin pour le moment (comme les jobs à 1 euro). Un article relayé sur rezo.net il y a quelques mois a présenté le cas d'une patiente contaminée par l'hépatite C dont la sécu a refusé la prise en charge du traitement. L'information serait venue à l'assurance maladie que la patiente avait eu un piercing... et pour l'assurance, celui-ci aurait été directement attribué à la contamination et menant à la décision de refuser la prise en charge. L'affaire fit grand bruit, et finallement l'assurance recula.

Ce cas de figure montre un principe qui consisterait a dérembourser si le patient a pris un risque. La question est: ou est la limite? Qui tranche? Surpoids, tabac, alcool sont dans le collimateur. On peut imaginer les fractures liés aux activités de loisirs, accidents dans laquelle la responsabilité est engagée, tentatives de suicides, sexualité etc...
Responsabilité mais d'un autre côté l'Etat, la société a encouragé à un moment donné, le tabac (l'ex seita fût même une ex administration rattachée aux douanes), la consommation...
La stratégie est de culpabiliser le patient.
Un article sur rue89 il y a quelques temps relayait une étude Hollandaise prouvant que les diabétiques ne coutaient pas plus cher sur le long terme car décédaient plus tôt... Cynique comme raisonnement. Certes, on essaye de nous faire rentrer dans le raisonnement qu'avec la mondialisation, nos "concurrents" Chinois n'ont pas d'assurance maladie, et les américains non plus (c'est même une des causes de faillites ou surendettement personnel-payer une opération comme tout acte médicaux très chers aux US)et comme la durée de vie augmente (à défaut de la qualité), "il faut" dérembourser et transférer l'assurance maladie au privé comme ailleurs. En poussant le raisonnement à l'absurde, l'euthanasie coutera toujours moins cher que le traitement... Assurément.
Dérembourser, privatiser, un bon business en perspective pour les assurances surtout et essentiellement ... qui se feront un plaisir de titriser les risques sur la santé des personnes et les vendre les marchés internationaux... comme les subprimes,vous savez, on développera des questionnaires médicaux, des tests adn, imposera des hygiènes de vie strictes, autant dire que la vie ne vaudra plus grand chose. On soignera certains, et "apaisera provisoirement" d'autres.

Par contre un développement de "médecine préventive" associé à une meilleure qualité de vie sociale et de travail...l'environnement, pourraient permettre de réduire la facture médicale de manière significative (cf Suède par ex)

Attention à la sympathique Roselyne Bachelot, sa franchise à soi-disant 4 euros par mois...mais en fait qui tombe souvent à 58 euros par mois à payer sur janvier/février justement avec toutes les charges les plus lourdes, ce qui n'est pas évident du tout pour les bas revenus. La formulation était une tromperie, il faudra s'en souvenir.

Attention à ce principe qui consiste à faire payer les petits et à surtout rien remettre en causes des structures et dysfonctionnements sociaux et des rapports sociaux (manque d'inspecteurs du travail, relations au travail, urbanisme, transports, pollution...)qui poussent les individus à "compenser".
C'est comme laisser faire ce casino financier et en dernier ressort solliciter le contribuable pour boucher le trou des banques...et après... on dérembourse vos soins. Vous laissez faire?

Quand à la prévention au travail, étant très allergique à des produits et pour avoir creusé le sujet, je suis atteré dans le secteur du batiment, d'ouvriers, peintres qui travaillent sans masques, sans protections et qui ne sont même pas informés des risques qu'ils prennent à manier des solvants toute la journée ou respirer des particules. Lorsqu'ils auront 50/60 ans, l'assurance maladie acceptera t-elle de reconnaitre les risques professionnels? Qu'est-ce que vous faites aujoud'hui?

Commentaire de Vol19 enseignant-chercheur en invalidité, Bretagne sous l'article de RUE89

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Pour préciser mon post de 22h51, voici des informations complémentaires sur ce qui s'est passé en Allemagne, article diffusé sur Rezo.net le 3.12.07 intitulé "de l'Etat social vers le système de contrôle-Allemagne" réalisé à partir du blog "les dessous de l'allemagne" et d'un article de "Die Zeit" du 4.10.2007 de Juli Zeh

-> Pire que de mémoire: "des médecins sont amenés à signaler des malades qui portent la responsabilité de leur maladie"...dans un projet defendu par la ministre de la santé Ulla Schmidt

http://allemagne-et-plus.a18t.net/?p=20

Derrière cette mesure, se cache l'idée que le corps devient une "chose"... Et traduit bien le philosophe Slavov Zizek, l'Etat qui limite les libertés dans le capitalisme actuel allant vers le contrôle.

La suite des commentaires est intéressante, elle démontre derrière cette volonté de "conformisation" de tous (rendre identique), mimétique (Girard), se dresse un mécanisme déjà connu dans les années trentes, normer, purifier, sur la base folle du modèle industriel qui a mené aux camps de la mort.

La grande question qui se pose à nous serait de savoir si cette "folie purificatoire comptable" cette fois, ne serait pas susceptible de nous mener comme l'évoque le post de "ppscoudy", mais aussi les discussion de l'article à des formes de suicides civiques mais intériorisé? qui nous renvoierait d'ailleurs à ce film japonais "la ballade de narayama" (1984)?

Enfin ne jamais oublier qu'à son arrivée au pouvoir en 1933, le régime Nazi eu comme projet d'euthanasier les enfants allemands diabétiques de (type 1) ceci avec la complicité de médecins! Puis au programme... les malades mentaux, tous faiblards et à charge de la société qui ont "pré-testé" les méthodes d'extermination.

Intéressant, tout de même, que celà nous revienne juste en ce moment... et sur les diabétiques... et sur le thème "de la libéralisation de l'euthanasie comme progrès?" Qu'est-ce qui est donc dans l'air du temps en ce moment dans l'espace communication publique? Ca ne sent pas que le caramel...

Avec les méthodes de communication, on a su faire intérioriser les méthodes de management, objectifs/évaluation, on peut très bien amener à en faire de même effectivement avec le "suicide civique" dans quelques dizaines d'années.

Rue 89, vous avez des thèmes à reprendre-là et à creuser....
la folie comptable, la folie sécuritaire, la folie normatrice, la folie purificatrice... ou ça peut se nicher alors que nous avons un précedent avec de plus en plus de points communs...? Et puis que fait-on avec le système de santé?

Vol19