13.05.2008

La France, une démocratie ???

Quand la police saisit tracts et journaux pour une visite de Nicolas Sarkozy

POLITIQUE - La scène se déroule dans le centre-ville de Vienne (Isère), mardi en fin de matinée, une heure et demie avant l'arrivée de Nicolas Sarkozy. Le chef de l'Etat visite une usine à ce moment-là, et il est attendu ensuite dans la salle des fêtes de Vienne, pour  participer à une table ronde sur "la modernisation de l'économie française". Des militants veulent manifester aux abords. Certains du PS, d'autres du PCF, d'autres encore de la la LCR. Ils sont environ 150 à 200, selon un journaliste présent. Mais il y a également énormément de policiers en civil, sur la place et dans toutes les rues avoisinantes. Normal pour une visite présidentielle. Sauf que le journaliste présent constate que les policiers sont en train de contrôler et fouiller les militants, et surtout de saisir tous leurs tracts, leurs autocollants, et même leurs journaux. Celui-ci a Rouge dans son sac ? Saisi. Celui-là l'Huma à la main ? Saisi également. Quelques jeunes gens de la LCR refusent de remettre leurs tracts, ils sont alors menottés et embarqués. Sous l'objectif d'un photographe...

Photos : JPK

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Fouille du sac d'un militant

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Une pile de tracts saisis


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Menottage d'une militante qui a refusé de donner ses tracts


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Arrestation de la même militante

LIBELYON

11.04.2008

Des soldats français auraient torturé au Congo

Par Pascal Riché | Rue89 | 10/04/2008 | 23H45

Selon des Suédois, un Congolais aurait été torturé pendant l'opération Artémis en 2003. L'armée française a ouvert une enquête.

C'est une information qui n'a trouvé presque aucun écho en France, mais qui fait scandale en Suède: des soldats des forces spéciales suédoises affirment avoir été témoins d'un cas de torture, qui aurait été perpétré en juillet 2003 par des soldats Français, lors de l'opération "Artémis" menée sous l'égide de l'Union européenne en République démocratique du Congo. Saisis l'été dernier par leurs homologues suédois, les responsables de l'état-major militaire français confirment avoir ouvert une enquête sur la question.

Les forces spéciales suédoises qui on témoigné (DR).

L'information a été dévoilée par la télévision publique SVT1, la semaine dernière, dans un documentaire diffusé dans l'émission d'investigation Uppdrag Granskning. Elle a depuis été, selon un des riverains de Rue89 vivant en Suède, "relayée par tous les grands médias, à commencer par Dagens Nyheter et Svenska Dagbladet, les deux grands journaux".

Roué de coups et étranglé

Artémis était le nom d'une l'intervention dans la province d'Ituri, la première opération militaire de stabilisation menée par l'Union européenne en dehors de ses frontières. La région était en proie à des massacres entre miliciens de plusieurs groupes rivaux, accompagnés d'exactions sur la population civile. La force européenne avait pour mission de stabiliser la situation, d'améliorer la situation humanitaire, de protéger l’aéroport et les camps de réfugiés de Bunia et, si la situation l’exigeait, d'assurer la sécurité de la population civile et du personnel des Nations unies et des organisations humanitaires dans la ville. Dix-huit nations participaient à Artémis; la France avait pris la direction des opérations.

Le camp de Bunia abritait des troupes françaises et suédoises (DR).

Un camp à Bunia, "chem-chem", abritait des troupes françaises et suédoises. L'incident dénoncé par les soldats suédois y aurait eu lieu le 13 juillet 2003. Un jeune congolais d'une vingtaine d'année, qui s'était introduit dans le camp, aurait été victime de violences injustifiées pendant "six à huit heures", lors d'un interrogatoire mené par les soldats des forces spéciales françaises.

Le documentaire, "Le Destin de Joseph" (lire son résumé en français), réalisé par trois journalistes, présente plusieurs militaires qui dénoncent la passivité de leurs supérieurs face aux violences françaises. Les soldats, anonymes, ne sont pas identifiables à l'écran. L'officier suédois mis en cause a affirmé depuis avoir été prévenu trop tard de ce qui se passait.

Croquis du documentaire 'Le Destin de Joseph' (DR).

L'homme, en tenue civile, aurait été tiré par une corde attachée autour de son cou, et roué de coups de bâton. Selon un soldat suédois "le prisonnier s'étranglait quand il trébuchait". L'usage d'électricité pendant l'interrogatoire, la simulation d'une noyade, ou celle d'une exécution publique, ont également été rapportées. Les soldats suédois entendaient le prisonnier crier. Un des soldats interrogés par l'équipe de Uppdrag Granskning affirme:

"Il arrive encore que je me réveille les nuits en entendant les cris. C´était comme si on étranglait un chat, personne dans le camp pouvait éviter de l´entendre. Celui qui dit qu'il n'a pas entendu parler de ça, il ment."

A minuit, le prisonnier aurait été emmené dans une Jeep, cagoulé. L'équipe de télévision n'a pas pu le retrouver. Ils ont juste un prénom, Joseph.

Joseph, 20 ans à l'époque des faits (DR).

Un soldat suédois craint que les Français ne l'aient relâché dans le camp de ses adversaires.

Témoignages contradictoires

L'état-major français a été informé par les suédois de ces accusations l'an dernier, après une plainte déposée en mai. Depuis, des enquêtes préliminaires ont été conduites tant en France qu'en Suède. Les enquêteurs suédois estiment aujourd'hui qu'il est "hautement probable" que les témoignages accusateurs soient solides, et que des méthodes "assimilables à la torture" aient été utilisées. Le porte-parole du ministère suédois de la Défense, Roger Magneraad, a publiquement accusé les soldats français d'avoir "utilisé des méthodes s'apparentant à la torture". Mais on est beaucoup plus prudent en France.

Les autorités françaises reconnaissent qu'un incident a eu lieu, après qu'un congolais se fut introduit une nuit dans le camp militaire. Mais pour le reste, motus. "Nous avons comparé les résultats des enquêtes ces dernières semaines, et nous avons constaté de nombreux éléments contradictoires", commente-t-on au ministère de la Défense.

Les témoignages recueillis divergent "sur les conditions de détention du prisonnier congolais" et notamment sur l'attitude des militaires français. " Il y a des trucs qui ne collent pas, et le général Jean-Louis Georgelin [chef d'état-major français des armées, ndlr], a donc ordonné l'ouverture d'une enquête approfondie" . Une enquête annoncée par un communiqué le 2 avril, confiée à l'inspection des forces en opérations et de la défense du territoire" et qui, compte tenu des divergences, pourrait durer "assez longtemps".

Croquis du documentaire 'Le Destin de Joseph' (DR).

Photos et illustrations tirées du documentaire "Le Destin de Joseph".

03.04.2008

Emmanuel Todd : «Si la France devient le caniche des USA, elle disparaîtra»

911604536.jpg Selon Emmanuel Todd, le renforcement des troupes françaises en Afghanistan est une erreur diplomatique et stratégique, et dessine les contours d'une idéologie extrême-droitière à l'échelle mondiale. Interview.

Au Sommet de l'Otan, mercredi 2 avril, George Bush s'est dit «très heureux» du soutien de la France en Afghanistan. Mais la veille, à l'Assemblée, la première grande décision stratégique de Nicolas Sarkozy de renforcer les contingents français engagés dans le conflit afghan mettait le feu aux poudres. Les socialistes, de François Hollande à Lionel Jospin, d'Hubert Vérine à Ségolène Royal, s'opposent unanimement à une politique d'alignement sur les Etats-Unis. Ils mettent en avant l'enlisement du conflit afghan, son coût humain et dénoncent le «tournant atlantiste» de la politique française. Pour l'historien et démographe Emmanuel Todd, les dangers de cette politique sont encore plus graves. L'auteur de Après l'empire juge que cette partie est perdue d'avance et qu'elle participe d'une idéologie extrême-droitière naissante.

Marianne2.fr : Le renforcement des troupes en Afghanistan vous paraît-il justifié ?
Emmanuel Todd : Je peux tout imaginer de Nicolas Sarkozy, même qu'il ne sache pas ou est l'Afghanistan. Mais je ne peux pas imaginer que les gens qui l'entourent ignorent ce que tout le monde anglo-saxon sait, à savoir que cette guerre est perdue.

Pour vous, cette guerre est sans espoir ?
E.Todd : L'organisation sociale des Pachtounes est faite pour la guerre, tout comme celle des clans somaliens : la guerre est l'état normal de ces sociétés, ce n'est donc pas un problème dans la durée. A partir du moment où les belligérants sont alimentés par des fournitures d'armes régulières venant de l'extérieur, il est évident que ces système sociaux vont venir à bout de quelques milliers d'hommes venus de loin et difficilement approvisionnés. On peut se demander, à la limite, si ça va se terminer par un Dien-Bien-Phû ou par un retrait paisible.

Du point de vue du gouvernement, il semble pourtant qu'il y ait des enjeux à ce conflit…
E.Todd : Pourquoi ceux qui nous gouvernent veulent-ils participer à une guerre perdue ? Voilà la vraie question. Et là, comme dans les débats sur la réintégration pleine et entière de la France à l'Otan, on touche au symbolique. Cette manœuvre a pour objectif de réaffirmer un lien avec l'Amérique. Je n'appellerai pas ça du néo-atlantisme. L'atlantisme était le lien de l'Europe occidentale avec les Etats-Unis à une époque où ils portaient les valeurs démocratiques face au totalitarisme soviétique. Ce n'était pas du goût des gaullistes, mais dans le contexte, cela pouvait se justifier. Aujourd'hui, l'Amérique est le pays du fric, du néo-libéralisme et des inégalités. Et ce qui se profile derrière cette nouvelle association, c'est de l'occidentalisme. C'est un lien fondé sur une nouvelle idéologie, une idéologie qui se construit dans le conflit avec l'islamisme.

Mais la France n'a-t-elle pas intérêt, pour des raisons de politique «réaliste», à s'associer avec les Etats-Unis plutôt que de rester repliée sur elle-même ?
E.Todd : La France n'a pas les moyens de s'engager en Afghanistan, c'est déjà un objectif démesuré pour les Etats-Unis. La France est une puissance moyenne et l'Amérique une puissance déclinante. Paris existait terriblement à l'époque de Villepin : après son discours à l'ONU contre l'engagement de la France en Irak, nous rayonnions! Mais sous Nicolas Sarkozy, il arrive à la France ce qui est advenu de l'Angleterre sous Tony Blair : si l'on devient le caniche des Etats-Unis, on disparaît. Si on s'aligne, si on perd son indépendance, on disparaît. De Gaulle l'avait compris : la France n'existe à l'échelle mondiale, ne peut justifier son siège au conseil de sécurité de l'Onu et sa possession de l'arme nucléaire, que lorsqu'elle représente un acteur autonome. Le monde n'a rien à faire de la France de Sarkozy.

La lutte contre le terrorisme légitime aussi l'engagement du gouvernement dans ce conflit.
E.Todd : Les occidentalistes se pensent en situation de légitime défense. Le terrorisme existe, il devrait être contré par le contre-espionnage et par des forces policières, mais sûrement pas par des guerres à l'étranger. La première attaque contre l'Afghanistan était légitime, il s'agissait de déloger Ben Laden; d'ailleurs, les Russes nous y avaient aidé. Mais l'irakisation de l'Afghanistan participe d'une agression du monde musulman par le monde occidental. L'occidentalisme est une doctrine d'extrême droite en émergence. La France va être du côté du mal : en exposant des troupes françaises et en participant aux bombardements de la population civile afghane. Et, grâce à Sarkozy, nous risquons même ce qu'ont subi la Grande-Bretagne et l'Espagne à la suite de la guerre en Irak.

Vous parlez des attentats de Londres et de Madrid qui ont eu lieu suite à l'engagement de nos voisins en Irak. Mais là, il ne s'agit que d'envoyer quelques centaines d'hommes dans un pays où la France a déjà des troupes…
E.Todd : Mais justement ! Rappeler leur faible nombre, comme le fait le gouvernement, c'est avouer qu'il s'agit bien d'une action symbolique ! Les quelques bateaux qu'on va mettre dans le golfe persique vont faire rire les Iraniens. Mais nous nous positionnons dans une construction idéologique, contre le monde musulman. Cette posture est d'ailleurs très cohérente avec le sarkozysme en politique intérieure.

Vous pensez que Nicolas Sarkozy est dans une logique de guerre avec le monde musulman ?
E.Todd : Ce qui a fait son succès dès le premier tour de l'élection présidentielle, c'est le ralliement d'une partie des électeurs du Front national. Il a pu avoir lieu à cause des émeutes en banlieues, qui ont été un facteur de traumatisme. Mais c'est Sarkozy, ministre de l'Intérieur, qui a provoqué cet évènement. Dans la logique du sarkozysme, il y a la combinaison d'une incapacité à affronter les vrais problèmes et à désigner des boucs émissaires. C'est classique : quand une société est en crise, elle a le choix entre résoudre ses problèmes économiques et ses pathologies sociales, ou créer des bouc-émissaires. Sarkozy recherche toujours un ennemi, il est dans l'agression. Cela s'observe même dans son comportement ordinaire avec les habitants de banlieue ou les marins pêcheurs.

En s'impliquant plus en Afghanistan, la France participe donc à déclencher un clash des civilisations?
E.Todd : L'analyse d'Huntington sur le clash des civilisations est fausse, mais un gouvernement peut essayer de la rendre vraie. Je pense que les gens qui nous gouvernent seront tenus pour responsables de ce qu'ils font. La guerre, c'est la pédagogie du mal. Les peuples en paix pensent sainement. On entre parfois en guerre pour de bonnes raisons, mais peu à peu, on glisse insensiblement dans la violence pour la violence. C'est ce qui aurait pu arriver en Espagne, si les Espagnols avaient mal réagi aux attentats : ils auraient pu s'enfoncer dans le conflit des civilisations. Je crois que cette stratégie conflictuelle va échouer aussi en France. La recherche de bouc-émissaires, l'émergence d'une idéologie islamophobe et hostile aux enfants d'immigrés… ce n'est pas dans la nature de la France. Au final, les Français préfèrent toujours décapiter les nobles que les étrangers.

Marianne2.fr, propos reccueillis par Anna Borrel 

21.03.2008

Zemmour dérape


96358639.jpgAlors que les fanatiques s'efforcent d'importer en France le conflit israélo-palestinien, Eric Zemmour leur apporte son aide avec un libelle plein de haine

Deux récits s'entrecroisent. D'une part, l'assassinat crapuleux de Simon Mtruk par son ami d'enfance et voisin de HLM Yazid Chadli. D'autre part, l'enquête menée par le narrateur, un juif de gauche chargé en haut lieu de dissimuler au public l'aspect antisémite de l'affaire.
L'histoire s'inspire de l'enlèvement en 2006 du malheureux Ilan Halimi, torturé trois semaines durant dans une cave de Bagneux, puis exécuté par le «gang des barbares» dirigé par le jeune black Youssouf Fofana. Quel but Zemmour poursuit-il en faisant de ce fait divers terrifiant le symbole du conflit judéo-arabe ? Le but de ceux qui jettent de l'huile sur le feu : propager l'incendie. Il entend en effet démontrer que le pullulement des musulmans islam et islamisme jetés dans le même sac - a eu raison de la France éternelle, et que les juifs français seraient bien avisés d'émigrer. La France ? «Un pays d'Arabes et de Noirs. Des millions et des millions. Ils tirent la France vers le bas. Avec eux on devient un pays du tiers-monde. Les Français ont peur d'eux. Es n'osent plus rien leur dire. Les Arabes nous égorgeront, nous les juifs, et les Français ne lèveront pas le petit doigt. Les Français, ils font avec .les musulmans comme ils ont fait avec les Allemands. Tous des collabos. Tous des lâches.» Il ne réserve pas ses flèches qu'aux Arabes : essayez d'inventorier les occurrences du mot «nègre» dans son roman... Il faut voir aussi comme il parle des femmes. Si cette pétasse de Clotilde «vaut mieux que ses cuisses courtes et ses gros nichons», c'est qu'elle raille les garçons trop attentifs à son plaisir pour être virils : «Mais putain, on veut de la bite, nous, de la bonne, de la bien grosse. Je ne suis pas une lesbienne, moi, je voudrais qu'il me baise comme une brute, qu'il me fasse mal, merde, qu'il me déchire.» A la fois poète et sexologue, le garçon ! «Victimes et coupables» du sida, les homosexuels reçoivent à leur tour leur paquet :«Dans toute société traditionnelle, fondée sur la pudeur et le secret, le respect de la vie et la peur de la mort, les «homos» auraient été stigmatisés et isolés, à l'instar des pestiférés de jadis.» Mais ceux qui excitent le plus son courroux sont les militants antiracistes, qui, pour avoir prôné le métissage culturel, ont du sang sur les mains. L'auteur ne manquera pas de dire qu'il s'agit d'un roman, qu'il ne partage pas toutes les idées des héros. A d'autres ! S'il les désapprouvait, il leur opposerait des arguments qui tiennent la route. Il ne faut pas être bien malin pour deviner de quel côté penche son coeur. Grand habitué des talk-shows, on peut compter sur lui pour vendre son livre. Un livre d'autant plus déplaisant qu'il est de style approximatif et n'a pas l'excuse du talent. Tremper sa plume dans la haine ne suffit pas à écrire comme Céline.

NOUVEL'OBS