13.05.2008

Piqûre de rappel (toujours utile) avec Martin Niemöller :

1598212942.2.jpgLorsque les nazis sont venus chercher les communistes
Je me suis tu, je n'étais pas communiste.

Lorsqu'ils sont venus chercher les syndicalistes
Je me suis tu, je n'étais pas syndicaliste.

Lorsqu'ils sont venus chercher les sociaux-démocrates
Je me suis tu, je n'étais pas social-démocrate.

Lorsqu'ils sont venus chercher les juifs
Je me suis tu, je n'étais pas juif.

Puis ils sont venus me chercher
Et il ne restait plus personne pour protester.

Lire la notice sur Martin Niemöller 

08.05.2008

J'ACCUSE

Moi, Janine Thombrau, rongée par une Sclérose En Plaques , n'ayant pas choisi d'être handicapée ni de ne pouvoir travailler, en mon nom et celui de milliers d'autres exclus, malades, travailleurs précaires, citoyens sans toit….

 

JE DENONCE…

 

- Je dénonce le pouvoir de notre pays incapable d'assurer la protection de ses citoyens les plus fragiles.

- Je dénonce le pouvoir législatif, Députés et Sénateurs, qui, malgré leurs belles paroles tricotées de condescendance et de compassion de théâtre, ignorent totalement le vécu d'une grande part de leurs concitoyens.

- Je dénonce le pouvoir exécutif qui, avec la complicité des deux assemblées, prend aux plus pauvres pour donner aux plus riches…. Et ce même pouvoir de n'être rien de plus qu'un pantin au service des plus riches.

- Je dénonce les dirigeants d'un pays qui dans quelques jours sera à la présidence de l'Union Européenne et j'ai honte pour nous quand ces mêmes osent dire que le handicap sera une de leurs priorités. ( En vue de sa Présidence de l'Union Européenne à partir du 1er juillet, le Ministre du Travail et de la Solidarité a affirmé que "la politique du handicap était au cœur des priorités d'action" du Gouvernement…).

- Je dénonce encore ces dirigeants qui ont signé une convention de l'ONU et qui ne l'appliquent même pas sur leur territoire. (Cette convention de 32 pages avec son Protocole facultatif adoptés le 13 décembre 2006, - ouverts à la signature au siège des Nations unies, à New York, le 30 mars 2007, sont entrés en vigueur le 3 mai 2008 - interdit toute forme de discrimination au travail liée au handicap, notamment en matière de recrutements, de promotion et de conditions de travail. Elle stipule qu'à travail égal on doit toucher un même salaire…).

Elle exhorte par ailleurs les Etats signataires à promouvoir l'emploi des personnes handicapées, notamment au moyen d'une "discrimination positive" à leur égard.

La convention stipule encore que les handicapés ne peuvent être exclus des systèmes éducatifs et exige des Etats signataires qu'ils facilitent leur accès aux bâtiments, aux moyens de transports, aux écoles et aux lieux de travail…)

- Je dénonce l'opulence et les bénéfices des industries pharmaceutiques qui se nourrissent de la maladie et de la détresse des malades et des handicapés (Rien que 7,11 milliards d'euros, pour Sanofi Aventis en 2007)

- Je dénonce les bénéfices " pharaoniques " des entreprises qui utilisent chômage et misère comme une arme de soumission

- Je dénonce ces patrons et ces actionnaires du CAC 40 qui n'imaginent même pas reverser 10% de leurs bénéfices pour sauver la sécurité sociale, la santé et la solidarité.

(DOUZE milliards pour Total, sept milliards pour BNP et Sanofi, cinq milliards pour EDF et Société générale. Les profits dégagés en 2006 par les entreprises du CAC 40 totalisent 97 milliards d'euros. Soit une progression de 10 % par rapport à l'année précédente… Et plus de cent milliards d'euros en 2007)

- Je dénonce ces entreprises qui affichent leurs bénéfices pantagruéliques et délocalisent ou licencient pour en faire encore plus…. Allongeant sans vergogne la liste des chômeurs et par là même des malades.

- Je dénonce l'incompétence … Le mépris … L'inhumanité … D'un pays qui est incapable d'assurer une retraite normale, avec les mêmes plaisirs, la même qualité de vie, à ses " vieux " qui l'ont construite.

- Je dénonce la misère de 850 000 handicapés, qui n'ont pas choisi d'être dans cet état et de ne pas travailler … Qui, de fait, vivent largement au dessous du seuil de pauvreté…

(Il me reste 408,97 € sur mon AAH, après avoir payé frais médicaux non remboursés et franchises ... Pour: m'héberger, manger, payer ma part de charges, téléphoner, écrire, et peut-être m'habiller ... ???? Car vu ma dépendance, il m'est impossible d'habiter seule...)

- Je dénonce le volontaire oubli de cette population qui se situe en dessus de 7,5 à 8 sur l'échelle EDSS … Et qui se trouve dans l'impossibilité totale de vivre seule et de travailler…. Ainsi que le manque de structures pour les accueillir.

- Je dénonce les mensonges du pouvoir, vos mensonges, sur le soi-disant déficit de la Sécurité Sociale … Afin de culpabiliser les français et en particulier les malades. Bien sûr que si des recettes ne rentrent pas … Il y a déficit ! Mais de quelles recettes s'agit il ?
(Qu'en est- il de la part des recettes fiscales qui doivent être imputées au fonctionnement de la " Sécu. " ? Une partie des taxes sur le tabac : 7,8 milliards, sur l'alcool : 3,5 milliards, La partie des primes d'assurances automobiles : 1,6 milliards, La partie de la taxe sur les industries polluantes : 1,2 milliards, La part de TVA : 2 milliards, retard de paiement pour les contrats aidés : 2,1 milliards, retard de paiement par les entreprises : 1,9 milliards. En faisant une bête addition, on arrive au chiffre faramineux de 20,1 milliards d'Euros).

- Je dénonce cette outrecuidance que vous avez de nous culpabiliser en nous mettant sur le dos vos incompétences de gestion… Où plutôt de dissimuler sous ces apparentes incompétences vos choix de faire les riches plus riches et les pauvres à la fois plus pauvres et responsables de malheurs de notre société…

- Je dénonce cette société qui stigmatise les pauvres, les malades, les chômeurs, bref tous les " fragiles " ou les " pas dans le moule ", cherchant à en faire des boucs émissaires et à faire régner un régime de la PEUR... "

- Je dénonce cette société et ce système qui fait son chemin vers un individualisme forcené et un incivisme qui fait oublier que : " Ca n'arrive pas qu'aux autres " …

- Je dénonce par la même cette même société qui fait que nombre d'employeurs préfèrent payer des amendes plutôt que d'employer des handicapés.

- Je dénonce ces centaines de communes qui ne se fendent pas des aménagements indispensables pour nous permettre une vie respectant notre liberté de circulation et l'égalité dans les transports…. Fauteuils roulants … Poussettes … Même combat !

- Je dénonce l'état de la majorité de leurs rues et trottoirs, du peu de places accessibles en stationnement handicapé… Car même si elles en avaient pour certaines la volonté politique … La compensation du transfert des charges ne se fait pas ou si mal.


- Je dénonce une république qui ne nous donne pas, malgré ses fondements, les moyens d'autonomie et d'indépendance financière nous permettant la qualité de vie à laquelle peut prétendre tout citoyen.

- Je dénonce aussi une société qui n'accorde l'AAH qu'à partir de 20 ans, déniant ainsi la majorité à 18 ans.

- Je dénonce, messieurs qui nous dirigez, votre arrogante inhumanité, vos certitudes goguenardes lorsque vous parlez des handicapés et des exclus, et votre incommensurable mépris de la connaissance et du respect de ceux dont vous avez la charge.

- Je dénonce … J'accuse … L'Etat Français d'abuser " le peuple électeur ", d'en abuser et d'utiliser la démocratie contre toute une partie du peuple…. Au bénéfice outrageant d'une infime partie… De pratiquer un népotisme d'état !

Alors … Si personne ne réagit … A qui le tour ?
Quelles seront les prochaines victimes de cette course sociale à reculons… Quels seront les nouveaux coupables de la descente aux enfers de notre société ?

Mots pour maux

 

10.04.2008

"Discours de la servitude volontaire"

1772170344.jpg Si on veut chercher le fondement philosophique de la désobéissance civile et de la non-coopération, il faut remonter aux écrits d'Etienne de la Boétie (1530-1563). Ce grand ami de Montaigne rédige en 1548, le "Discours de la servitude volontaire". Cet essai développe l'idée que la nature de l'homme est d'être libre et s'il est esclave c'est volontairement. L'homme est complice de la servitude qu'il subit puisque le tyran tire son pouvoir et sa force de ceux-là même qu'il domine. L'esclavage du peuple ne tient pas à la force du tyran mais à sa propre démission. La paresse, la coutume, les habitudes endorment la raison et la vigilance. Le pouvoir du tyran existe parce que le peuple obéit à ses ordres, pour défaire le tyran il faut refuser de le servir. La Boétie , cet étudiant en droit de 23 ans, a l'intuition que le peuple, sans utiliser la violence, peut faire tomber un pouvoir absolu en lui retirant son soutien. " Soyez résolus de ne servir plus et vous serez libres. Je ne veux pas que vous le poussiez ou l'ébranliez, mais seulement ne le souteniez plus et vous le verrez, comme un grand colosse à qui on a dérobé sa base, de son poids même, fondre en bas et se rompre."

Cet écrit d'avant garde pose clairement la question de la soumission à l'autorité. Ce texte a fait scandale, il fut brûlé à Bordeaux par arrêt du Parlement en 1579. Il fut réédité pendant la Seconde guerre mondiale où il circulera sous le manteau. Ce texte reste d'actualité.

lu sur Désirs d'avenir 

09.04.2008

Rigueur or not rigueur ? Telle n’est plus la question


1058969588.JPGpar Matthieu Adenil - Bakchich-Info

A défaut de pouvoir parler de rigueur (mot tabou), les experts de Bercy mijotent une hausse des impôts, sans doute la CRDS, pour combler le trou de la Sécu. Et les ministres du gouvernement Sarkozy cherchent à qui faire porter le chapeau. Au hasard, cela tombe sur le chouchou du président, Xavier Bertrand.

Les querelles sémantiques sur la rigueur ne sont pas d’actualité : depuis le discours de Nicolas Sarkozy à l’automne dernier pour les deux cents ans de la Cour des comptes, discours dans lequel il a annoncé qu’entre la rigueur et la croissance, il choisissait la croissance, plus personne dans la majorité présidentielle ne peut se permettre de parler de rigueur ou d’austérité.

Pourtant, maintenant qu’il est acquis que, en ce qui concerne la croissance, il faut circuler car il n’y aura pas grand chose à voir… et à ramasser, la question sur le fond et non pas dans les termes utilisés, d’une politique de rigueur façon 1983 ou 1995, est plus que jamais à l’ordre du jour.
 
Bienvenue dans l’austérité budgétaire

La marche à l’austérité se fait d’ailleurs lentement, mais fermement. Après avoir admis que pour l’instant, les baisses de prélèvements obligatoires n’étaient pas envisageables, le gouvernement a décidé de centrer son discours sur la dépense publique. Plus particulièrement sur le travail d’expertise concernant le contenu des dépenses, qui s’appelle en ce moment la « Revue générale des politiques publiques » qui s’est appelé dans le passé les « Plans pluriannuels de modernisation » ou encore les « Stratégies ministérielles de réforme », preuve qu’à défaut d’autre chose, la bureaucratie reste maîtresse dans l’art de produire du jargon.

Ce travail devrait déboucher sur un maintien en euros courants des dépenses de l’État jusqu’à la fin de la législature, maintien qui ferait baisser automatiquement le poids des dépenses budgétaires dans la production. Or, sans modification de la législation fiscale, cela permettrait à peine à la France de satisfaire à ses engagements européens et de retrouver l’équilibre budgétaire à l’horizon 2012.

Dans ces conditions, l’action sur les recettes – c’est-à-dire une hausse des impôts – a de plus en plus de partisans dans la technostructure de Bercy. En ligne de mire, la CRDS, la contribution qui sert à rembourser les dettes de la Sécurité sociale.
 
Un point de plus de CRDS

Le transfert d’ici à l’été d’une partie du découvert de la Sécurité sociale à la CADES, la caisse qui gère la dette sociale, s’impose quasi automatiquement. Il s’agirait de faire porter par la CADES 10 milliards d’euros supplémentaires. Or, cette opération suppose que l’on donne à la CADES les moyens de faire face à cette nouvelle charge, moyens qui passeraient en priorité par une augmentation de ses ressources au travers d’un point supplémentaire de CRDS.

Malgré la pression des services, le cabinet d’Éric Wœrth ne veut pas, pour l’instant, en entendre parler. La position du ministre des comptes publics est nette : la sécurité sociale doit couvrir son déficit 2008 qui serait de près de 12 milliards par des économies. Position d’autant plus ferme qu’il pense ainsi mettre devant ses responsabilités le ministre des affaires sociales Xavier Bertrand.

Bête noire unanime de tous les occupants des postes ministériels à Bercy, Xavier Bertrand, chouchou avéré de l’Élysée, cherche à esquiver ce mauvais procès et déclare se considérer avant tout comme en charge de la réforme à long terme des retraites.
Un espoir discret sur l’inflation

Au final, on s’oriente vers une augmentation honteuse et brutale de la CRDS au mois d’août et vers un espoir étrange, celui de la reprise de l’inflation… Comme le répète à l’envie Charles de Courson, le célèbre député de la Marne et spécialiste des questions budgétaires, un point d’inflation rapporte 3 milliards de TVA… Bonne vieille inflation qui permet de prendre discrètement ce que l’on ne veut pas prendre « frontalement » par la rigueur…

03.04.2008

La droite crispée sur l’adoption homo

776879248.jpgCharlotte Rotman, Libération, jeudi 3 avril 2008 

A première vue, cela ne pourrait être qu’une gentille mise en conformité avec le droit européen. Mais, quand il s’agit d’adoption par des parents homosexuels, bizarrement tout se complique.

Hier matin, à la commission des lois de l’Assemblée nationale. Les députés examinent une queue de comète de la réforme de la filiation, datant d’une ordonnance de 2005. Les socialistes glissent quelques amendements. Patrick Bloche, ancien président de la mission d’information sur la famille et artisan du Pacs, en défend un (présenté avec Alain Vidalies, Patricia Adam et Serge Blisko). En cas d’adoption,«l’agrément doit reposer sur la qualité du projet familial. Tout refus ou retrait d’agrément doit être motivé. L’orientation sexuelle ou l’identité de genre du candidat […] ne peut être un motif opposable à sa requête». Cet article prend acte d’une décision très importante rendue en janvier dernier par la Cour européenne des droits de l’homme. Sept juges sur dix ont alors condamné la France pour avoir refusé d’accorder un agrément en vue d’adoption à Emmanuelle B., une candidate homosexuelle. Cette «différence de traitement constitue une discrimination au regard de la Convention», puisqu’elle se rapporte à son orientation sexuelle. Selon les juges, l’administration française a porté «atteinte au droit de mener une vie privée et familiale».

Nommé rapporteur, l’UMP Gilles Bourdouleix a plaidé hier contre l’amendement socialiste. «La France a été condamnée, plus aucun conseil général ne se risquerait à retenir l’orientation sexuelle comme critère», pense-t-il. «Un peu court», commentait un témoin. Surtout, le député de Maine-et-Loire estime que, derrière cet amendement, «on touche à un vrai débat de société : l’adoption par un couple homosexuel». Or, rapporte-t-il, «le sujet est trop vaste et trop grave» pour l’aborder ainsi. On sent un léger vent de panique. Mais pourquoi ? En France, les célibataires (car ce sont eux dont il s’agit) ont le droit d’adopter, homos ou hétéros. D’autant plus après l’arrêt de la Cour européenne. L’amendement a été retoqué. A droite, on souffle. Le texte sera examiné la semaine prochaine.

18.03.2008

«A 40 élèves par classe, comment on va faire ?»

628662077.JPGPlusieurs milliers d'enseignants de collèges et lycées ont défilé cet après-midi à Paris pour protester contre les suppressions de postes.
 
«Combien de postes en moins chez vous?» «Deux, plus deux non-remplacements» «Ah, vous aussi...» Dans le cortège parisien de la manifestation des enseignants cet après-midi, chacun s'informe, la mine abattue, du sort de l'établissement voisin.
 
Ces dernières semaines, les équipes enseignantes ont pris connaissance de leurs nouveaux effectifs pour la rentrée. 11.200 postes en moins au total cette année, dont 8.830 dans le secondaire. D'où l'appel à la grève aujourd'hui dans les collèges et lycées, pour protester contre les suppressions de postes, la réforme de l'enseignement professionnel et le rapport Pochard sur la condition enseignante. Plusieurs milliers d'enseignants et lycéens ont defilé entre les places de la République et de la Bastille, dans un embouteillage de pancartes aux noms des établissements représentés.

«Les postes en moins, on s'y attendait, mais pas de façon aussi soudaine et radicale», commente Alexandre, qui enseigne l'histoire-géo depuis quatre ans au collège Lamartine d'Houilles, dans les Yvelines. Classé en «zone prévention violence», l'établissement perd trois postes, plus un départ à la retraite non remplacé. Soit «bientôt des classes à 30 élèves, contre 25 actuellement». «On ne demande pas le paradis, juste le maintien des moyens existants, poursuit-il. Ce n'est vraiment pas un discours syndicaliste, on n'est pas là pour casser Darcos. Mais c'est un mouvement très déterminé».

«Hypocrisie»

Lui et ses collègues s'estiment «de plus en plus soutenus par les parents, qui comprennent bien qu'en essayant de combler une dette économique le gouvernement est en train de créer une dette du savoir». Ils ont dormi dans l'établissement cette nuit, comptent l'occuper à nouveau ce soir et entendent poursuivre les actions «jusqu'au rétablissement de nos DHG». Comprendre «dotation horaire globale», soit le volume d'heures-postes alloué à chaque établissement et les heures supplémentaires, que le ministre de l'Education Xavier Darcos entend largement généraliser.

«Les heures supplémentaires, ça ne pourra pas remplacer le enseignement classiques, tranche Sophie, enseignante dans un collège de Seine-Saint-Denis. C'est pour du soutien, ça ne touche que quelques élèves. En plus, on nous propose 39 heures supplémentaires, alors qu'on nous supprime 100 heures, et on nous dit de nous débrouiller avec ça. C'est de la mauvaise foi.»

Même sentiment «d'hypocrisie» pour Nathalie, Véronique et Annie, enseignantes au lycée professionnel Suzanne Valandon, dans le XVIIIe arrondissement de Paris. «Ils nous ont supprimé un poste l'année dernière, et un autre cette année. Ça paraît peu sur une équipe de 34, mais si c'est comme ça chaque année... On démantèle les équipes, et d'un autre côté on nous dit de travailler en équipe, sur la durée. C'est complètement contradictoire», dénonce Nathalie, qui ne veut même pas entendre parler des heures supplémentaires: «On a suffisamment de travail comme ça!»

Autre motif d'inquiétude, la réforme du bac professionnel. A la rentrée 2009, la formation se déroulera en trois ans au lieu de quatre actuellement, ce qui impliquera la suppression de certains BEP (en deux ans après la 3e) selon les secteurs d'activité. «Qu'est ce qu'on fera quand il n'y aura plus de BEP ? On enverra tout le monde en CAP, alors que ça ne forme même pas aux mêmes disciplines?», se désole Annie.

«Ingérable»

Les lycéens ne sont pas en reste dans le cortège. «Laissez-nous notre prof de maths!» peut-on lire sur une pancarte. Benjamin, bonnet rasta sur la tête, en terminale ES au lycée Dumont d'Urville de Maurepas (Yvelines), entend protester contre la suppression annoncée de trois classes dans son lycée et la «fusion» des terminales ES et S. «Déjà qu'à 32 élèves on n'a pas toujours assez de chaises, comment est-ce qu'on va faire à 40? Ça devient ingérable pour les profs comme pour nous.»

Régis, dans la même classe, prend l'exemple du cours de japonais resté sans enseignant pendant six mois faute de remplaçant, et rappelle que l'établissement n'a ni infirmière ni assistante sociale. Reste que dans leur lycée ils ne sont qu'une minorité à s'être déplacés aujourd'hui. «Beaucoup ont peur à cause des absences. On essaie de leur expliquer que c'est important, que c'est maintenant que ça se joue. Nous, en tout cas, on est motivés, on reviendra.»
 
Libération 

Un talent argentin au service du gouvernement français.

1750650181.jpgL’ex-expert en répression qui conseille Sarkozy en « intelligence économique » est lié aux paramilitaires de Colombie.

Nora Veiras
 
Mario Sandoval a fait ses classes dans la sinistre Coordination Fédérale puis s’est « internationalisé » en tant qu’« expert ». Il s’est fait des amis au sein de la droite armée de Colombie, dans les services de renseignement ainsi que parmi les universitaires français.

A presque 55 ans, on a un peu oublié les raisons qui lui ont valu le surnom de « Churrasco » (grillade). C’était un beau gosse ? un « churro » comme on disait dans le temps ?, déclare quelqu’un qui n’a rien oublié de Mario Alfredo Sandoval, professeur de sciences politiques installé à Paris et membre du Conseil de Défense du Président français Nicolas Sarkozy. Le brillant CV contient des passages obscurs : dans les années soixante-dix, diplômé de l’École de Police Ramón Falcón, il a exercé au sein de la Coordination Fédérale sous le commandement d’experts en répression tels que Evaristo Basteiro, chef du centre clandestin qui fonctionnait dans ce service. Il a su offrir aussi « ses services » à la Marine. Notre homme accumule les titres et se vante de ses contacts en Colombie : c’est ainsi qu’il est parvenu à devenir membre de la délégation française qui participe aux négociations pour la libération d’Ingrid Bétancourt. Bien entendu, on ne l’a pas placé en première ligne puisque ses « amis » se trouvent du côté des paramilitaires, ce qui n’est pas la meilleure carte de visite pour être reçu par les combattants des Forces Armées Révolutionnaires de Colombie (FARC).

En 1977, Sandoval était domicilié 1417 rue Moreno, septième étage, c’est à dire à l’adresse de la Coordination Nationale. Le dossier 1076/1163 de la Commission Nationale d’Enquête sur les Disparus (Conadep) concerne l’enlèvement d’un étudiant en Architecture dans le quartier de Belgrano. La famille Abriata a déclaré que l’officier en charge de l’opération s’était présenté sous le nom de « Sandoval, de la Coordination Fédérale ». En 1976, Sandoval avait été affecté avec le grade d’inspecteur stagiaire à la Commission des Affaires Politiques. Son chef était le commissaire principal Evaristo Basteiro, responsable du centre clandestin qui fonctionnait sous l’autorité de la Super intendance de Sécurité Fédérale, qui a échappé à toute sanction grâce à l’application de la loi d’amnistie (Ley de Punto Final).

Recyclé.

La démocratie rétablie, Sandoval a eu d’autres démêlés de moindre importance avec la Justice pour fraude fiscale et violation de correspondance mais il a su se recycler. A la fin des années quatre-vingt, titulaire d’une licence en Sécurité de l’Université de la Police Fédérale, il figure, avec quelques autres, parmi les membres fondateurs d’une association des diplômés de cette spécialité. En Argentine, on savait peu de choses sur lui jusqu’à ce qu’il refasse surface en 2002 à l’École Supérieure de Guerre. Sous couvert du titre de délégué de l’Union Européenne pour les négociations de paix en Colombie, il a obtenu l’autorisation d’inviter deux Colombiens afin qu’ils prodiguent leur enseignement à des militaires argentins. Au cours de son exposé, l’un d’eux s’est présenté comme « commandant des Autodéfenses Unies de Colombie », un homme de Carlos Castaño, le chef des AUC. Les officiers ont interrompu la rencontre et le responsable qui l’avait autorisée a échappé de peu au limogeage ; en effet, Sandoval ne l’avait pas informé de l’identité des intervenants. A cette époque-là, une campagne de désinformation avait commencé à chercher des liens entre les groupes de piqueteros et les FARC.

Dans un article publié l’année dernière, le quotidien colombien El Tiempo a rappelé que « le 23 juillet 2001, pendant la présidence de Andrés Pastrana, une réunion s’était tenue dans les plaines du district de Córdoba, en Colombie, réunion à l’initiative des chefs des Autodéfenses Unies de Colombie, afin de « refonder la patrie ». Derrière ce noble projet, on cherchait à étendre le pouvoir militaire des groupes d’autodéfense au niveau politique, et d’occuper, dans ce but et grâce au financement du narcotrafic, certains postes clés dans les municipalités, les gouvernement régionaux et au Congrès de la République. Le pacte, conclu entre une partie de la classe politique colombienne et les chefs paramilitaires avait été approuvé par « 11 membres du Congrès et une vingtaine de dirigeants régionaux », d’après la revue Semana. Cinq ans plus tard, l’un des hommes politiques impliqués, Miguel de la Esprielle, avait révélé l’existence de ce pacte secret. Depuis lors, les enquêtes de la justice et des médias ont conduit à l’arrestation de 23 des conjurés.

Le quotidien colombien a souligné que lors de la signature du pacte « plusieurs professeurs de La Sorbonne » étaient présents pour exposer le projet politique des Autodéfenses. On a appris plus tard que l’un de ces « professeurs » était Mario Sandoval, le Franco-argentin rattaché à l’Université de Paris 3 en tant qu’expert en conflits internes latino-américains. C’était ce même policier de la dictature argentine qui avait décidé de poursuivre ses études, de faire carrière et d’élargir le cercle de ses « amis » à travers le monde.

Le mensuel français Le Monde Diplomatique a publié en mai de l’année dernière un article de la journaliste Laurence Mazure qui dénonce « le scandale des liens entre de hauts responsables politiques colombiens et les paramilitaires, tous liés au président Alvaro Uribe Vélez, [et qui] pose la question des soutiens internationaux dont ont bénéficié les paramilitaires. Y compris dans le cas de la France ». L’article cite à nouveau Sandoval pour sa participation à la réunion avec les Autodéfenses et Mazure ajoute d’autres éléments à propos du changeant Argentin qui est parvenu à se hisser jusqu’au cercle de Sarkozy : « Il est aussi lié aux milieux qu’on nomme intelligence économique ». Fin novembre 2006 le site web de l’ambassade de France au Chili indiquait que Sandoval « universitaire chargé de mission à la direction de l’Intelligence Économique de l’ACFCI [Assemblée des Chambres Françaises du Commerce et de l’Industrie] », avait fait partie d’une « importante délégation menée par Alain Juillet » « neveu de Pierre Juillet, ex-conseiller du Président Jacques Chirac », « grand patron, proche des milieux de la Défense, directeur de la Direction Générale de la Sécurité Extérieure, DGSE, en 2002, et récemment nommé par Nicolas Sarkozy Directeur de l’Intelligence Economique auprès du Premier Ministre ».

Sandoval a désormais le bras long. Depuis 1975, il a parcouru différents pays en Amérique et en Europe. En 1985 il s’est fait connaître en Colombie où il a su nouer des liens solides. Grâce à ses relations, il est aussi cité comme l’un des organisateurs des voyages de Vladimiro Montesinos en Argentine. Au cours de ses périples, le conseiller occulte du président destitué Alberto Fujimori aurait bénéficié de la collaboration d’un agent du Secrétariat d’Intelligence de l’Etat (Side), un service lié à la Marine.

L’« Argentin à Paris » a parcouru un long chemin avant d’atterrir dans le gouvernement du président de droite Sarkozy. La Présidente argentine, Cristina Fernández de Kirchner, rencontrera le 7 avril prochain son homologue français. La situation des otages des FARC en Colombie, particulièrement après l’assassinat de Raúl Reyes, sera l’un des sujets abordés. CFK s’est engagée personnellement auprès de la mère d’Ingrid Bétancourt, l’ex-candidate à la Présidence, prisonnière depuis plus de six ans, à faire tout ce qui était en son pouvoir pour obtenir sa libération. Sarkozy a fait de même, prenant en compte la nationalité française de Bétancourt. On ignore ce que fera Sandoval ce jour-là.

Traduction Hougevy pour Le Grand Soir

Voir aussi Página/12 [article original en espagnol]

17.03.2008

Municipales-Cantonales : la France confirme à gauche

1511840590.jpgLa gauche a conservé son avance au second tour des élections municipales avec 49,5% des voix contre 47,5% à la droite, selon une estimation nationale de l’institut CSA. La participation est en retrait par rapport au premier tour.

Assurée de conserver Paris, la gauche l’emporte à Toulouse, Strasbourg, Périgueux, Amiens, Caen, Evreux, Mende, Quimper, Reims et Valence.

Concernant les cantonales, la gauche sort là encore renforcée du second tour en prenant plusieurs départements : la Corrèze, l’Allier, les Deux-Sèvres, la Somme…

Après "l’avertissement" du premier tour, la droite espérait limiter la casse, lors du second tour des élections municipales et cantonales.

En obtenant plus de 49% des suffrages contre 47% à la droite, la gauche semble avoir confirmé la poussée en sa faveur du premier tour. Nombre de villes passent à gauche : Amiens, Toulouse, Caen, Strasbourg…

La gauche l’emporte à Périgueux, où le ministre de l’education Xavier Darcos est battu, mais aussi à Reims, Amiens, Caen, Metz, Angers et Saint-Etienne.

En votant majoritairement pour la gauche, les électeurs ont ainsi sanctionné la droite au pouvoir. Néanmoins, cette « vague rose » peut-être tempérée par la perte de certaines villes, telles Calais où l’UMP a remporté une victoire avec le soutien tacite du FN. La droite réussit également, faute de stratégie d’union claire de la gauche à conserver Le Havre, malgré un fort rejet de la gestion d’Antoine Rufenacht dans les quartiers populaires.

Cette victoire de la gauche aurait, semble-t-il, pu être de plus grande ampleur avec une meilleure participation. Cette dernière est plus faible qu’en 2001.

Après un premier tour prometteur, où il avait repris à la droite Dieppe et d’autres cités comme Vierzon, le PCF a connu un second tour plus mitigé avec la perte du département de Seine-Saint-Denis et des communes d’Aubervilliers, Calais et Montreuil.

Dans le même temps, les communistes ont vu plusieurs villes moyennes tomber dans leur escarcelle : Villepinte, Villeneuve-Saint-Georges, Portes-les-Valence, Firminy, Aubière, Villerupt, Queven et Roissy-en-Brie. Selon Michel Laurent, responsable élections au PCF, le nombre de mairies communistes dans des villes de plus de 9.000 habitants devrait passer à 89 contre 86 dans la mandature précédente.

Quant au MoDem il a peut être déjà raté son coup. Perdant en lisibilité en raison de son positionnement à géométrie variable, la formation centriste n’est pas parvenue à jouer le rôle d’arbitre qu’elle entendait tenir. François Bayrou est même battu à Pau.

Resté silencieux avant le premier tour, Nicolas Sarkozy avait jugé de son "devoir" d’appeler les abstentionnistes à reprendre le chemin des urnes, lors de son unique intervention d’entre-deux-tours, mardi à Toulon.

Le président de la République, tour à tour chef de l’Etat et chef de la droite UMP, avait multiplié les contresens dans son allocution. Après avoir défendu le contraire en début d’année, il précisait, à propos des élections municipales et cantonales, qu’il n’est question que de « démocratie locale ». Dans le même temps, il annonçait qu’il tiendra « naturellement compte » du résultat, félicitait ses ministres pour leur élection qu’il qualifiait de…"reconnaissance de (leur) talent", et y voyait même "un encouragement" pour le gouvernement…

La chute de plusieurs ministres comme Xavier Darcos à Périgueux vient encore fragiliser le pouvoir de Nicolas Sarkozy.

La question du pouvoir d’achat et des salaires, le mécontentement des français de la politique économique du gouvernement, la chute de Nicolas de Sarkozy dans les sondages : le premier tour avait révélé une portée nationale du scrutin. Les Français ont majoritairement voté pour sanctionner la politique du chef de l’État et son Premier ministre. Ils confirment cette sanction ce dimanche.

Après l’annonce des premiers résultats, les responsables politiques de la gauche, ont considéré que le président de la République et le gouvernement devraient réorienter leur politique. Du côté de l’UMP, toutes les personnalités ont interprété, à l’inverse, qu’ il faudrait accélérer le rythme des réformes…

Concernant les cantonales, la gauche devrait là encore sortir renforcée du second tour à condition que la mobilisation de l’électorat de gauche soit au rendez-vous.

L’Allier, le Lot-et-Garone, la Corrèze, la Charente-Maritime, les Deux-Sévres, l’Indre-et-Loir, le Val d’Oise, la Somme et la Cote d’Or sont au nombre des assemblées pouvant se retrouver dans l’escarcelle de la gauche qui en détient 51 sur 101 depuis 2004.

L'HUMANITE 

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