10.04.2008

Sportivement douillet

1245948278.jpgTiens ! Pékin n’exclut pas de diffuser ses JO en «léger différé»… Tiens ! Des flics chinois, un peu militaires, un peu barbouzes, ordonnent partout dans le monde l’ordre de marche de la flamme olympique… Tiens ! A Paris, des CRS, zélés arracheurs de drapeau, collaborèrent à cet ordre, qui est celui de la patrie aux dix mille exécutions capitales par an…

La bande à sportifs jaunes emmenés par les Laporte et les Douillet (que leurs parrains et agents du CIO ont pris «en otages» bien plus que les partisans du François Bayrou de Dharamsala) découvre le monde. Sur leurs poitrines glorieusement tricolorisées, en guise de viatique, le slogan «Pour un monde meilleur» (avec les R majuscules d’une infantile écriture cursive dont on se demande avec curiosité à qui elle appartient) mesure exactement l’état de leur impuissance.

Entre lundi soir et mardi, l’ineffable ministre Laporte et le monumental judoka Douillet ont mis beaucoup d’eau dans leur idéal de fraternité universelle. Sebastian Coe, légendaire fondeur britannique, leur aura entretemps expliqué le mode d’emploi de l’olympisme préempté par les flics et les marchands. Encore un effort, et ils découvriront que même porter en août, à Pékin, le badge de leur dérisoire protestation, ce n’est pas gagné.

On a beau «respecter les athlètes», leur candeur «apolitique», qui nous fit si souvent et volontiers sourire, inspire aujourd’hui autant de chagrin que de pitié.

Pierre Marcelle, Libé

David Douillet n'est qu'un grand naïf ! A quoi s'attendait-il de la part des Chinois du service d'ordre ? Il faut cesser la naïveté et refuser d'aller courir en Chine, Mesdames et Messieurs les sportifs

359717552.jpgDavid Douillet les dépasse d’une tête, mais il a été impressionné : «Des robots, des chiens de garde, qui n’ont aucune humanité, vous bousculent, vous tarabustent, vous empêchent de courir et vous invectivent en chinois.» Lord Sebastian Coe, organisateur des Jeux olympiques de Londres, les a vus à l’œuvre dans sa capitale : «Des voyous.»

Les gardiens du «voyage harmonieux» de la flamme olympique, survêtement bleu, oreillettes et lunettes noires, ont aussi surpris leurs collègues français en rollers : «Très désagréables, assez brutaux», dit-on à la préfecture de police de Paris ; «ils ont pris toutes les décisions, on n’avait pas notre mot à dire». Il y a eu des frictions, mais les échanges sont restés limités, les hommes en bleu ne parlant ni français ni, semble-t-il, anglais. Les policiers parisiens ont perçu du flottement dans les rangs : «Ils hésitaient, ne semblaient pas d’accord entre eux.» Aucun ne s’est présenté. «On avait négocié avec des officiels de l’ambassade, et on a vu débarquer cette équipe avec la flamme sans être prévenus. C’est assez brutal», dit-on à la préfecture de police. Même scénario à Londres, selon le Wall Street Journal qui a interrogé un responsable de la sécurité britannique : «On a vu arriver douze types, qu’on a nous a présentés comme la garde rapprochée de la flamme.»

«Robocog». Ni Paris ni Londres n’ont été informés de la présence sur leur sol d’une unité d’élite de la Police armée populaire (PAP). Chargée de protéger la flamme vingt-quatre heures sur vingt-quatre, tout au long des 137 000 km de son parcours, cette équipe de 70 hommes, 30 sur le parcours à l’étranger et 40 pour la Chine, a été constituée en août 2007 par le Bocog, le Comité chinois d’organisation des Jeux de Pékin. Ces «robocog», comme il est tentant de les surnommer, sont «tous grands, beaux et puissants» et ont suivi un entraînement «comparable à celui des athlètes de décathlon», selon le quotidien Beijing Times. Ils ont aussi reçu, explique leur chef Zhao Si, une formation de «bienséance» et de «langues étrangères, français, anglais, allemand, espagnol et japonais». Ils ont été sélectionnés dans toute la Chine au sein de la PAP, force de 2 millions d’hommes selon les médias chinois. La PAP, police à statut militaire, est l’équivalent de la gendarmerie française, chargée de la sécurité des dirigeants chinois et du maintien de l’ordre. Depuis le 14 mars, début des émeutes au Tibet, la plupart de ses membres sont disséminés dans les régions agitées de la Chine, Tibet ou provinces peuplées de musulmans ouïgours. Ce sont eux qui «ont ramené le calme dans la région autonome», selon l’expression consacrée des dirigeants chinois.

Relayeurs. A Paris, les gardiens de la flamme ont tenté d’interdire aux relayeurs français le badge «Pour un monde meilleur», qu’ils avaient prévu de porter en signe de protestation contre la répression chinoise au Tibet. A Pékin, la porte-parole du CIO, Giselle Davies, a défendu hier leur présence et leur rôle : «C’est toujours le pays hôte des Jeux qui fournit l’équipe de surveillance de la flamme. C’est tout à fait normal.»