14.04.2008
La crise ne fait que commencer
Week-end d’une planète en proie à l’insécurité alimentaire: manifestations au Bangladesh, où le sac de riz coûte la moitié du revenu quotidien; Premier ministre démis à Haïti, où un policier de l’ONU est mort; tensions au Burkina Faso à la veille d’une grève générale contre la hausse des prix… La crise va perdurer, martèle la FAO, l’organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture. Les céréales, qui ont augmenté de 37 % en 2007, devraient encore flamber en 2008, entraînant «la multiplication des émeutes de la faim». 37 pays sont touchés. Voici les racines de la crise.La mode des biocarburants
Le baril de pétrole au sommet (112 dollars) précipite la ruée vers l’or vert. L’Union européenne veut incorporer 10% de biocarburants dans la consommation totale d’essence et de gazole d’ici à 2020. George Bush, lui, rêve de voir 15% des voitures rouler aux biocarburants d’ici à 2017. Même les pays en déficit alimentaire, comme l’Indonésie ou le Sénégal, s’y mettent, sacrifiant des terres arables. Un emballement qui «a accru la demande de produits alimentaires», dit Bob Zoellick, président la Banque mondiale. «Entre 20 et 50% de la production mondiale de maïs ou de colza ont ainsi été détournés de leur usage initial», note le FMI. Et le cours du maïs, utilisé pour l’éthanol, a doublé en deux ans. «Si l’on veut substituer 5 % de biocarburants à l’essence et au gazole, il faudra y consacrer 15 % de la superficie des terres cultivables européennes», calcule l’Agence internationale de l’énergie. L’ère du pétrole cher provoque un autre dommage collatéral: l’explosion du coût du fret.
L’orgie de spéculation
Confession, vendredi, d’un économiste à Washington: «C’est de la folie! Le blé vaut de l’or!» C’est un autre effet pervers de la crise des subprimes. Essorés par le marché des crédits, les fonds d’investissement placent leurs billes sur les matières alimentaires. Soja, blé, maïs, voilà les nouvelles valeurs refuge ! Le riz bondit de 31% le 27 mars, après l’annonce par quatre pays de la suspension de leurs exportations au moment où les Philippines réclamaient 500 000 tonnes. «Les fonds s’engouffrent, achètent, et stockent», dit un intermédiaire. Le sénateur démocrate américain Byron Dorgan flingue «l’orgie de spéculation». Qui booste jusqu’à 10% du prix des denrées alimentaires. Walt Lukken, président de La Commodities Futures Trading Commission (CFTC), le gendarme des marchés des matières premières, s’en est même ému. A quand une (réelle) régulation?
Les effets de la libéralisation
«On nous impose, nous, poids plume, de boxer contre les poids lourds sur le ring commercial», nous confiait, il y a six mois, Jacques-Edouard Alexis, Premier ministre haïtien démis samedi de ses fonctions. «Les politiques de libéralisation à marche forcée, prônées pendant des décennies par le FMI et la Banque mondiale, ont contribué à rendre les pays pauvres encore plus vulnérables», dénonce Sébastien Fourmy, d’Oxfam. Et les petits fermiers du Sud se sont vus laminer par les produits subventionnés exportés par les pays riches (poulet, céréales, etc.). «Victimes aussi de leur propres gouvernements qui n’ont pas dédié (ou pas pu) une part de leur budget à la paysannerie», ajoute un expert de la FAO. Malgré les promesses, l’aide au développement des pays riches accuse une baisse de 8,4 % en 2007 (-15 % pour la France). «L’aide dédiée à l’agriculture est 50 % moins importante qu’en 1984», note Claire Meladed, de l’ONG Action Aid. La Banque mondiale veut doubler l’aide à l’agriculture en Afrique. Suffisant?
Les bouleversements du climat
Même l’Organisation mondiale de la santé (OMS) s’en alarme : les changements climatiques nuisent à la santé et à l’alimentation. «Sécheresse en Australie ou au Kazakhstan, inondations en Asie, ouragans en Amérique latine et un hiver record en Chine», égrène le Programme alimentaire mondial (PAM). Tendance lourde. D’autant que l’agriculture intensive joue contre l’environnement. Achim Steiner, patron du Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE), assure : «Dans les grands pays, on atteint des limites en termes de disponibilité de terres arables et d’eau, et de réduction de la fertilité des sols.» Mais il resterait une marge pour les petits paysans : «Si on fournit de bons engrais à 70 % de petites cultures, on peut doper la production de 20 %», note Gilles Hirzel, de la FAO. Sans céder au chantage des OGM…
L’évolution des modes de vie
Nourrir 60 milliards d’animaux à viande chaque année revient à produire autant de céréales que pour 4 milliards d’habitants. Rajendra Pachauri, prix Nobel de la Paix 2007, nous confiait: «Mangeons moins de viande, c’est bon pour le climat.»L’arrivée de néoconsommateurs des grands pays émergents complique les choses : «Ces classes moyennes consomment de plus en plus de poulet et de porc, eux-mêmes transformateurs de céréales», dit Pascal Lamy, patron de l’OMC. «Si les Chinois mangeaient autant de viande que les Américains, ils absorberaient 50 % des céréales mondiales», ajoute l’écologiste Lester Brown.
Inutile, pourtant, de verser dans le néomalthusianisme. Les agronomes l’assurent : la planète peut doubler ses productions pour alimenter les 9 milliards de Terriens en 2050. «A condition d’investir, d’innover, de réguler, et réfléchir», souffle un diplomate africain. «Et c’est pas gagné»….
CHRISTIAN LOSSON Libération
07:22 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : crise, alimentation, émeutes, faim, spéculation, libéralisation, biocarburants
10.04.2008
L'Égypte au bord de l'explosion sociale
Photo : queue à Edfou pour acheter du pain
Le Caire, Tangi Salaün
02/04/2008 | Mise à jour : 11:49 | LE FIGARO
Inflation galopante, pénurie de pain, appel à la grève générale, la tension monte avant les élections municipales du 8 avril.
«Ça fait plus de trois heures que j'attends et il faudrait que j'aille travailler, mais on n'a plus de pain à la maison», se lamente une femme en se tordant les mains. Il est 9 heures du matin. Comme elle, ils sont des dizaines, alignés devant la porte en fer de la boulangerie subventionnée d'un quartier du centre du Caire. Certains assis à même le trottoir, d'autres prêts à bondir dès que le volet s'ouvrira sur une main chargée de galettes de pain.
Chaque jour, dans toute l'Égypte, la même scène se répète. Et la grogne monte, malgré les promesses des autorités de remédier à la pénurie. Étranglés par l'inflation, les Égyptiens sont de plus en plus nombreux à se tourner vers les fours à pain subventionnés par l'État. Les vingt galettes de 100 grammes chacune y sont vendues 1 livre égyptienne (0,12 euro), soit cinq à dix fois moins que le pain ordinaire.
Ces dernières semaines, une dizaine de personnes auraient perdu la vie pour acheter du pain. Ici, une femme poignardée, là un homme abattu par balles, et les autres victimes de malaises. À tout instant, la situation menace de dégénérer. À Doqqi, un quartier du Caire, la police a saisi des cocktails Molotov ; dans la région rurale du Fayoum, au sud de la capitale, des centaines d'habitants en colère ont saccagé des bâtiments gouvernementaux.
Opération «villes mortes»
Dopés par la flambée des cours internationaux, les prix de tous les produits alimentaires de base ont enregistré ces derniers mois une hausse vertigineuse. Selon le programme alimentaire mondial, les dépenses d'un ménage égyptien ont augmenté de 50 % depuis le début de l'année. Les salaires, eux, n'ont pratiquement pas bougé.
Hanté par le souvenir des violentes émeutes de 1977 (70 morts), provoquées par une hausse brutale du prix du pain, Hosni Moubarak a mis à contribution l'armée pour «mettre fin à la crise du pain». Le raïs a aussi fustigé les «énormes profits» réalisés par certains boulangers, qui auraient aggravé la pénurie en revendant la farine subventionnée au marché noir. Sans convaincre. Alors que les mouvements sociaux se sont multipliés ces derniers mois, un appel à la grève générale et à une opération «villes mortes» a été lancé par de nombreuses organisations pour dimanche prochain (jour ouvré en Égypte).
«L'écart entre les revenus et le coût de la vie est devenu insupportable, souligne l'ancien député du parti Wafd (libéral), Mounir Fakri Abdel Nour. Il faut que les gouvernants entendent ce mécontentement, au lieu de répéter que c'est une crise de croissance.» Une préoccupation partagée par le journal officiel al-Ahram, qui qualifie la pénurie de «contradiction» au moment où «tous les rapports saluent la bonne performance économique du gouvernement», avec une croissance à 7 % l'an dernier et des investissements étrangers records. Problème : selon la Banque mondiale, les fruits de la croissance pourraient ne pas bénéficier aux plus pauvres avant une génération…
Candidats écartés du scrutin
À l'approche des municipales du 8 avril, dernier test électoral avant la présidentielle de 2011, et surtout le premier depuis la percée historique des Frères musulmans aux législatives de 2005 (20 % des sièges), toute l'opposition fustige la gestion gouvernementale. «La politique ultralibérale est responsable de l'inflation galopante et de l'aggravation à un niveau jamais atteint du fossé entre les classes sociales», accuse Mounir Fakri Abdel Nour. Selon la presse indépendante, 266 députés (sur 454), dont une centaine d'élus du parti au pouvoir, ont demandé lundi la démission du premier ministre Ahmed Nazif.
Les opposants sont d'autant plus remontés que la plupart de leurs candidats ont été écartés du scrutin municipal. C'est le cas du Wafd, mais surtout des Frères musulmans, dont seuls 10 % des candidats (environ 500) ont été autorisés à concourir, plusieurs dizaines d'autres ayant été emprisonnés. «C'est une tentative éhontée de fausser les élections», a dénoncé l'organisation Human Rights Watch. Ces critiques ont laissé de marbre les autorités.
L'enjeu est de taille : interdits, mais tolérés, les Frères musulmans ne pourront en effet présenter un candidat à la présidentielle que sous étiquette indépendante. Or, il leur faudrait pour cela recueillir les parrainages de 140 élus municipaux. Le pouvoir semble déterminé à les empêcher de franchir ce seuil, au risque d'aggraver l'atmosphère générale de frustration et de colère. «Notre démarche reste pacifique, mais il y a de grandes chances pour que cela explose. Les gens en ont ras-le-bol», a prévenu le guide suprême de la confrérie islamiste.
09:06 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : egypte, pain, crise, moubarak
31.03.2008
Sous les subprimes... l'Irak :
Avec la Lettre A, la chronique de Jean-Michel Quatrepoint.Pour les Etats-Unis, l'histoire se répète : l'Irak est son nouveau Vietnam. La facture humaine de ce qui ne devait être qu'une promenade de santé au Moyen-Orient ne cesse de s'alourdir. Près d'un demi-million de morts irakiens, un exode massif des élites, notamment des chrétiens, une guerre civile qui n'en finit pas, une impasse militaire, une image de l'Amérique gravement et durablement dégradée… La facture économique est tout aussi salée. A l'origine, les dirigeants américains avaient expliqué - discrètement - que la chute de Saddam Hussein allait permettre d'accroître massivement la production irakienne de pétrole. Ce qui devait faire baisser le prix du baril et financer la guerre et la reconstruction de l'Irak.
Accroissement de la dette, enrichissement des entreprises
C'est tout le contraire qui est arrivé ! La production irakienne est toujours loin d'atteindre son niveau d'avant la guerre. Et le prix du baril sur le marché mondial a quadruplé. Les coûts de l'intervention, de leur côté, ont explosé. Une bataille de chiffres a commencé outre-Atlantique. Pour le prix Nobel d'économie, Joseph Stiglitz, la note à long terme, incluant tous les coûts indirects (intérêts de la dette, pensions pour les victimes), pourrait atteindre 5 000 milliards de dollars pour les Etats-Unis. Les experts du Congrès sont moins pessimistes : leur fourchette va de 1 000 à 2 000 milliards. Pour mémoire, rappelons que les prévisions de l'administration Bush, en 2002, étaient de 60 milliards. Officiellement, on en est déjà à dix fois plus. Autant que ce qu'a coûté la totalité de la guerre du Vietnam.
Certes, cet argent n'a pas été perdu pour tout le monde. Tous ceux qui touchent de près ou de loin au pétrole, à commencer par les pays producteurs et les compagnies, en ont largement profité. Les centaines de milliards déversés sur l'Irak ont irrigué des entreprises du complexe militaro-industriel et quelques groupes amis de l'administration Bush. Reste que ces 600 milliards de dollars déjà dépensés ont bien dû être financés. Ils l'ont été par de la dette publique, souscrite non par les ménages américains mais par des investisseurs extérieurs, à commencer par la Chine, qui recycle ainsi ses excédents commerciaux.
L'Amérique saura-t-elle rebondir?
Pour un certain nombre d'économistes, il existe un lien direct entre le coût de la guerre en Irak et la crise financière dite des subprimes. Ces 600 milliards de dollars, expliquent-ils, auraient été mieux utilisés s'ils avaient été dépensés aux Etats-Unis pour stimuler l'économie. Ils accusent la Fed d'avoir, par une sorte de compensation, fait fonctionner la planche à billets, en fermant les yeux sur les dérives du système bancaire, la bulle immobilière et le boom d'une consommation basée sur le crédit. Aujourd'hui, les deux dettes - la publique et la privée - s'additionnent. Avec une conséquence évidente : la baisse du dollar et un début de récession aux Etats-Unis.
Une situation que les Américains ont déjà connue il y a une trentaine d'années. Après l'humiliation de la défaite au Vietnam, l'épisode traumatisant de l'impeachment de Richard Nixon, une présidence Carter évanescente, l'Amérique était au fond du trou. Son industrie partait en lambeaux. Les Japonais jouaient le rôle des Chinois aujourd'hui. Les pays producteurs de pétrole, profitant de la faiblesse américaine, avaient récupéré une partie de la rente. Le prix de l'or noir s'envolait et le dollar s'effondrait. Ronald Reagan fut alors élu sur un simple slogan : «Make America great again». L'Amérique saura-t-elle rebondir une fois de plus, après l'élection présidentielle de novembre ?
Retrouvez ici d'autres informations et chroniques sur le site de La Lettre A.
Dimanche 30 Mars 2008 - 00:10
Jean-Michel Quatrepoint - Marianne2.fr
16:22 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : irak, bush, subprimes, crise, usa
28.03.2008
Déficit, dette et croissance: les clignotants passent au rouge
L'Insee revoit à la hausse le déficit 2007 (à 2,7% contre 2,4% prévus initialement). Et le ralentissement de l'économie n'arrange évidemment pas les choses.
Le déficit public et l’endettement de la France se sont nettement aggravés l’an dernier malgré les discours longtemps rassurants du gouvernement, contraint désormais de réviser à la baisse sa prévision de croissance pour 2008 sur fond de crise internationale.
Le gouvernement a revu à la hausse son objectif de déficit public pour 2008, visant désormais 2,5% du PIB contre 2,3% prévu initialement. De son côté, l'Insee a revu à la hausse son estimation du déficit public en 2007, à 2,7% du produit intérieur brut (PIB), contre 2,4% initialement prévu par le gouvernement, pour un total de 50,3 milliards d’euros. En 2006, il a été ramené à 2,4% du PIB (contre 2,5% précédemment), a indiqué vendredi l’Insee.
Dans le même temps, la dette publique a augmenté de 5,2% à 1.209,5 milliards d’euros fin 2007, soit 64,2% du PIB, un niveau bien supérieur au maximum de 60% autorisé par l’Union européenne. En 2006, la dette avait progressé de seulement 0,4% pour un taux de 63,6% du PIB.
Selon le ministre du Budget, Eric Woerth, qui martèle son attachement à la «maîtrise des dépenses publiques» depuis son entrée en fonction, l’aggravation du déficit public est principalement liée à un «dérapage des dépenses des collectivités locales» de l’ordre de 0,2 point de PIB.
«Il y a une augmentation du rythme de dépenses des collectivités locales» qui «ne dégagent pas suffisamment d’autofinancement pour financer leurs investissements, il y a un vrai problème», a estimé M. Woerth, qui a souvent accusé les régions, majoritairement socialistes, de laisser filer le déficit.
Plusieurs économistes soulignent toutefois que ce nouveau creusement du déficit s’explique aussi par les dépenses de fonctionnement qui ont augmenté de plus de 12 milliards d’euros l’an dernier.
Cette augmentation de 3,6%, «nettement plus que l’inflation», «montre bien que la puissance publique fait moins d’efforts qu’elle ne le prétend pour améliorer sa gestion», estime Nicolas Bouzou (Asterès).*
«Quant au déficit des collectivités locales (7,2 milliards d’euros), il est certes très fort mais il émane au moins en partie de transferts de dépense de l’Etat», poursuit M. Bouzou, jugeant que «l’Etat central ne devrait pas s’exonérer de sa responsabilité dans cette dégradation».
Une dégradation qui survient malgré un reflux du déficit de la Sécurité sociale (-1,6 milliard, soit deux fois moins qu’en 2006).
Les rentrées fiscales ont également pesé sur le déficit, le taux des prélèvements obligatoires ayant diminué de 0,4 point, à 43,5% du PIB en 2007, en raison de la progression modérée des impôts (+3,1%) freinée en particulier «par la baisse de l’impôt sur le revenu payé par les ménages», selon l’Insee.
En septembre 2007, Eric Woerth avait promis que la France tiendrait son engagement européen de ramener le déficit à 2,4% en 2007 et à 2,3% cette année.
Il en est aujourd’hui réduit à prévenir que «dans un contexte économique extrêmement difficile, les finances publiques ne peuvent pas être en équilibre en 2010». Un aveu gênant au moment où la France s’apprête à prendre la présidence de l’Union européenne.
Sa tâche sera d’autant plus difficile que la croissance 2007 s’est contentée d’un maigre 1,9% alors que le budget avait été bâti sur une hypothèse de 2,25%.
Et malgré l’optimisme affiché durant des mois face à la crise internationale, le gouvernement a finalement dû se résoudre à une révision à la baisse pour 2008, entre 1,7% et 2%.
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*phrase mise en caractères gras par l'auteur de ce blog
17:26 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : économie, lagarde, fillon, gouvernement, crise, collectivités
26.03.2008
Economie: Nicolas Sarkozy n’a rien compris
Par Pierre Larrouturou (Economiste et délégué national Europe du PS) RUE89 "Je veux développer le crédit hypothécaire en France. C’est ce qui a permis de soutenir la croissance aux Etats-Unis", affirmait Nicolas Sarkozy, fin 2006, quand il expliquait sa "nouvelle" stratégie économique (Les Echos, 9 novembre 2006). Qu’en est-il aujourd’hui? Alors que 1 300 000 familles ont été expulsées l’an dernier de leur logement pour cause de surendettement et que l’ancien président de la réserve fédérale, Alan Greenspan, vient d’avouer que les Etats-Unis sont sans doute entrés dans "la crise la plus grave depuis la Seconde Guerre mondiale", notre nouveau président veut-il encore "développer le crédit hypothécaire"?
Le moins que l’on puisse dire, c’est que Nicolas Sarkozy n’a pas franchement anticipé la crise qui fait trembler aujourd’hui tous les marchés financiers. En 2006, pourtant, de nombreux économistes tiraient déjà la sonnette d’alarme: le 31 août, dans Le Monde, Nouriel Roubini, proche de Bill Clinton, affirmait que "la probabilité d’une récession de l’économie américaine en 2007 est désormais de 70%". Et moi-même, dans Le Monde du 14 mai 2005, j’indiquais déjà que "en 1929, quand éclata la dernière grande crise du capitalisme, la dette totale américaine (publique et privée) représentait 140% du PIB. Elle en représente aujourd'hui 210%".
Accroître la "transparence" des marchés financiers ne résoudra pas la crise
Il est donc faux de dire que la crise n’était pas prévisible. Et il est faux aussi d’affirmer, comme le fait Nicolas Sarkozy, qu’on pourrait sortir de la crise en se contentant d’accroître la "transparence" des marchés financiers. Le problème est bien plus grave et bien plus profond que ne le dit le président de la République. Il est fondamental de comprendre la vraie nature de la crise, sinon le remède risque fort d’aggraver le mal.
C’est en prenant du recul, et en analysant les statistiques données par la Réserve fédérale pour les cinquante dernières années qu’on comprend les déterminants réels de la crise.

Entre 1950 et 1980, le ratio dette/PIB était parfaitement stable aux Etats-Unis. C’est seulement depuis le début des années 1980 que la dette augmente. Jusque là, les Etats-Unis fonctionnaient avec un compromis "fordiste": en 1917, Henry Ford avait profondément réorganisé ses usines et doublé la productivité de ses chaînes. Pour doubler ses ventes, il s’était assez vite convaincu qu’il fallait augmenter les salaires des ouvriers pour qu’ils puissent eux-mêmes acheter des voitures. Il avait tenté de faire partager son analyse aux autres grands patrons américains mais bien peu l’avaient suivi: la plupart voulaient garder pour eux et pour leurs actionnaires les profits réalisés grâce aux nouvelles méthodes de travail. Ce partage déséquilibré des fruits de la productivité fut une des causes majeures de la crise de 1929.
Après guerre, pour éviter qu’une telle crise ne se reproduise, on mit en place des règles du jeu qui garantissaient une progression régulière des salaires. Ces règles "fordistes" furent à l’origine des Trente glorieuses, ces trente années de forte croissance que connurent les Etats-Unis et l’Europe…
Briser le mythe du plein emploi américain
Mais, en 1981, Ronald Reagan arrive à la Maison blanche. C’est à partir de là que la dette augmente: très vite, les libéraux baissent les impôts sur les plus riches, ce qui favorise la dette publique. Mais, plus fondamentalement, la dette augmente parce que la précarisation du marché du travail amène progressivement à une baisse de la part des salaires dans le PIB et qu’un nombre croissant de ménages américains sont obligés de s’endetter pour maintenir un haut niveau de consommation.
Durant la dernière campagne présidentielle, Nicolas Sarkozy a souvent mis en avant le "plein-emploi américain". En réalité, les Etats-Unis sont très loin du plein emploi. Si l’on en croit le dernier rapport économique publié par la Maison blanche, il y a tellement de petits boulots aux Etats-Unis que la durée réelle moyenne du travail est tombée à 33,7 heures. Si la durée moyenne (sans compter les chômeurs) tombe à 33,7 heures alors que ceux qui ont un emploi "normal" sont toujours à 40 heures, c’est que des millions de salariés ne font que 10 ou 15 heures par semaine.

Ce partage du travail qui ne dit pas son nom, amène à un partage des revenus de plus en plus inégalitaire: "Aux Etats-Unis, la part des salaires dans le revenu national atteint son plus bas niveau depuis 1929", notaient Les Echos du 9 octobre 2006.
Et une étude de BNP Paribas montre que sur les huit dernières années, "seuls les 5% d’Américains les plus riches ont vu leurs revenus réels augmenter". Les autres 95% ont vu leurs revenus stagner ou diminuer… Mais ces 5% les plus riches ne peuvent pas faire vingt repas par jour. Un tel niveau d’inégalités devrait donc fortement ralentir la croissance. Si la consommation continue d’augmenter, c’est uniquement parce que l’on pousse les classes moyennes et les pauvres à s’endetter chaque année un peu plus.
La dette au cœur du problème
On voit ici que la question de la dette n’est pas une question annexe. Ce n’est pas un "incident de parcours" dû à l’inconscience de quelques traders isolés. Pour garantir aux actionnaires des bénéfices colossaux tout en assurant un haut niveau de consommation de l’ensemble de la population, le néo-libéralisme a structurellement besoin d’un endettement croissant.
En France, en un quart de siècle, la part des salaires dans le PIB a diminué de 11%. Et l’évolution est la même, peu ou prou, dans l’ensemble des pays occidentaux. Partout la peur du chômage déséquilibre la négociation sur les salaires: "Si tu n’es pas content, tu peux aller voir ailleurs."

Même le FMI, réputé très libéral, le constate dans son dernier rapport annuel: "Au cours des deux dernières décennies, il y a eu un déclin continu de la part du revenu qui va au travail. La baisse est très massive et atteint 10% en Europe et au Japon." Sans croissance de la dette, cette baisse relative des salaires aurait dû fortement ralentir la consommation.
Comme l’explique Patrick Artus, directeur des études de la CDC Ixis, "dans la zone euro, sur les dix dernières années, la dette privée est passée de 75% à 145% du PIB. Sans la hausse de la dette des ménages, la croissance de la zone euro serait nulle depuis 2002." Et hors zone euro, la situation n’est guère plus réjouissante: en Grande-Bretagne, la dette des ménages dépasse les 160% du revenu disponible. Une étude récente de Jean-Luc Buchalet et Pierre Sabatier montre que, sans l’augmentation de la dette des ménages, la Grande-Bretagne serait en récession depuis 2002!
Voilà pourquoi ce que propose Nicolas Sarkozy, "mettre plus de transparence" sur les marchés financiers, n’est pas du tout suffisant. Voilà pourquoi aussi, si l’on en reste à une approche de bon sens ("Puisqu’il y a trop de dette, fermons le robinet de la dette!"), on risque de précipiter l’ensemble des pays occidentaux dans la récession.
Il faut aller plus loin et s’attaquer aux racines de la crise. C’est à cause du chômage et de la précarité que la part des salaires a tant diminué. C’est à cause du chômage et de la précarité que nos économies ont tant besoin de dette. C’est seulement en s’attaquant radicalement au chômage et à la précarité, en donnant au plus grand nombre un vrai emploi et une vraie capacité de négocier des augmentations de salaire que l’on pourra sortir de la crise.
L'urgence de définir de nouveaux outils de régulation
Hélas, dix mois après son arrivée au pouvoir, tout le monde a compris que Nicolas Sarkozy ne fera rien d’utile dans ce domaine. Il ne se passe pas une semaine sans qu’il annonce un Grenelle, un Grand Plan ou une Grande Mobilisation… mais contre le chômage et la précarité, il n’a encore rien annoncé! Absolument rien. C’est la première fois depuis trente ans qu’une nouvelle équipe arrive au pouvoir en France et manifeste autant de désinvolture face au chômage et à la précarité!
[...]
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21.03.2008
Michel Aglietta: "Une crise aussi grave que celle de 1929"
La crise du système financier américain, enclenchée depuis le mois d’août, a pris ces cinq derniers jours un caractère dramatique, de l’avis des plus grands responsables économiques de la planète.
Traversant sa "plus grave crise depuis la Seconde Guerre mondiale", selon l’ancien président de la banque centrale américaine Alan Greenspan, la finance mondiale fait aujourd’hui face à un "risque de rupture", pour le patron du Fonds monétaire international Dominique Strauss-Kahn. Comment en est-on arrivé là? Sommes-nous au début d’une grave crise économique?
Le mécanisme de la panique bancaire aux Etats-Unis. La chute de Bear Stearns, cinquième banque d’affaires des Etats-Unis, a soudainement accéléré la décomposition d’un système financier qui n’en finit pas de digérer ses excès. Alors qu’il y a une semaine, son PDG Alan Schwartz déclarait que Bear Stearns ne connaissait "aucune pression sur ses liquidités et encore moins une crise de liquidités", la prestigieuse maison, vieille de 87 ans, s’est effondrée en trois jours.
Vendredi, constatant qu’elle ne pouvait plus assurer ses obligations de paiement, elle s’est placée sous perfusion de la Banque centrale américaine. Dimanche soir (!), elle était rachetée par sa concurrente JP Morgan pour une somme dérisoire (2 dollars par action, contre un cours de 100 dollars il y a trois mois) lors d’un sauvetage rocambolesque organisé en urgence par le gouvernement américain, la Banque centrale et les deux banques en un week-end.
Pourquoi les autorités ont-elles montré tant d’empressement? Parce que la structure du système financier mondial est celle d’un château de cartes. Les grandes institutions sont inextricablement liées par les prêts qu’elles se consentent mutuellement. Que l’une vienne à faire défaut, et ce sont toutes ses créancières qui sont fragilisées, acculant les plus faibles à la faillite, et ainsi de suite, en quelques heures.
C’est ainsi que Bear Stearns a sombré au lendemain de l’annonce de la faillite du fonds coté de Carlyle, ce "hedge fund" (fonds spéculatif) qui finançait ses opérations auprès, entre autres, de Bear Stearns. Afin d’éviter la poursuite de "l’effet domino", il était nécessaire que Bear Stearns pût, coûte que coûte, assurer ses obligations de paiement, ce qui passait par son adossement à un acteur aux reins plus solides.
Aux racines de la crise: l'encouragement à l'immobilier. Dans les milieux économiques, il est de bon ton de blâmer les responsables de la politique monétaire (Ben Bernanke aux Etats-Unis, Jean-Claude Trichet en Europe), alors qu’ils ont jusqu’à présent, et particulièrement aux Etats-Unis, joué un rôle remarquable et évité que le pire ne se produise. On reproche en particulier à la Banque centrale américaine, et à son ancien président Alan Greenspan, d’avoir alimenté la bulle immobilière en laissant les taux d’intérêt trop bas (1% en 2003).
En réalité, la crise financière est dans une large mesure de la responsabilité politique de l’administration Bush, et viendra encore noircir un bilan déjà bien piteux. Pour le comprendre, il faut revenir sur la source des maux de l’économie américaine.
La crise, on le sait, vient du secteur immobilier. Ici, des courtiers sans scrupule ont accordé des prêts léonins à des ménages qui n’avaient pas les moyens de devenir propriétaires de leurs maisons.
Ce système a été non seulement toléré, mais encouragé par l’administration américaine, via un ensemble de subventions et de garanties apportées aux emprunteurs. Citons, pêle-mêle: la détaxation des intérêts d’emprunt, la détaxation des plus-values immobilières, une garantie d’Etat apportée aux emprunteurs fournissant un apport personnel trop faible, ainsi que la suppression de toutes les régulations dans le secteur du crédit immobilier.
Chacun, dans la "ownership society" chère au président Bush, devait pouvoir devenir propriétaire de sa maison; tous les moyens étaient bons! Slogan foncièrement démagogique: dans une société où les 10% les plus riches ont 48% des revenus (ce qui est le niveau le plus élevé jamais atteint aux Etats-Unis depuis… 1928) et les 10% les plus pauvres seulement 2%, il est mathématiquement impossible que chacun ait les revenus suffisants pour être propriétaire de sa maison...
Il n’empêche. Les exhortations présidentielles et les politiques incitatives qui les accompagnaient ont alimenté une bulle spéculative.
Tout allait très bien, tant que les prix de l’immobilier montaient, et que tout le monde anticipait leur hausse. Les ménages propriétaires pouvaient alors faire valoir auprès de leur banquier que la valeur de leur habitation s’accroissait, donc que leur richesse augmentait, donc qu’ils pouvaient emprunter davantage. C’est ainsi qu’ils contractaient de nouveaux prêts gagés sur la valeur de leur maison pour consommer, ou tout simplement pour s’acquitter des mensualités de leurs autres crédits!
Sommes-nous de retour en 1929? Ce système était voué à la faillite dès le retournement des prix de l’immobilier, ce qui s’est produit au cours de l’année 2006. Rapidement, la valeur des habitations est devenue inférieure, pour de nombreux ménages, au montant du prêt qu’ils devaient encore rembourser.
De gré ou de force, ils ont alors dû céder leur habitation à leurs créanciers. Une fois tombées dans l’escarcelle des banques, les maisons ont été remises immédiatement en vente, accentuant la baisse des cours immobiliers...
Cette spirale baissière a également affecté tous les titres financiers qui avaient été construits à partir des crédits immobiliers. Les actifs des banques et de tous les investisseurs les plus exposés à l’immobilier ont ainsi fondu comme neige au soleil. Voilà comment le château de cartes a été ébranlé.
Aujourd’hui, sans l’intervention des autorités américaines, le système bancaire s’effondrerait entièrement. La crise, comme nous le dit Michel Aglietta, professeur de sciences économiques à Nanterre, est dans ses mécanismes et ses effets cumulatifs, aussi grave que celle de 1929. (Voir la vidéo.)
Ses premières conséquences réelles commencent à se faire sentir brutalement. Au lendemain de son rachat par JP Morgan, Bear Stearns a exprimé l’intention de se séparer de 7 000 salariés, soit la moitié de ses effectifs. Que va-t-il se passer maintenant?
La différence avec 1929 réside dans la réactivité des autorités. Alors qu’il avait fallu attendre l’entrée en fonction de Roosevelt en 1933 pour que le gouvernement s’attaque sérieusement à la crise, en prenant les commandes des banques, la Banque centrale américaine et le gouvernement semblent aujourd’hui déterminés à empêcher, par tous les moyens, une aggravation de la situation et la multiplication des faillites.
Concrètement, cela signifie que les pertes réalisées par les banques seront socialisées, c’est-à-dire assumées in fine par l’Etat, comme l’ont été celles de la Northern Rock en Grande-Bretagne.
16:10 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : économie, gouvernement, états-unis, crise
18.03.2008
Voila comment on va finir :
Il fallait s’y attendre. Au fur et à mesure que les mesures du « marché » s’avèrent incapables d’enrayer la crise systémique qui s’est révélée depuis l’été 2007, de plus en plus de voix se tournent vers les pouvoirs publics pour exiger qu’ils refinancent purement et simplement les faillites provoquées par les subprimes et autres produits structurés toxiques que les grandes banques et fonds d’investissement ont fourgués depuis quelques années à l’ensemble du système monétaire international.La Fed fera donc un prêt de 28 jours à JP Morgan, habilitée en tant que banque commerciale à recevoir ce genre de prêt, qui le re-prêtera à Bear Stearns, banque d’affaires. A ce stade-ci, cependant, c’est l’indépendance de cette banque dont il est question, car, comme l’a souligné un banquier de New York cité par le Figaro-économie : « 70% de son bilan, » composé essentiellement d’instruments financiers adossés à des crédits hypothécaires à risque,« n’est pas refinançable actuellement sur le marché » !
Mais ce sont les déclarations de John Lipsky, délégué général adjoint du FMI, lors d’une conférence de l’Institut Peterson d’économie internationale à Washington, qui sont particulièrement inquiétantes : car il formule, pour la première fois explicitement, la proposition que des fonds publics, et donc les contribuables, viennent en aide au système financier à la dérive.
Il faut « envisager l’impensable, » a-t-il dit, même si le scénario d’un effondrement du système financier mondial reste « improbable ». « Il ne fait guère de doute que les risques d’escalade de la crise s’intensifient et que des mesures déterminées soient nécessaires pour stabiliser le système financier et l’économie du monde. » Dès lors que « les solutions du marché ont été épuisées, » a-t-il continué, « nous devons garder toutes les options sur la table, y compris l’utilisation potentielle de fonds publics pour conforter le système financier ». « Le Fonds est également prêt à utiliser ses liquidités record, si nécessaire, pour aider à amortir [l’impact de la crise] sur l’économie mondiale. »
LU ICI
11:36 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : économie, crise, krach, subprimes
17.03.2008
Crise systémique globale - Fin 2008 : Déroute des fonds de pension
- Communiqué public GEAB N°23 (15 mars 2008)
Parallèlement, dans ce GEAB N°23 (sur abonnement), LEAP/E2020 anticipe les prochains mois de cette crise systémique globale qui est désormais une évidence pour tous, s'attachant à anticiper les effets pervers des prêts de la Réserve fédérale américaine qui sont en train de fragiliser encore plus l'ensemble du système financier américain, et analysant les risques à venir qui pèsent sur les établissements bancaires aux Etats-Unis et dans certains pays européens particulièrement exposés. Parallèlement notre équipe analyse l'impact de la crise économique et financière US actuelle sur les probabilités et les conséquences d'une attaque de l'Iran par Israël et les Etats-Unis avant les prochaines élections présidentielles américaines.
En tout état de cause, avec l'annonce d'un plan de sauvetage d'urgence de la cinquième banque d'affaires US, Bear Stearns (1) (prélude à sa vente ou à sa mise en liquidation dans les prochaines semaines), on assiste bien à la faillite d'un grand établissement financier dès le premier trimestre 2008, comme anticipé par notre équipe dans le GEAB N°19 (2).
Simultanément, le Dollar US a repris sa chute libre par rapport à l'Euro, au Yen, au Yuan; l'or est à plus de 1.000 USD/once, le pétrole à plus de 110 USD/baril, les bourses mondiales en baisse de 20% en un trimestre, et la dernière tentative de stopper la crise financière avec le prêt de 200 Milliards USD aux banques par la Réserve fédérale américaine a déjà montré qu'il avait échoué ... tous les fondements de l'ordre économico-financier de ces dernières décennies s'écroulent sous nos yeux, à un rythme de plus en plus rapide. Ce sont bien tous les signes d'une crise systémique (3).
La prise de conscience désormais généralisée que le monde fait face à une crise d'une ampleur et d'une nature nouvelles permet déjà à nos chercheurs d'affiner certaines de leurs anticipations. Ainsi, en ce qui concerne les devises, notre équipe a entrepris de revoir ses estimations sur la valeur du Dollar US par rapport aux trois autres monnaies mondiales stratégiques, à savoir l'Euro, le Yen et le Yuan. Ainsi, LEAP/E2020 estime désormais que le taux EURUSD atteindra 1,75 à la fin 2008 (au lieu de 1,70 comme l'avait anticipé notre équipe dès 2006) ; le taux USDYEN tombera à 90 et le taux USDYUAN à 6 (4).
Dans cette même logique, la Réserve fédérale d'Atlanta fait oeuvre utile en diffusant gratuitement un DVD intitulé « Se préparer à la crise : reconnecter son flux financier vital » (« Crisis Preparedness: Reconnecting the Financial Lifeline »), qui permet aux opérateurs de toute nature d'anticiper la crise, et donc de mieux s'y préparer (8). Dans la perspective de la phase d'effondrement de l'économie réelle aux Etats-Unis, prévue pour Septembre 2008 par LEAP/E2020 (9), ces conseils officiels prennent tout leur sens. Notamment, comme nous le soulignons depuis des mois, en cas de crise grave, « le liquide est roi » (« Cash becomes king » comme le répète ce DVD), et ce que la crise soit liée à un désastre naturel ou provoqué par les hommes comme l'illustre parfaitement le fait que les assureurs américains ont désormais perdus plus d'argent à cause de la crise des subprimes qu'à cause du cyclone Katrina, pourtant le pire désastre naturel de l'histoire des Etats-Unis (10).
Notes:
(1) Source : Reuters, 14/03/2008
(2) Nous avions annoncé Février 2008 dans le GEAB N° 19, et c'est finalement le 14 Mars que cette première banque américaine aura fait défaut. Nous rappelons par ailleurs que désormais, selon notre anticipation de Novembre 2007, d'autres banques américaines, européennes et asiatiques vont suivre.
(3) D'ailleurs CNN/Money ne s'y trompe pas qui titre son dossier spécial : « Problème N°1 : L'argent de l'Amérique ». Source : CNN/Money. Car en effet, à la base, il s'agit bien de cela : l'évaporation pure et simple de milliers de milliards de dollars US accumulés de manière illusoire ces dernières années dans les comptes d'établissements financiers, d'entreprises, de particuliers et de gouvernement, à travers toute la planète. C'est ce qu'avait précisément notre équipe dans les premiers GEAB dès le début de l'année 2006.
(4) LEAP/E2020 souhaite souligner que si les Etats-Unis et Israël lancent une attaque sur l'Iran cette année, nos estimations, développées dans le GEAB N°23, sont encore plus négatives pour la valeur du Dollar US d'ici la fin 2008. Et concernant les rumeurs d'une action concertée des banques centrales pour mettre fin à la chute de la devise américaine, soyons clairs, elles n'ont aucun fondement : une telle action ne peut plus être mise en œuvre, les banques centrales ayant des intérêts désormais divergents du fait du découplage entre les grandes régions économiques mondiales, comme l'a anticipé LEAP/E2020 depuis plusieurs mois. L'effondrement du Dollar US se nourrit de l'entrée en récession de l'économie américaine et d'une dévaluation connexe d'environ 50% par rapport aux autres grandes devises.
(5) Monnaies du Dollar Index : Euro, Yen, Dollar Canadien, Livre britannique, Franc suisse et Couronne suédoise. Si le Yuan chinois était intégré à cet index sa chute serait encore plus forte.
(6) Il y a même désormais des sites web qui se spécialisent sur le sujet, par exemple Depression2.TV dont le sous-titre est éloquent : « Survivre à la Seconde Grande Dépression ».
(7) Extrait du communiqué posté sur le site EconomicIndicators.Gov : « ... l'ESA (Economics and Statistics Administration) avait initialement prévu de cesser le service (de publication des indicateurs) pour des raisons budgétaires, mais face aux réactions reçues par l'ESA, la décision a été prise de continuer le site ... ».
(8) Source : Banking Information, Federal Reserve Bank of Atlanta (pour commander le DVD auprès de la Fed d'Atlanta, voici le lien direct ici)
(9) Voir GEAB N°22
(10) Source : Bloomberg, 14/03/2008
13:21 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : économie, crise, fonds de pension, retraites


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