09.04.2008

Fin des tarifs étudiants et familles nombreuses

1058969588.JPGLa SNCF va supprimer à partir de 2009 les tarifs sociaux que le gouvernement a décidé de ne plus financer, a indiqué la compagnie ferroviaire mercredi 9 avril dans un communiqué.

Les tarifs sociaux (carte familles nombreuses, billets populaires de congé annuel, abonnements pour étudiants et apprentis ou sur les trajets domicile-travail) sont actuellement partiellement financés par l'Etat, de façon forfaitaire. La semaine dernière, le Conseil de la modernisation des politiques publiques a annoncé la fin de cette compensation financière. Elle représente 70 millions d'euros dans le budget 2008 de la SNCF. Il y a plus de trois millions de titulaires de la carte famille nombreuse.

"Nouvelle offre"

La décision des pouvoirs publics "va conduire la SNCF à construire une nouvelle offre pour prendre le relais de ces tarifs dès 2009", se justifie l'entreprise, en précisant qu'"en 2008, les tarifs sociaux existants restent tous applicables".

Pour mettre au point cette offre, "la SNCF proposera de mettre en place un groupe de travail présidé par une personnalité indépendante".
Le président de la SNCF Guillaume Pepy "réunira la semaine prochaine le comité consultatif des consommateurs, instance de concertation de la SNCF avec les associations de consommateurs, pour convenir des modalités de travail", ajoute l'entreprise publique.

"Ménages modestes pénalisés"


Le Parti socialiste a vivement dénoncé la suppression de ces tarifs, qui "aboutira in fine à une hausse des tarifs qui pénalisera davantage les ménages modestes, ceux-là même qui ne pourraient partir en vacances sans ces aides". Dans un communiqué, le secrétariat national dénonce le "double langage du gouvernement", qui "prétend favoriser le transport ferroviaire, mais réduit son aide à la SNCF en direction des voyageurs aux revenus modestes".
Le député UMP de la Drôme Hervé Mariton, rapporteur spécial du budget des transports, s'est dit opposé à cette suppression. "Il ne faut pas supprimer la carte famille nombreuse", a-t-il déclaré.

Nouvel Obs' 

__________________ 

L'annonce était passée inaperçue du plus grand nombre. La carte Famille nombreuse va mourir de sa belle mort. Son fossoyeur? Nicolas Sarkozy et sa Révision générale des politiques publiques (RGPP), dont les derniers contours ont été présentés vendredi 4 avril.

De quoi s'agit-il? Désireux de réduire les charges de l'Etat, le Président a annoncé 263 mesures, dont une entraînant la suppression de la fameuse carte SNCF destinée aux familles de trois enfants et plus. Créé en 1921 à l'initiative de l'Etat, ce sésame, qui bénéficie à 2,2 millions de familles, offre des réductions tarifaires lors des déplacements en train: 30% pour trois enfants, 40 % pour quatre, 50% pour cinq, etc. Seulement voilà, cet avantage était financé par l'Etat, à hauteur de 70 millions d'euros pour 2008.

1 milliards d'euros de bénéfices pour la SNCF en 2007

Mais comme l'Etat a décidé de couper les subventions aux «tarifs sociaux» de la SNCF, cette dernière a annoncé la disparition de la carte familiale, ainsi que son avatar professionnel, le billet Congés annuels, qui permet une fois l'an aux salariés, agriculteurs, artisans, chômeurs et retraités de bénéficier de 25% de réduction une fois l'an sur un trajet aller-retour.

Une décision d'autant plus surprenante de la part de l'entreprise publique que celle-ci a réalisé plus d'un milliard d'euros de bénéfices (oui, oui, de bénéfices!) en 2007. Quant à l'Etat, son grand écart n'est pas plus compréhensible, lui qui souhaite encourager les Français à la fois à faire des enfants et aussi à emprunter les transports publics et non-polluants (comme le train) au détriment des polluantes et coûteuses automobiles.

Pour se défendre, la SNCF annonce qu'elle va créer une nouvelle offre pour les familles, «sous la forme de cartes commerciales» dont les tarifs ne seront évidemment pas identiques à ceux de la Carte famille nombreuse, notamment en raison du contingent limité de places qui seront mises à disposition dans chaque train pour ses détenteurs, à l'image de la Carte enfant plus (payante) actuellement en vigueur pour les parents de très jeunes enfants.

«Des économies faites sur le dos des familles»

Ce mercredi après-midi, l'Union nationale des associations familiales (Unaf), pour qui «ce n'est pas aux autres voyageurs à supporter le surcoût de cette mesure», a dénoncé «ces économies faites sur le dos des familles». «La carte famille nombreuse permet aujourd'hui à près de 4 millions de personnes de couvrir et de prévoir à long terme leurs dépenses de transport. La tarification familles nombreuses doit rester indépendante d'une politique commerciale, par nature changeante.» L'Unaf et autres associations familiales craignent de «voir à terme les avantages de cette carte se réduire, ou n'être de fait accessibles qu'aux familles les mieux informées». Pour l'Unaf, la politique familiale doit rester du ressort de la «solidarité nationale et indépendante de toute politique commerciale».

Daniel Filipacchi

Libé

24.03.2008

La fac de Tours, terre d’asile pour ses étudiants sans papiers

630789549.jpg
photo : Michel Lussault, Président de l'Université de Tours 
 
Correspondance à Tours XAVIER RENARD
LIBERATION : lundi 24 mars 2008 

Le sort des étudiants sans papiers préoccupe l’université de Tours. L’affaire Aurore Pokossi (Libération du 12 janvier), qui avait failli être expulsée en janvier après avoir été dénoncée par un contrôleur SNCF, et plus récemment le cas de Rouillon Ndabu-Lubaki - étudiant en troisième année de licence d’AES (administration économique et sociale) qui a reçu un avis d’expulsion - ont, semble-t-il, brisé l’omertà sur la question des étudiants sans papiers à l’université François-Rabelais de Tours. Dans les deux cas, Michel Lussault, son président, s’est fendu d’un courrier demandant à l’administration de faire preuve de bienveillance. «Etant donné le profil de ces étudiants, leur assiduité et leurs résultats, il serait normal qu’ils aillent au moins au bout de leur diplôme», justifie le vice-président de la CPU (commission des présidents d’université).

Pour Wilfried Schwarz, vice-président étudiant, «ces deux affaires ont clairement réveillé les consciences. On peut espérer qu’il y ait un avant et un après Aurore Pokossi». Il n’empêche que la position de l’université a sans doute déconcerté. Dans un contexte où le débat sur l’immigration cristallise les passions, rares sont les facultés à faire entendre leur voix. D’ailleurs, pour Michel Lussault, «il aurait été difficile de prendre des positions plus tranchées. Mon rôle n’est pas de juger la politique du gouvernement mais d’intervenir pour le bien de l’étudiant». Avant la fin de son mandat en juin, il paraît déterminé à affiner le dispositif d’accueil des étudiants étrangers. Même si, à ses yeux, le recensement des sans-papiers inscrits à François-Rabelais paraît impossible et quelque peu embarrassant : «Nous ne sommes pas là pour faire la chasse aux cas litigieux, assure-t-il, ils sont probablement en petit nombre. A nous de les accompagner pour qu’ils régularisent leur situation. Il faut gagner leur confiance, car ils vivent souvent à l’écart, avec la peur au ventre.»

Dans le même temps, il faut aussi veiller à ce que les étudiants dont le titre de séjour arrive à expiration effectuent les démarches de renouvellement à temps. Or, l’information manque cruellement. «C’est un point à améliorer rapidement», confirme-t-il. Son vice-président étudiant détaille : «Des formulaires d’information existent au bureau des étudiants étrangers. Sauf que la plupart des inscriptions se font ailleurs. Du coup, rien ne circule vraiment. Nous devons nous assurer de la remise effective d’un formulaire partout, dans tous les services de scolarité.»

Autre idée avancée, l’envoi d’un mail aux 22 000 étudiants du campus lequel synthétiserait l’ensemble des procédures à suivre pour un étudiant étranger. «L’idée est de sensibiliser toute la communauté universitaire. Il s’agit de créer un réseau d’entraide proactif.» Wilfried Schwartz espère que tout ceci se mettra en œuvre dès la rentrée prochaine : «Ça dépendra des orientations de la nouvelle présidence, mais la responsable du service des études et de la vie étudiante et le service des relations internationales vont dans le même sens que moi.» Simple hasard ou volonté d’avancer, le bureau des étudiants étrangers a récemment été renforcé. Et du côté de la préfecture d’Indre-et-Loire, son secrétaire général Salvador Perez est prêt à accentuer les dispositifs d’accueil et d’écoute en lien avec la fac. «Notre volonté est de faire du cas par cas, pas du volume… Avec les étudiants, sauf si le parcours est vraiment trop tangent, on fait certainement preuve de plus de souplesse.»