19.05.2008
Ecole: séparer filles et garçons, c'est de nouveau possible
La nouvelle loi contre les discriminations rend possible les classes non-mixtes, interdites dans le public depuis 1975.

Le 15 mai 2008 restera-t-il dans les annales comme la première grande brèche dans le principe de mixité scolaire? Jeudi, le Parlement a en tous cas adopté définitivement la nouvelle loi anti-discrimination, après plusieurs discussions houleuses tant que le texte faisait encore la navette entre les deux assemblées.
Au détour de cette loi, s'installe en effet la possibilité d'organiser un enseignement séparé pour les garçons et les filles à l'école. La mixité s'était pourtant généralisée dès les années 60 dans l'éducation: une circulaire l'impose en juin 1965 pour toutes les nouvelles écoles élémentaires créées, avant de l'étendre à toutes les écoles primaires à la fin de la décennie. C'est, enfin, la loi Haby du 11 juillet 1975 qui allait rendre la mixité obligatoire dans l'enseignement public primaire et secondaire.
Cette disposition du texte finalement adopté a été très critiquée durant le travail parlementaire. Notamment au Sénat, massivement hostile à cette mesure, tous groupes politiques confondus. Début avril, Valérie Létard, secrétaire d'Etat chargée de la Solidarité, avait d'ailleurs été largement interpellée lors de son audition par la commission des Affaires sociales.
C'est ce que raconte Sylvie Demarescaux, sénatrice du Nord (sans étiquette), qui déplore qu'aucun des trois amendements sénatoriaux soit finalement parvenu à infléchir le texte. Mercredi 14 mai, la veille de l'adoption définitive de la loi, la commission mixte paritaire avait en effet fait retirer ces trois amendements visant à supprimer la disposition liée à l'enseignement.
L'un de ces amendements émanait pourtant du centriste Nicolas About, qui préside les affaires sociales au palais du Luxembourg, et qui n'a pas hésité à parler "d'erreur gouvernementale".
Une directive européenne sert de bouc émissaire au gouvernement
De son côté, le gouvernement n'a cessé, jusqu'à l'adoption définitive du texte et malgré les discussions qu'il soulevait, d'arguer de son "absence de marge de manoeuvre", avançant l'obligation de transposer en droit français cinq directives européennes en matière de discrimination.
C'est ce qui fut du reste répondu à la sénatrice Sylvie Demarescaux alors que celle-ci trouvait à s'émouvoir du pas en arrière que cette mesure représente à ses yeux:
"Valérie Létard nous a expliqué que la Commission européenne laissait une très faible marge de manoeuvre dans la transposition des directives en matière de discrimination et que la France n'avait pas vraiment eu le choix.
"Or, pour moi, on revient à ce que j'ai vécu quand j'étais jeune, c'est à dire à une discrimination sexiste. C'est la première fois qu'on revient tant en arrière, alors qu'on avait plutôt bien avancé récemment en matière d'égalité hommes-femmes."
Or si Bruxelles avait bien exigé de ses Etats-membres qu'ils transposent dans leurs législations respectives des mesures antidiscriminatoires, celles-ci concernaient le champ des biens et services. Et nullement l'éducation, prérogative nationale.
Laurence Rossignol, vice-présidente du conseil régional de Picardie et secrétaire nationale chargée des droits des femmes et de la parité au PS, doute elle aussi de cette explication:
"L'Europe? On sourit... Regardez le nombre de directives européennes pour lesquelles la France traine les pieds. Quand on veut freiner, ou peut. C'est un argument fallacieux."
La non-mixité à l'école fait débat dans les mouvements féministes
De fait, l'Europe était plutôt considérée comme un vecteur de progrès en matière d'égalité d'accès à l'éducation depuis le début, soutiennent les féministes. Et ce, même si les cultures féministes varient grandement d'un pays à l'autre. Dans les pays anglo-saxons, par exemple, les revendications féministes sont depuis longtemps infusées par les questions de genre et les pratiques de discrimination positive. Contrairement à la France qui, traditionnellement, s'est plutôt appuyée sur l'égalité républicaine.
L'élue picarde, reconnue pour ses engagements féministes, fustige également ce qu'elle qualifie de "vraie double régression, pour la laïcité et pour l'égalité d'accès à l'éducation pour les filles". Pour elle, c'est en effet dès l'école qu'on doit créer les bases d'une égalité hommes-femmes, que cette loi était pourtant censée garantir dans le monde professionnel:
[écouter l'audio sur la page d'origine]
Autre argument apparu en marge du débat: certaines revendications féministes auraient elles-mêmes contribué à ce que le verrou de la mixité scolaire saute... Notamment en exigeant des activités séparées pour garçons et filles dans certaines disciplines. On pense bien sûr au sport. Mais certaines voix ont pu s'élever pour que la séparation se fasse dans d'autres cours, arguant que la présence des garçons pouvait inhiber leurs congénères féminines.
La socialiste Laurence Rossignol doute pourtant fortement de cette explication:
"Des discussions de comptoir et de couloir sur le sujet, j'en ai eu beaucoup. J'ai même entendu dire que la mixité pouvait engendrer une forme de harcèlement. C'est vrai que c'est ce qui s'est dit à un moment donné. Mais, moi, je m'en tiens aux écrits et aux propos publics. Or, en France, je n'ai jamais lu une féministe tenir de tels propos par écrit."
Pervertir l'image des religions: l'autre effet pervers de cette loi
Pour Laurence Rossignol, plus que l'Europe ou le serpent féministe qui se serait mangé la queue, cette disposition révèle plutôt "une grande porosité du gouvernement à toutes les menées qui sont possibles contre la mixité":
"On sait très bien, aujourd'hui, que les courants fondamentalistes sont marginaux et minoritaires. Que la grande masse des écoles primaires, des collèges et des lycées fonctionnent avec toutes les confessions, et que ça se gère bon an mal an assez bien au quotidien. Mais le gouvernement s'est montré poreux à des revendications fondamentalistes.
"Cette complaisance m'irrite d'autant plus qu'en plus de remettre en cause la mixité, la laïcité, cette concession aux plus marginaux pervertit notre regard sur les communautés religieuses. On est à tous points de vue dans le symbolique, et il faut faire très attention à ces symboles, dans le droit fil du discours de Latran de Nicolas Sarkozy."
Concrètement, il faudra attendre le décret d'application de cette loi pour savoir comment sera organisée sur le terrain cette possibilité d'enseignements non-mixtes. Un ultime obstacle, très pragmatique, celui-là, pourrait bien entrer en ligne de compte: comment organiser des dédoublements de classes en séparant garçons et filles à l'heure de 11 200 suppressions de postes dans l'Education nationale?
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16.05.2008
L'intox du Figaro :
Le "dossier explosif" des 23200 profs qui n'enseignent pasLe Figaro évoque un "dossier explosif", celui des profs qui sont payés... à ne pas enseigner. Le chiffre avancé est de 23200. En donnant cette estimation, l'objectif est clair : "laisser entendre aux syndicats et à l'opinion que les élèves ne risquent pas de pâtir du plan d'économie décidé". Oui, il y 11 200 suppressions de postes, mais comme il y aurait 23 200 profs de trop, ça en laisse encore beaucoup qui ne servent à rien.
Où est le chiffre de 23 200 dans l'article ?
Petit souci, on ne trouve nulle part ce chiffre de 23 200. Prenons l'article dans l'ordre :
- "210 000 enseignants ont bénéficié d'une décharge de service pendant l'année 2006-2007".
- "94 000 ont profité d'une heure dite de première chaire".
- "31 000 professeurs de géographie ou utilisant un laboratoire disposaient eux aussi d'une heure pour ranger et organiser leur matériel".
- "les décharges syndicales concernent 3 038 enseignants".
- "une rationalisation du système représenterait près de 30 000 emplois temps plein".
- "On pourrait réduire de 40% les décharges et économiser ainsi 11 800 postes".
- "Les professeurs qui n'ont pas d'élèves [représentent] quelque 11 400 postes".
Voilà tous les chiffres figurant dans l'article ont été cités, mais celui de 23 200 profs en trop n'y figure pas. Vous pouvez prendre les chiffres dans tous les sens, soustraire, diviser, faire la racine carrée, on n'obtient jamais 23 200 profs en trop.
Seuls deux chiffres peuvent être additionnés pour obtenir le titre de Une : les postes économisés en réduisant les décharges et les profs sans élèves. Mais l'addition n'a aucun sens puisque les profs qui bénéficient de ces décharges ont bien des élèves et les profs qui ont 100% de décharges n'existent pas. D'ailleurs, à lire l'article, "une rationalisation du système représenterait 30 000 emplois temps plein". Ce n'est donc plus 23 200, c'est 30 000. L'art de jongler avec les chiffres et d'additionner les choux et les carottes.
Qui sont ces 23 200 enseignants sans élèves ?
Une décharge de service correspond à 1h payée qui n'est pas passée devant élève. Mais alors que font les 210 000 enseignants qui en bénéficient pendant cette heure ? Plusieurs possibilités :
- soit il s'agit d'une heure de "première chaire". En clair, lorsqu'un enseignant à un certain nombre de classes à examen, il bénéficie d'une heure payée, en raison de la charge de travail supplémentaire (organisation d'entraînements type bac).
- soit il s'agit d'une heure "labo". Gérer le matériel demande du temps : s'occuper du "labo", c'est gérer le matériel, s'assurer du bon fonctionnement des ordinateurs, des rétroprojecteurs. Les labos de langue réclament une réelle maintenance.
- soit les enseignants ont une décharge syndicale. Ils sont 3 038 enseignants temps plein dans ce cas-là. Du temps pour militer ? Pas vraiment. Il faut savoir que les premiers interlocuteurs des enseignants qui entrent dans le métier sont les syndicats. Toutes les brochures expliquant le système éducatif, les mutations, les systèmes de points, etc... sont éditées par les syndicats.
L'article du Figaro précise que le gouvernement n'a pas l'intention de toucher à ces 3 038 postes. Quant aux heures de décharge, l'article cite Nicolas Sarkozy qui a refusé l'été dernier de les supprimer : "les bénéficiaires de décharges allaient travailler plus pour gagner moins". Elles sont donc justifiées... même par l'Elysée.
Les 23 200 enseignants sans élèves… n’existent pas
A la fin de l’article, on peut lire "11 400 profs qui n'ont pas d'élèves". Les 23 200 enseignants sans élèves ont donc disparu, il n'y en a plus que 11 400. Il s'agirait des remplaçants et des enseignants qui sont en sureffectif dans leur matière. S'agissant des remplaçants, le chiffre peut surprendre car l'éducation nationale a justement recours de plus en plus aux contractuels (non titulaires) pour assurer les remplacements d'enseignants. En outre, certaines académies, comme celle de Créteil, ont officiellement demandé à des retraités de prendre du service, faute d'avoir suffisamment de remplaçants. Quant aux enseignants en sureffectifs dans leur matière (Le Figaro évoque "l'allemand, l'EPS" entre autres), il faut avouer que ce surnombre est créé artificiellement par le ministère de l'Education lui-même en décidant d'augmenter le nombre d'élèves par classe (lire l'article : "Les manipulations du ministère pour supprimer des postes de profs").
Après lecture et analyse des chiffres, il faut se rendre à l'évidence : les 23 200 enseignants sans élèves n'existent pas... même dans l'article du Figaro.
17:40 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : darcos, sarkozy, éducation, professeurs, suppressions
Darcos, ministre de la Garderie Nationale !
Prenons le au mot et accueillons les élèves mais sans leur dispenser le moindre cours, puisqu'on n'est là que pour servir de garde-chiourmes... Faisons les jouer aux légos dans nos classes...
08:01 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : darcos, garderie, éducation
15.05.2008
Ce qui nous attend ?
Photo : Les ruines de Dresde à la fin de la Seconde Guerre Mondiale
Exterminer les Ecoles Publiques en Amérique
(a) remplacer les écoles publiques par ce que le rapport nomme des « écoles sous contrat »
(b) éliminer presque tous les pouvoirs des conseils d'administration locaux des écoles – Leur rôle se limiterait à rédiger et signer les accords autorisés pour les « écoles sous contrat »
(c) éliminer les retraites des professeurs et réduire drastiquement leur protection sociale ; et
(d) obliger les élèves de niveau 10 à passer un examen de sortie d'école sur la base d'aptitudes correspondant au niveau 12 et mettre fin à la scolarité de ceux qui échoueraient (i.e., jetant ainsi des millions d'écoliers dans les rues à l'âge de 16 ans).
L'ensemble de ces mesures, paralyserait tout contrôle public de l'éducation publique. Elles affaibliraient dangereusement le pouvoir des syndicats d'enseignants, facilitant ainsi d'autres attaques sur le secteur public. Elles laisseraient la politique d'éducation aux mains d'un réseau de boîtes à penser d'entrepreneurs, de sociétés, et d'armées de lobbies dont les priorités sont de profiter d'un énorme marché de l'éducation déjà existant, tout en réduisant les financements publics pour les écoles et les élèves.
En fait, leurs mesures impliqueraient la privatisation de l'éducation, mettant fin effectivement au droit à l'éducation publique, tel que nous le connaissons. De nombreuses forces dans ce pays veulent que les US, le premier pays à avoir garanti une éducation publique, soit le premier pays à y mettre fin.
Pendant les cinquante dernières années, l'éducation publique a été l'une des deux obligations publiques du gouvernement accessible à toute personne quelque soit son revenu, la Sécurité Sociale étant la seconde. Actuellement toutes les deux sont menacées par des plans de privatisation. Le gouvernement aujourd'hui définit ouvertement ses missions comme étant celles de protéger les droits des entreprises par-dessus tout. Ainsi l'éducation publique est l'un des rares espaces publics restant attaqué.
Le même scénario est entrain d'être mis en place avec la plupart des services que les gouvernements avaient l'habitude de fournir gratuitement ou à bas prix : l'électricité, les parcs nationaux, le service de santé et l'eau. Dans chaque cas, la méthode utilisée est la même : sous-financer les services publics, provoquer l'indignation et déclarer qu'il y a une crise, affirmer que la privatisation peut faire mieux, déréguler ou casser le contrôle public, détourner l'argent public vers les entreprises privées et puis augmenter les prix.
L'année passée, c'est devenu évident que l'augmentation de la part du secteur privé par rapport aux écoles publiques, en fait, fait partie d'une attaque plus vaste contre le secteur public, contre les syndicats, et contre les droits publics et le contrôle public des institutions.
Cela est devenu évident depuis un certains temps déjà à la Nouvelle Orléans où la destruction d'Hurricane Katrina est utilisée comme excuse pour privatiser de façon permanente les infrastructures de l'une des principales villes américaines : raser les HLM, et mettre les terrains à disposition des entrepreneurs privés; remplacer le système public d'éducation de la ville par une association d'écoles sous contrat et d'écoles gérées par l'état ; laisser la société privée de mercenaires bien connue, Blackwater, se déchaîner contre la population civile ; et, finalement, chasser définitivement des dizaines de milliers de familles de la ville. Les citoyens de la Nouvelle Orléans ont été privés de force de leurs droits civiques.
Tout comme le choc d'Hurricane a été l'excuse pour appliquer la thérapie de choc à la Nouvelle Orléans, il en est de même actuellement pour le déclin économique provoqué par la crise des emprunts immobiliers utilisé comme excuse pour lancer une attaque nationale contre le secteur public et les droits publics…
Dans l'éducation publique, l'augmentation de la part du privé s'est faite à la fois qualitativement et quantitativement. Alors que les agents d'éducation des entreprises privées opéraient il y a deux ans dans un nombre relativement restreint de vastes zones urbaines, ils ont maintenant fait surface partout. La privatisation de l'éducation publique constitue le fer de lance de la privatisation. Cela a eu pour effet de faire taire la voix du public sur chacun des aspects de la situation.
Sur tout le territoire des Etats-Unis, les écoles publiques ne sont pas encore privatisées, bien que les services privés profitent de plus en plus du marché. Cependant, l'accroissement du contrôle des entreprises privées sur les programmes – un différent mélange dans chaque endroit – a une influence consternante sur les attentes des personnes (et non des entreprises privées) vis-à-vis des enseignants : la capacité de créer un lien et d'enseigner à chaque enfant, une approche éducative qui pousse chaque enfant à aller de l'avant, des évaluations humaines qui place la personne avant la réussite à des tests standardisés.
Le développement le plus spécifiquement dramatique de l'approche du privé a peut être été le lancement du programme de 60 millions de dollars pour des Ecoles Américaines Fortes – une initiative « Ed en 08 » financée par les milliardaires Bill Gates et Eli Broad. C'est un effort non déguisé pour acheter la politique éducative de la nation, peu importe qui est élu Président, en achetant leur place dans chaque forum électoral.
« Ed en 08 » à un programme en trois points : salaire au mérite ( baser les salaires des enseignants sur les résultats des écoliers aux test de haut niveau) ; des normes d'éducation nationale (mettre en pratique le conformisme et un apprentissage par cœur) ; et une durée journalière et annuelle d'école plus longue (encore plus de temps pour apprendre par coeur et moins de temps pour les enfants pour être des enfants…)
Alors qu'il y a deux ans les écoles sous contrat étaient encore perçues comme des expérimentations ne touchant qu'un nombre relativement restreint d'élèves, en 2007, les entreprises privées – dirigée par Broad et Gates - ont largement augmenté leurs financements au point qu'actuellement leur objectif est d'avoir une présence majoritaire.
En mars, la Fondation Gate a annoncé une donation de 100 millions de dollars pour les écoles sous contrat KIPP, ce qui leur offrirait la possibilité d'étendre leur opération à Houston passant de 8 à 42 écoles – effectivement, KIPP sera un système alternatif complètement nouveau à Houston. De même l'année dernière Eli Broad et Gates ont donné dans le voisinage 50 millions de dollars aux écoles sous contrat KIPP et Green Dot à Los Angeles, avec l'objectif de doubler le pourcentage d'élèves de LA inscrit dans ces écoles sous contrat. Autre cible de Broad/Gates, Oakland, qui a maintenant plus de 30 écoles sous contrat sur un total de 92 écoles. Et, comme nous le verrons ci-dessous, la même tendance se propage dans tout le pays.
NCLB reste en 2008 un problème principal. Il continue d'avoir un effet corrosif sur les écoles publiques. C'est un programme fédéral d'obligation éducative non financé exigeant que les écoles se plient à des normes rigides chaque année, alors qu'aucun budget conséquent n'est attribué. Cela veut dire que les écoles doivent prendre de l'argent de la caisse de la classe pour respecter les exigences fédérales, lorsque des écoles ayant de mauvais résultats aux tests sont obligées de suivre un « Programme d'Amélioration ». Une fois que les écoles sont dans le PA pour 5 ans, on peut les obliger à passer dans le secteur privé.
NCLB constitue une force qui conduit à décimer le côté public des écoles publiques. En Californie, il y a plus de 2000 écoles en PA. Cela veut dire qu'elles doivent respecter certaines normes spécifiques et la plupart du temps impossibles, ou elles doivent détourner des sommes de plus en plus importantes de la caisse de la classe pour des programmes privés.
Par exemple, des institutions scolaires qui sont en 3ème année de PA doivent prendre de l'argent des programmes aidant des écoles avec une proportion élevée d'écoles de faible niveau pour le mettre à disposition de tuteurs privés…
La privatisation de l'école publique conduit automatiquement à une augmentation massive d'inégalité sociale. On n'a jamais demandé aux entreprises privées de reconnaître les droits civiques. Par définition, ce sont des droits publics. Si des entreprises privées réussissent à s'emparer de nos écoles, il n'y aura ni éducation de qualité ni droits civiques.
Le système d'éducation publique aux Etats-Unis est en faillite. Tandis que les écoles en zones urbaines sont les meilleurs du monde, l'éducation publique dans les villes a été délibérément sous - financé et est en lambeaux. La solution n'est pas de mener un combat d'arrière garde pour maintenir l'ancien système. C'est plutôt de mener un combat d'avant garde pour créer un nouveau système qui garantira véritablement une éducation de qualité comme droit civique pour chaque personne.
La centralité de ce combat c'est de défier l'idée que tout dans la société humaine doit être géré par des entreprises privées, que seuls les entreprises privées et leurs politiciens à la botte ont le droit ou le pouvoir de discuter de ce que devrait être la politique publique…
La vraie direction à prendre c'est d'augmenter le rôle et le pouvoir du public en toute chose et non pas de l'éliminer…
Steven Miller et Jack Gerson 10 mars 2008 Table ronde sur l'Education
Article en anglais sur Global Research
Introduction et traduction Mireille Delamarre pour www.planetenonviolence.org
18:19 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : usa, éducation, école, publique, privatisation
12.05.2008
Lettre ouverte à Monsieur Xavier Darcos,
Monsieur,
C’est moi qui vous ai abordé hier lors de votre visite du château de Turenne, en Corrèze, en compagnie de votre famille et de vos amis. Vous sembliez si proche, si commun, si comme tout le monde, en jean et chemisette, que vous n’aviez pas l’air d’un ministre mais d’un Français comme beaucoup d’autres, profitant d’un week-end à rallonge. Je vous ai presque trouvé l’air sympathique.
Mais je ne pouvais pas ignorer à quelle politique vous participez et je me devais donc de vous faire part de mon sentiment, puisque je vous tenais, là à porter de la main, si j’ose dire, et qu’il est si facile de vous critiquer sur les blogs et les forums ; je ne serais donc pas capable de vous dire en face ce que je pense ? J’aurais regretté toute ma vie de ne pas vous avoir fait part de mes sentiments.
Vous agissez en comptable, rien de plus, rien de mieux. Vous travaillez sur de l’humain et, en sabrant les postes d’enseignants, vous plongez de nombreux professeurs dans de grandes difficultés, alors que leur métier, dont je suis, est déjà suffisamment difficile comme ça ; comment assurer correctement sa mission quand la charge de travail ne cesse d’augmenter face à des classes souvent surchargées et très difficiles à « tenir » ? Quand un professeur de maths n’est pas remplacé, il faut que les classes dont il assurait les heures soient « dispatchées » sur les autres disciplines, ce qui fait que les cours des collègues sont de plus en plus chargés en effectif (je vous suggère d’ailleurs, Monsieur le Ministre, la lecture de cet article totalement pertinent et qui explique dans le détail les effets pervers de la politique que vous mettez en œuvre). Nous sommes loin de constater dans nos classes la baisse d’effectifs que vous ne cessez de nous seriner ! Moralité, faire cours, en particulier en langue, avec des classes de collège de plus de 30 élèves devient mission impossible le plus souvent… Et qui trinque, au bout du compte ? Les enfants, Monsieur Darcos, les enfants dont vous devriez pourtant vous soucier davantage. Hier, vous étiez confortablement en vacances avec votre famille, avec votre fils, mais vous devriez penser davantage aux enfants des classes sociales défavorisées qui n’ont pas la chance de visiter la France par une belle journée ensoleillée, et qui voient leur avenir fortement compromis par des « réformes », qui n’ont de réforme que le nom, vu qu’elle ne visent pas à améliorer les choses mais qu’elles les détériorent. Votre réforme du primaire n’est qu’un leurre : vous voulez remettre au goût du jour une vieille idéologie, alors que l’Education Nationale se meurt des idéologies depuis trop longtemps. Vous sabrez les heures dans le primaire : comment pouvez-vous prétendre améliorer le niveau scolaire des enfants ? Vous ne ferez pas mieux que vos prédécesseurs et je crains même que vous ne fassiez pire, au vu de l’équipe gouvernementale à laquelle vous appartenez.
Comme je vous l’ai dit hier au terme d’un échange très court, « vous faites beaucoup de mal à l’Education, Monsieur le Ministre ». J’espère que vous avez passé une bonne journée et que mon intervention inopinée au milieu de votre charmante visite dominicale ne vous aura pas gâché votre plaisir… Je ne me fais pas beaucoup de souci sur ce point.
21:42 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : darcos, éducation, réforme, suppression, primaire, collèges
08.05.2008
La droite par son autisme fait le jeu des jeunes les plus radicaux :
Vers 11 h 30, le cordon de policiers positionné devant le rectorat est pris pour cible par des manifestants, sous les yeux des journalistes présents: jets de pierres et de canettes de bière. Dans les minutes qui suivent, les forces de l'ordre tirent les sommations d'usage sous les grondements d'indignation de la majorité des manifestants placés à l'arrière: eux ignorent que les policiers sont, à cet instant précis, bombardés par quelques dizaines de personnes.
Un blessé secouru par les sapeurs - pompiers
À 11 h 40, constatant que les projectiles pleuvent toujours, les forces de l'ordre lancent trois grenades lacrymogènes dans les rangs des manifestants. Dans le même temps, des policiers en civil interpellent deux jeunes gens suspectés d'être des lanceurs de pierres. Ils seront placés en garde à vue au commissariat central de Grenoble, lieu où ils se trouvaient toujours hier en début de soirée. Dans la mêlée, un jeune manifestant est blessé au visage par un projectile non identifié. Atteint à une arcade sourcilière, il sera secouru par les sapeurs-pompiers et brièvement hospitalisé. Vers midi, la foule se disperse et évacue peu à peu la place Bir-Hakeim.
Mais pour la frange la plus dure des protestataires, cette fin de manif' a comme un goût d'inachevé. Alors, vers 16 heures, un nouveau cortège se forme, composé d'environ 150 personnes, et progresse vers l'avenue Alsace-Lorraine dans le but d'envahir la gare SNCF. Une trentaine de policiers de la Sécurité publique leur barre la route et tire deux cartouches de gaz lacrymogène pour les stopper. Après une demi-heure de face à face tendu et d'interruption du trafic des tramways, policiers et protestataires quittent les lieux...
Denis MASLIAH et Vanessa LAIME - Le Dauphiné Libéré
22:28 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : lycéens, manifestations, darcos, suppressions, postes, éducation
17.04.2008
Web et SMS: les armes de la mobilisation lycéenne
SMS pour la réactivité, vidéos pour la médiatisation et surtout blogs pour l'organisation: les lycéens mobilisés contre les suppressions de postes ont bien compris l'intérêt du web.
«Si des casseurs veulent profiter du blocus pour foutre le bordel dans le lycée, pas de problème, on s'envoit des textos et dans la demi-heure tous les lycéens du coin se ramèneront pour leur faire barrage», s'exclamait un lycéen de Cergy lors de la dernière manifestation mardi à Paris contre les suppressions de postes dans l'Education.
Un autre, venu de Gagny: «On bloquait tranquillement le bahut et les flics nous ont balancé des gaz lacrymos et des coups de matraque. On a tout raconté sur notre blog.» Deux commentaires parmi d'autres, révélateurs de la place que prennent dans le mouvement les portables et internet, déjà incontournables lors du mouvement anti-CPE.
Première arme, les SMS. Imparable pour prévenir en un temps record un maximum de personnes des actions en cours. Marouane Zaki, du syndicat lycéen la Fidl: «On prend contact dans les manifs avec les leaders de chaque lycée. Quand on veut les prévenir d'une action, comme mercredi quand on a bloqué la place de la Bastille, on envoit des milliers de SMS d'un coup à tous ces numéros via internet. Le bouche-à-oreille fait le reste.»
Lancés par des lycéens ou des enseignants, des dizaines de blogs servent de carnet de bord à la mobilisation. Hébergés pour la plupart sur la plate-forme Skyrock, leurs noms annoncent la couleur: «hécatombe à Jean-Macé», «génération révolte», «tous ensemble agissons»... Le vote des blocus, les rendez-vous pour les départs aux manifs ou les sit-in devant le rectorat, l'organisation du service d'ordre, les comptes-rendus d'AG ou qui apporte quoi pour le barbecue les soirs de blocage: tout y est consigné dans les moindres détails et débattu chaque jour.
«Un gros plus pour l'organisation»
Exemple, le blog «le point sur Fustel». Une présentation rouge et noire et une citation en exergue, «Bâtissez une école et vous fermerez une prison» (Victor Hugo): le ton est donné. C'est Adrien, un lycéen de 1ère S à Fustel-du-coulanges (Essonne) qui a créé le blog il y a deux semaines avec un ami. «Je me demande vraiment comment ils faisaient il y a 15 ou 20 ans, s'étonne-t-il. C'est un gros plus pour l'organisation.» Aujourd'hui, il compte lancer un portail consacré à la mobilisation dans toute l'Essonne: «Ça nous offre une super visibilité auprès des profs, mais aussi des autres syndicats. Grâce à ça, j'ai même eu des contacts avec le parti socialiste.»
Fort de son succès -de 100 à 150 visites par jour- le lycéen a mis en place un autre portail (fustelendeuil.skyrock). Pour lui, Internet, ce n'est pas seulement plus d'organisation, c'est aussi plus de démocratie: «Au lieu de prendre des décisions à quatre ou cinq en AG, on en discute sur le web via les commentaires.» Le lycéen passe trois heures minimum par jour à mettre à jour les sites. Mais ce qui lui plaît, c'est la convivialité du net: «Le soir des manifs, on peut regarder toutes les photos de la journée. Je suis sûre que la mobilisation est plus forte grâce à Internet.»
Pour Florent, en terminale S au lycée Sonia-Delaunay de Villepreux (Yvelines) et l'un des créateurs en février du blog «sonia en colère», l'intérêt est organisationnel mais surtout médiatique: «Le blog permet de montrer ce qu'on fait aux médias nationaux et non plus seulement locaux. Les lycéens qui hésitent à s'engager peuvent aussi voir qu'on crée quelque chose de solide.». Seul regret: «Les commentaires parfois peu constructifs qui n'incitent pas au débat.»
Autre exemple, le blog du lycée Gustave-Eiffel à Gagny, créé par un élève de 1ère au lendemain d'un blocage tendu le 29 mars. En plus du fil principal sur l'actualité du mouvement, largement commenté et actualisé chaque jour, deux autres espaces ont ouvert: un forum, où l'on débat ferme entre bloqueurs et anti-bloqueurs, et un blog de cours en ligne, alimenté par «les professeurs volontaires» pour permettre aux jeunes manifestants de ne pas trop perdre pied à l'approche du bac.
On y trouve aussi dans les commentaires des appels à l'aide comme celui de ce lycéen de Goussainville: «Bonjour, ça fait plusieurs semaines que j'essaie de mobiliser mon lycée mais ça ne prend pas, j'aurais besoin de conseils svp»
Tous ces blogs se renvoient les uns vers les autres ou sont référencés sur des sites comme celui du syndicat enseignant de la FSU, «Bahuts en lutte».
Vidéos et parodies
Autre plate-forme pour se tenir au courant entre lycéens et surtout pour afficher son soutien: Facebook. Il s'y crée des groupes comme «la fédération des bloqueurs invétérés», «bloqueurs et fiers», ou «Wanted: rendez-nous nos profs», le groupe de la Fidl.
Les lycéens, enfin, investissent Youtube et Dailymotion, avec l'idée qu'une vidéo percutante qui fera parler d'elle aura toujours plus d'impact que quelques tracts dans une manif. Parmi celles ayant obtenu un joli buzz, la série «sauvons nos options» par des élèves du lycée Bellevue d'Albi (qui ont également créé un site): ambiance très veillée funèbre avec un fossoyeur nommé Darcos. Ou «opération 77-227», parodie d'une célèbre pub pour un opérateur de renseignements téléphoniques (shorts, perruques et «toutouyoutou»). Des élèves et enseignants du lycée Emily-Brontë à Lognes y dénoncent les 227 suppressions de postes dans les lycées généraux de Seine-et-Marne (77) :
18:44 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : lycéens, manifs, éducation, darcos, suppressions
30.03.2008
Un lycée débloqué à coup de gaz lacrymogènes
Samedi, au lycée Gustave Eiffel de Gagny, en Seine Saint-Denis, des lycéens ont organisé un blocus de leur établissement, pour protester contre la suppression de postes de professeurs. Les CRS ont brisé leur action, en recourant à des gaz lacrymogènes. Les lycéens dénoncent d'autres violences. Sur cette vidéo, la personne qui s'interpose les bras écartés devant les Brigades départementales est un professeur:
Autre vidéo, montrant le tir de lacrymogènes dans le lycée
Voici le témoignage d'un enseignant présent ce samedi matin, M. Martin:
"Ce matin, vers 7h30, quelques élèves ont démarré un blocus du lycée. Le nombre d'élèves massés chemin de la Renardière a augmenté jusqu'à 8h30. Ce blocus laissait, plus ou moins, passer les professeurs et les élèves souhaitant aller en cours. Des policiers de la ville de Gagny étaient présents. Vers 8h45, des professeurs ont pu discuter avec les élèves, leur proposant la tenue d'une AG lundi.
Vers 9h15, une deuxième brigade est arrivée (brigade départementale de sécurité). Ces policiers étaient casqués, armés (flash-ball et gaz lacrymogène). Ils ont directement chargé, en remontant le chemin de la Renardière afin de dissoudre le blocus ce qui a entraîné un mouvement de panique des élèves refluant vers le lycée. Il y a eu plusieurs allers et retours, plusieurs charges consécutives. De nombreux élèves ont été aspergés de gaz, un professeur a été molesté, des élèves ont reçu des flash-ball. Les pompiers ont dû intervenir. Un élève a été arrêté.
Tout ce ceci en dépit de la présence du proviseur et de quelques professeurs qui se sont interposés pour calmer la situation; ce qui était difficile compte-tenu de la violence des propos tenus par les membres de la brigade.
Vers 10h00, des professeurs ont réussi à convaincre les élèves de tous rentrer dans le lycée, tandis que la brigade se retirait. Une AG s'est tenue, sur les marches de l'escalier, à la suite de laquelle les élèves sont rentrés chez eux. Tous les présents ont été particulièrement choqués par la violence de cette répression injustifiée.
Les professeurs se sont réunis, en présence de quelques parents et élèves. Il a été décidé que les professeurs soient présents et se réunissent au lycée lundi dès 7h30. Des parents seront présents aussi.
M. le maire (et un adjoint) ainsi que l'inspecteur d'académie sont arrivés au lycée. La réunion s'est poursuivie en leur présence. A l'issue de cette réunion M. le proviseur et M. le proviseur adjoint se rendaient au commissariat pour récupérer notre élève."
18:16 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : éducation, lycée, seine saint-denis, gagny, darcos, gouvernement, crs
26.03.2008
Au lycée Bergson, «on se met en quatre pour les élèves, et on nous met des bâtons dans les roues»
Face aux suppressions de postes annoncées pour la rentrée, la mobilisation se poursuit dans les lycées. Exemple à Paris, dans le XIXe arrondissement.
A Bergson, le verdict est tombé en janvier: treize postes en moins, soit la suppression de deux classes de seconde (sur sept) et d'une des deux classes de terminale S. Un coup dur pour cet établissement réputé difficile, le seul lycée général du 19e arrondissement. L'équipe redoute précisément que la perte de plusieurs classes, en supprimant à terme des filières, ne conduise à la transformation des lieux en un énième lycée technique. Et de soupçonner le rectorat de vouloir «fragiliser certains établissements pour y faire passe les suppressions de postes comme une fatalité».
A Bergson, 450 élèves, 48% de réussite au bac, on fait souvent son lycée en quatre ans plutôt que trois, personne ne s'en cache. «C'est justement parce que nos élèves sont en difficulté et qu'ils ne sont pas aidés que nous avons besoin de les accueillir dans de bonnes conditions, dans des classes de 25, et en maintenant suffisamment de terminales», plaide Philippe Toury, qui enseigne la physique.
«Certes, dans la mesure où nous sommes moins attractifs que d'autres lycées du secteur, nos effectifs diminuent, reconnaît Florence Etesse, la prof de lettres. Mais de là à supprimer plusieurs classes... L'année prochaine, nous n'aurons qu'une seule terminale S, à 35 élèves. Ce qui veut dire que nous ne pourrons pas y accueillir à la fois les élèves de première et les redoublants de terminale. Comme les autres lycées sont déjà surchargés, je ne sais pas où ils vont se retrouver.»
Zina Medkouri, la prof d'anglais, voit son poste supprimé après seulement un an passé dans l'établissement. «C'est frustant, on se met en quatre, on s'investit pour que ces jeunes ne finissent pas dans la rue, et on nous met des bâtons dans les roues...»
«Le seul lycée général du coin»
Mis à part le soutien de la mairie et de la FCPE (fédération de parents d'élèves), l'équipe peine à mobiliser. Les parents d'élèves «travaillent trop pour avoir le temps de nous rejoindre», quant aux élèves eux-mêmes ils sont «mal informés», ont «d'autres préoccupations».
Si ailleurs les lycéens battent le pavé aux côtés de leurs profs, ici les quelques élèves regroupés sur le trottoir sont plutôt du genre fatalistes. Clémentine, en terminale ES, se demande «à quoi ça sert d'aller manifester», puisque «ici c'est le lycée le plus pourri de Paris, personne n'a choisit d'y venir. Enfin personne à part les profs». Le ton est donné.
Mehdi, dans la même classe, croit même savoir que «le lycée va fermer dans quelques années, on peut rien y faire». Ce qui tracasse tout de même le petit groupe: «C'est quand même le seul lycée général du coin. S'ils le ferment, ils vont aller où les prochains?» Mais quand à 10 heures les enseignants prennent la direction du ministère, sous les yeux apathiques de leurs élèves, il n'y a guère qu'une lycéenne pour leur lancer un «bonne chance!».
14:25 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : éducation, darcos, gouvernement
19.03.2008
Créationnisme et homophobie s'invitent au lycée
Par Gaëlle Pialot (Etudiante en journalisme) - RUE89 Le prosélytisme religieux s'invite dans les bibliothèques des lycées. Avec à chaque fois, de beaux et volumineux manuels envoyés gratuitement aux responsables d'établissements scolaires. Dernier exemple en date, "Homme et femme, Il les créa". Une compilation de textes, expédiée aux établissements scolaires le mois dernier. Ce livre, dont le titre rend hommage à un ouvrage de Jean-Paul II, s'élève contre "la propagande pour le mariage et l'adoption homosexuels".
Parmi les auteurs, un certain Christian Vanneste. Député du Nord, ex UMP, qui fût exclu de son parti et condamné en justice pour avoir tenu des propos homophobes ("l'homosexualité est une menace pour la survie de l'humanité"). Et Tony Anatrella, prête et psychiatre, membre du conseil pontifical pour la famille, également connu pour ses dérapages verbaux sur l'homosexualité.
Sur son site, l'éditeur, l'obscur académie d'éducation et d'études sociales (AES), explique sa démarche:
"Notre société a perdu ses repères. La libération de la femme n’a pas supprimé le drame des avortements. Les homosexuels revendiquent un mariage que les couples délaissent (...) Certains affirment que la différence entre homme et femme est surtout d’ordre culturel. Aurions-nous vraiment inventé cette différence ? Faut-il alors la gommer ? Faut-il vraiment donner la même éducation aux filles et aux garçons? (...) Ce sont des questions dont on ose à peine parler aujourd’hui, tant la pression de certains groupes et des médias est forte "
Selon AEF, une agence de presse spécialisée dans l'éducation, 400 à 500 exemplaires auraient été envoyés aux établissements scolaires.
Pratique "malhonnête"
"Je l'ai reçu la veille des vacances de février", explique Jean-Pierre Hennuyer, documentaliste au Lycée Henri Wallon à Aubervilliers, et délégué SNES. "C'est un procédé inhabituel. Ordinairement, ce sont les documentalistes qui commandent les livres. Mais quelques fois, les responsables d'établissement recoivent certains ouvrages gratuitement, par la poste".
Avec les vacances scolaires, le livre est d'abord passé inapercu dans le milieu enseignant. Mais dès la rentrée, plusieurs documentalistes ont averti leurs pairs à travers des listes de diffusion. "Une collègue lilloise a appelé à la vigilance avec ce bouquin homophobe. Très vite des centaines de confrères ont réagi sur le net, ils étaient choqués. C'est une manière viscieuse de faire rentrer ce type d'ouvrage dans un établissement scolaire publique et laïque, c'est malhonnête".
Prosélytisme masqué
En février 2007, un livre avait déjà fait scandale. L'"Atlas de la création" d'Harun Yahya. Un "atlas", autant dire l'appelation stratégique pour avancer masqué et se faire une place au chaud entre deux manuels scolaires, dans le CDI du lycée.
Derrière ses faux-semblants pédagogiques, L' "Atlas de la création" livre une théorie étayée du néocréationnisme musulman. Il a avait été envoyé par milliers aux responsables de collèges et de lycées. Le ministère de l'Education nationale avait immédiatement mis en garde les établissements scolaires contre cet ouvrage dont le contenu "ne correspond pas aux programmes".
Rappelons que tous les livres autorisés dans les centres de documentation du second degré doivent disposer d'un agrément officiel. Ce n'est pas le cas de ce nouveau livre qui indigne les responsables d'établissements. Bien que l'étendue de sa diffusion n'ait rien de comparable avec le livre d'Harun Yahya, le ministère de l'éducation nationale appelle à la vigilance.
Voir aussi cet article
20:59 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : créationnisme, vanneste, éducation




