03.06.2008

Ni vierges ni Soumises: la pétition de Ni Putes Ni Soumises

661287509.jpgPar L'équipe NPNS
     
Parce qu’elle n’était pas vierge, son mariage a été annulé par le tribunal de Téhéran? De Kaboul ? NON !! Par le tribunal de Grande Instance de Lille. Le verdict est tombé comme une fatwa contre la liberté des femmes de France. L’appel par le parquet de Douai est une première victoire, mais la bataille est loin d’être gagnée.
 
Le tribunal a reconnu la virginité comme une qualité essentielle d‘une femme pour valider un mariage.

Cette décision est une véritable régression qui va à l’encontre de l’évolution des moeurs et de nos principes républicains. En donnant raison à cet homme, on donne raison aux bourreaux de notre féminité, aux barreaux de notre liberté ! Même si incontestablement la justice de notre pays est indépendante et souveraine, il n’en demeure pas moins que le débat est lui aussi libre et indépendant.

L’écrasante condamnation de cette jeune fille, s’inscrit dans un contexte social, et condamne avec elle des millions de jeunes filles qui, rappelons le, vivent en permanence sous la pression et le poids des traditions patriarcales.

Pourtant Ni Putes ni Soumises alerte depuis 5 ans sur les situations dramatiques que vivent les femmes dans nos quartiers populaires et bien au delà.

Combien faudra-t-il de Sohanne, Samira, Chahrazad, pour qu’enfin la justice protège toutes les femmes ? Toutes ces femmes victimes de l’obscurantisme ?

Nous nous sommes accrochés à la Laïcité, à la liberté, à l’égalité, à la mixité. Loin d’être des notions abstraites, ces valeurs sont le véritable moteur de notre émancipation. Partout en Europe, Fathy en Belgique, Souad en Italie, Amineh en Suède, ont reprit ces valeurs sous la bannière Ni Putes Ni Soumises. Car pour nous c’est une question de survie. C’est le sens de notre engagement féministe.

Combien de jeunes adolescentes vont jusqu’au suicide à cause d’un simple flirt, ou subissent des représailles pour avoir parlé à un garçon ou d’avoir lâcher ses cheveux ? Mais personne ne semble se soucier de ces femmes qui s’inquiètent et souffrent en silence !

Nous qui nous sommes battues pour notre émancipation, qui luttons encore pour avoir le droit de jouir de notre corps. Quelle illusion ! Nous pensions que la justice s’était rangée de notre côté: celui du progrès et du droit des femmes! En fait, non. Elle se fait l’écho des traditions archaïques.

Cette décision sonne comme le glas pour toutes les femmes qui se battent en Inde, en Iran, au Pakistan au Maroc, en Algérie et ailleurs, contre la lapidation, les crimes dit d’honneur. Pour la défense d’une laïcité, véritable vecteur de l’émancipation des femmes et de la démocratie.

Nous appelons tous les défenseurs du droit des femmes à se mobiliser. Rassemblons-nous afin que les acquis des luttes féministes profitent à toutes les citoyennes et citoyens. La Justice française ne peut cautionner une décision aussi régressive et humiliante pour les femmes. Il faut au plus vite que les législateurs rétablissent cette faille de la loi, car nous marchons à grand pas vers une sacralisation du communautarisme.

Légitimer la répudiation, l’excision, les crimes dit d’honneurs, les mariages forcées : voilà les dangers à long terme !

Méfions-nous de tout ce qui peut nous faire glisser vers une “justice à la carte” où chacun pourra choisir son menu selon ses coutumes, sa religion, sa philosophie. Et tout ça, au détriment de l’égalité et du droit des femmes.

Cliquez ici pour signer la pétition en ligne:

http://www.niputesnisoumises.com/actualite.php?numactu=191

Universités: le contre-exemple autralien

730233876.jpg«Faire payer les étudiants n’est pas forcément un moyen d’augmenter les moyens matériels des universités, analyse Naomi Toth, cela transfère le coût du financement de la société à l’individu, ce qui rend les cursus universitaires beaucoup plus chers». Australienne, enseignante d’anglais, doctorante en littérature comparée (université Charles-de-Gaulle - Lille 3), la chercheuse s’indigne de l’utilisation de l’exemple australien dans le débat sur la réforme de l’université.

Naomi Toth. «Dans les débats sur l’université, les systèmes étrangers sont souvent sollicités pour fournir modèles et exemples. Le cas de l’Australie a été invoqué par l’économiste Eric Maurin (Libération du 13 mai) pour soutenir l’idée d’une augmentation des frais de scolarité, avec l’instauration d’un système de remboursement différé de leurs études par les étudiants, tel qu’il est pratiqué là-bas depuis bientôt vingt ans. Le mérite du système australien serait de fournir plus de moyens aux universités.

En réalité, une fois réinstaurés des frais de scolarité importants (modiques auparavant) par le gouvernement travailliste en 1989, le désengagement de l’Etat en matière de financement des universités n’a cessé de s’accroître. Entre 1996 et 2007, période qui a connu une très forte augmentation du montant des frais de scolarité, la part de financement de l’Etat a diminué de 57% à 41% en moyenne. On observe la même tendance en Nouvelle-Zélande et en Angleterre, où des systèmes similaires ont été établis. Faire payer les étudiants n’est pas donc forcément un moyen d’augmenter les moyens matériels des universités. Il transfère le coût du financement de la société à l’individu, ce qui rend les cursus universitaires beaucoup plus chers pour les étudiants sans que leur qualité en soit pour autant nécessairement améliorée.

Selon Eric Maurin, les inégalités n’auraient pas été exacerbées après l’établissement des frais de scolarité. Pourtant, en Australie, les étudiants issus des milieux défavorisés ne peuvent accéder à l’enseignement supérieur sans surmonter d’importants obstacles pécuniaires. Cette difficulté a été l’un des enjeux importants des élections de novembre 2007. Kevin Rudd, le nouveau Premier ministre, a estimé qu’environ 100 000 étudiants ont été exclus du supérieur pour raisons financières depuis 2003. Une étude édifiante menée par les présidents d’universités australiennes, publiée en 2007, montre qu’en plus des dettes accumulées pour frais de scolarité, 25% des étudiants australiens sont obligés de prendre des emprunts pour financer leur vie pendant leurs études. Ces moyens ne permettant même pas, pour près de la moitié d’entre eux, de sortir d’une situation financière difficile.

Les plus touchés par ces emprunts sont justement les étudiants des milieux défavorisés, notamment les femmes et les étudiants d’origine aborigène. 70 % des étudiants accumulent les petits boulots durant leurs études, travaillant en moyenne quinze heures par semaine, et 40 % reconnaissent que ce travail nuit à leurs études. Les présidents d’universités australiennes ont déploré publiquement le manque de conditions propices à la poursuite des études pour une importante partie de la population étudiante. En outre, si un étudiant est en mesure de payer ses frais de scolarité au moment de son inscription, il bénéficie d’un rabais d’entre 20 et 25%. Disposition qui avantage largement les plus favorisés.

Pour donner une idée plus concrète de la taille de la dette contractée, il faut rappeler le montant des frais annuels : plafonnés de 4 899 à 8 070 dollars australiens (3 000 à 5 000 euros) selon les filières. D’autres places sont aussi proposées à des tarifs trois à quatre fois plus chers pour le même cursus, avec, souvent, des critères différents d’admissibilité. Pour Eric Maurin, un tel système reste toutefois préférable car plus "juste" : le contribuable participant moins au financement des études et l’étudiant, qui en serait le principal bénéficiaire, payant plus.

La conception de l’éducation qui en découle mérite d’être débattue. On peut penser que l’éducation et la recherche ne sont pas des marchandises comme les autres, dont les bénéfices sont principalement à mesurer en termes financiers. Que ces bénéfices sont retirés par toute une société, et non pas par le seul diplômé. Par ailleurs, faire payer les études par les étudiants change le rapport entre professeur et étudiant, qui est fondamental à toute pratique pédagogique, rendant plus floue la différence entre étudiant et client. Cela influe sur le contenu, le format, le "packaging" des cours, les taux d’échec, ou la part considérable du budget consacrée au marketing pour ne citer que quelques-unes des conséquences.»

Réalisé par KARL LASKE - le Contre-Journal

13% de chômeurs aux Etats-Unis ! Qui le sait ?

tendancies - flickr - cc

Le secret des Etats-Unis pour avoir de faibles taux de chômage - officiellement 5% ? Décourager plus de la moitié des chômeurs de s'inscrire. Y a pas à dire, le modèle anglo-saxon est vraiment inventif… 

Combien y-a-t-il de chômeurs aux Etats-Unis ? Officiellement 5% en avril contre 5,1% en mars. Voilà de quoi émerveiller tous ceux qui, en France, font régulièrement l'éloge du modèle anglo-saxon, tellement plus flexible et réactif que notre bonne vieille économie européenne. Ouvrons donc nos écoutilles : dans quelques jours, il ne manquera pas d'idiots utiles du néolibralisme pour s'esbaudir de ce que, malgré la crise des subprimes, le chômage reste à un « niveau historiquement bas » aux Etats-Unis.
 
Oui mais voilà, à côté des statistiques, il y a la vraie vie. Et si l'on comptabilise non pas les citoyens américains inscrits au chômage mais ceux qui ne travaillent pas alors qu'ils sont en âge de le faire, le ratio est de 13,1%. C'est le site libertés Internet qui révèle le pot aux roses :
«Selon les statistiques calculées par John Williams - une des principales sources de données économiques objectives - si l'on tenait compte des travailleurs découragés, le véritable taux de chômage d'avril est passé à 13,1%, en hausse par rapport aux 13,0% de mars.»
Donc, le vrai chiffre du chômage aux Etats Unis représente plus du double des statistiques officielles ! En France, l'hebdomadaire Marianne publie chaque mois un baromètre des vrais chiffres du chômage, qui lui aussi est très décalé par rapport aux statistiques officielles du Ministère du Travail. Dans d'autres pays, comme la Grande Bretagne ou les Pays Bas, un revenu universel permet d'éliminer durablement une grosse partie des personnes exclues du marché du travail. Ce qui a permis aux experts puis à des hommes politiques comme Nicolas Sarkozy durant sa campagne de 2007, de proclamer que ces pays connaissaient le plein emploi et que nous étions en retard d'une guerre dans ce domaine…
 
Marianne2.fr 

Des journées bien remplies pour Rachida Dati :


02.06.2008

Fode Diarra expulsé !

1889966144.2.jpgFode a été placé dans un avion pour Bamako, les poignets menottés et les chevilles entravées, ce samedi 31 mai peu avant 16 heures. Les pouvoirs publics, craignant notre solidarité, l'ont emmené vers l'aéroport au tout dernier moment, sans qu'il en soit averti. Il est donc reparti sans avoir pu revoir sa compagne, ses enfants, les embrasser, les serrer dans ses bras. Même ce dernier droit lui aura été refusé.

Il est de ce fait arrivé à Bamako les poches vides. Nous avions heureusement immédiatement alerté l'Association des Maliens Expulsés (AME) qui a pu l'accueillir à la descente de l'avion et le mener au village de son grand-père où se trouve désormais Fode, totalement démuni et loin des siens.

Nous l'avons joint ce matin, il remercie du fond du coeur toutes celles et ceux qui ont manifesté avec une telle force leur solidarité depuis son arrestation, le 2 mai dernier.

Nous avons appris son départ pour l'aéroport quelques minutes avant notre rassemblement de ce samedi, face à la mairie de Beauvais. Du coup, ce rassemblement s'est transformé en un incroyable moment d'émotion, de colère mais de fraternité aussi. Tour à tour, des parents d'élèves, des enseignants, des citoyens, des élus..., beaucoup en larmes, sont venus dire leur stupéfaction et leur incompréhension. Comment les responsables de l'Etat, nous n'osons dire de la République car ils ne peuvent prétendre représenter la République, osent-ils ainsi bafouer et trahir nos valeurs les plus fondamentales, les droits des personnes et des enfants ? Comment peuvent-ils mépriser à ce point les habitants d'un quartier, si souvent stigmatisés, faisant preuve d'un élan citoyen et solidaire si exemplaire ?
Un professeur d'une Ecole Supérieure d'agriculture est encore venu nous dire combien ces décisions brutales relevaient d'une vision étriquée et dépassée du monde.

Notre rencontre de la veille en préfecture prenait alors un goût bien plus amer encore: puisque tout était d'ores et déjà décidé, programmé, planifié... mieux aurait encore valu ne pas nous recevoir, ne pas nous faire participer à cette mascarade à laquelle, pour notre part, nous sommes venus avec toute notre sincérité pour expliquer, convaincre... deux représentantes du préfet qui nous ont reçus non pas pour nous écouter mais "... parce ce que vous l'avez demandé". (propos de Mme la secrétaire générale de la préfecture).
Il ne fait pas de doute que l'Histoire jugera très sévèrement l'époque que nous vivons et ceux qui prennent la lourde responsabilité d'une telle politique et de sa mise en oeuvre.

Apprenant qu'un autre de nos amis, Amadou Samba AW avait été arrêté la veille, après un contrôle d'identité au faciès de plus, les manifestants (près de 200 personnes) ont décidé de se rendre au commissariat de Beauvais en signe de protestation. Malheureusement Amadou Samba avait été emmené quelques minutes plus tôt au centre de rétention de Oissel, près de Rouen.
Amadou Samba est un réfugié mauritanien débouté du droit d'asile. Il est l'un de ceux qui nous avaient tant régalés lors de notre colloque du 24 mai sur les "Migrations humaines". C'est lui qui avait préparé ce somptueux couscous.

Nous l'avons joint lui aussi ce matin: il est resté au commissariat de 21 heures (le vendredi soir) à 16 heures (le samedi), sur une chaise, sans qu'on lui donne rien à manger! Devant ce sinistre commissariat beauvaisien, un camarade a raconté ce récit rapporté par Rika Zaraï :

sa maman étant enfant juive en Ukraine, l'accès à l'Université lui était interdit. Elle a pu poursuivre ses études grâce à un faux certificat de baptême. Quelques temps plus tard, ce faux document fut découvert et elle fut chassée de l'Université. Il n'y eut aucun étudiant pour protester. Pas un seul ! Toute sa vie aurait été différente s'il y avait eu une seule personne pour ne pas accepter. Elle devint non-voyante quelques temps plus tard. L'histoire dit même qu'elle serait devenue aveugle pour ne plus voir ce monde où un tel outrage avait pu s'accomplir dans le silence.

Au moins l'expulsion de Fode ne se sera pas faite sans de très vives protestations.
De cela, nous pouvons être fiers.
Même si nous sommes aujourd'hui sonnés, abattus, vaincus, au moins avons-nous, pour notre part, la tête haute. Nous pouvons nous regarder dans la glace. Nous sommes l'humanité face à la brutalité, la République face à l'autoritarisme et la fraternité face à la xénophobie.

Nous ne baissons pas les bras pour autant, notre lutte se poursuivra avec plus d'énergie encore. Notre tâche immédiate est d'entourer Sangoutou et ses enfants de tout notre soutien et de tout faire pour empêcher l'expulsion d'Amadou Samba.
Et dès hier, a débuté notre combat suivant, celui pour obtenir le retour dès que possible de Fode. Fode retrouvera bientôt les siens, dans ce pays qu'il a choisi, pays des Droits de l'Homme si blessé et trahi en ces jours.

Il est important également que chacun dise au préfet de l'Oise son écoeurement (dans la limite de la correction, uniquement pour éviter un procès dont nous n'avons pas les moyens).

• Jean-Michel Bavard (RESF Oise) •

Dear Mr. President...

Entre l’école des marchands et l’École des pédagogues : quelle École voulons-nous ?

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Sur le site de Philippe Meirieu :

Après les coups médiatiques sur Guy Môquet, la Shoah et l’esclavage, ils se demandent ce que le président de la République va bien pouvoir inventer : une journée Clovis dans les maternelles, la lecture obligatoire des attendus du procès de Louis XVI à l’entrée au collège, la récitation du discours de Lamartine sur le drapeau français en seconde, un hommage obligatoire à Louis Papin dans tous les lycées professionnels ? Rien de cela, d’ailleurs, ne serait totalement absurde ! Mais cette juxtaposition n’aurait d’autre sens que de faire croire à la possibilité d’une éducation réduite à des commémorations. Comme si l’inscription dans une histoire et l’enracinement dans une tradition porteuse d’avenir pouvaient se réduire à des injonctions ! Il faut un vrai travail pédagogique en profondeur qui ressaisisse tout cela, fasse émerger les valeurs fondatrices et les relie avec ce qui se vit dans la classe. Il faut des professeurs qui puissent incarner, dans les exigences quotidiennes de l’École, un rapport exigeant à la justice, à la vérité, à la résistance aux préjugés. Il faut des adultes qui tiennent parole dans des établissements à taille humaine, avec des institutions lisibles et équitables : loin des coagulations d’élèves indifférenciés qui errent dans des couloirs anonymes, voient fondre sur eux des orientations trop prévisibles et ne rencontrent que des interlocuteurs si occupés à remplir des enquêtes administratives qu’ils n’ont plus de temps pour les écouter…

Mais, nous dit-on, on y travaille. Et, effectivement, la réformite est à l’œuvre. Après la suppression progressive de la carte scolaire, après l’amputation de deux heures de la semaine scolaire et « le recentrage sur les fondamentaux » à l’école primaire, après la publication annoncée des résultats des évaluations des écoles sur Internet dès la prochaine rentrée, après l’annonce de la mise en place d’un « lycée à la carte » et de la suppression de l’année de formation professionnelle des enseignants, après la création d’une agence de remplacement des enseignants faisant appel à des personnels non fonctionnaires, on se demande bien ce que le ministre va encore inventer ! Mais rassurons-nous, le collège qui, nous dit-on au ministère, va très bien, ne risque pas d’être touché : la gare de triage continuera à fonctionner avec la même efficacité ! Un bon tiers des élèves continuera à s’y perdre dans les dix-huit premiers mois, incapables de s’y repérer, d’organiser leur travail, de préparer leur avenir…

« Maintenir le cap des réformes » fonctionne ainsi aujourd’hui comme une formule magique, permettant de donner aux Français le sentiment qu’on s’occupe de leur École. Certes, on s’en occupe, et de manière systématique. Mais comment ? En inscrivant cette École dans la logique marchande dont il faut tenter de comprendre le fonctionnement.

Le principe : on améliore la qualité de l’éducation en mettant en concurrence les acteurs – professeurs et cadres éducatifs –, les établissements – du premier et du second degré, au sein de l’enseignement public comme entre l’enseignement public et l’enseignement privé – et les institutions – l’Éducation nationale, les collectivités territoriales, les associations.

La conséquence : l’État n’a pas à garantir la qualité du service public, mais doit se contenter de faire jouer les rivalités. Ce qu’on nous présente ici comme le fin du fin de la modernité n’est, en réalité, que le ripolinage de la vieille formule de Mandeville (1670-1733) dans la Fable des abeilles : « Les vices privés font les vertus publiques ».

La méthode : pour accorder le vieux libéralisme à la montée des individualismes, le pouvoir politique doit développer une technocratie évaluative. Il faut fixer des standards, multiplier les tests de toutes sortes, rendre publics les résultats et laisser les parents – dont on fait ainsi des « consommateurs d’école » – développer leurs stratégies personnelles afin de trouver les meilleurs établissements pour leurs enfants.

Le point d’appui : quand les parents ne sont pas contents de ce qu’ils vivent dans une école, de la manière dont ils sont écoutés et pris au sérieux, de l’encadrement et de l’accompagnement de leurs enfants, au lieu de s’impliquer et de militer pour améliorer la situation, ils sont simplement invités à changer d’établissement.

Le gain : plus besoin d’investir dans notre École, ni même d’en former les enseignants car le marché stimule les initiatives et permet d’optimiser le rapport qualité / prix. Plus besoin, non plus, de financer des aides et des dispositifs spécifiques pour permettre aux acteurs de faire face aux difficultés qu’ils rencontrent : on se recentre sur « le cœur du système » – les classes et les cours « normaux » – et l’on réduit drastiquement tout le reste.

L’implicite : il y aura des gagnants et des perdants, tant du côté des familles que du côté des élèves et des enseignants. Mais, après tout, il en a toujours été ainsi. Et, de plus, l’État, dans sa volonté de soutenir les efforts méritoires, organise la concurrence entre les exclus afin de désigner ceux et celles qui pourront échapper aux ghettos dont ils sont originaires.

La justification : il faut bien que la réussite se mérite d’une manière ou d’une autre. Une École où tout le monde réussirait et serait capable d’accéder aux fondamentaux de la citoyenneté se discréditerait vite aux yeux de ceux – majoritaires, dit-on – qui sont persuadés que le petit nombre des élus garantit la béatitude au paradis. Le « socle commun » ne garantit qu’une insertion a minima ; en le distinguant des objectifs de la scolarité obligatoire, on a institué l’école à deux vitesses dès le plus jeune âge.

La pédagogie : on n’en a pas besoin, car ceux qui ne peuvent ou ne veulent pas apprendre, c’est leur problème. Ainsi le « pédagogisme » est-il stigmatisé pour son obstination à poser des questions impertinentes. En affirmant qu’il ne suffit pas d’enseigner pour que les élèves apprennent, il fait entrer en compte des variables ni quantifiables ni mesurables : le sujet et son désir, la capacité de l’École à instituer le premier et à susciter le second.

Le corollaire : face aux rancoeurs de ceux qui se sentent abusés ou humiliés, il faut développer un discours autoritariste qui les assigne à une sage résignation. En effet, le discours sur l’égalité des chances a engendré des espérances très largement déçues. Les élèves en échec, de victimes, se retrouvent coupables et, incapables de métaboliser leur exclusion en militantisme social, syndical ou politique, s’expriment par la violence ou les replis identitaires qu’il faut réprimer.

L’avenir : il se conçoit à partir de la vision libérale de la dette, sans aucune considération pour les coûts sociaux à moyen et à long terme de l’échec scolaire. La notion d’investissement est rabattue sur une vision productiviste à court terme. On fait la même erreur que celle qui, en matière d’écologie et d’environnement durable, compromet l’existence de notre planète. Mais, ici, il ne s’agit plus de se demander quel monde nous laisserons à nos enfants – ce que, malheureusement, nous savons –, mais quels enfants nous laisserons au monde – ce qui reste notre dernière responsabilité.

La prévention : dans la conception du libéralisme technocratique et autoritaire, c’est une illusion soixante-huitarde car, par définition, on ne peut pas en mesurer les effets immédiats. Puisque prévenir, c’est empêcher des choses d’avoir lieu, on ne trouve jamais de « raison objective » capable d’en justifier la dépense. La prévention, en effet, ne peut relever que d’un choix politique volontariste, d’un pari sur le futur irréductible à toutes les arguties comptables.

Face à cette logique d’une extrême cohérence, il convient, plus que jamais de travailler à une alternative crédible. Il nous faut une École où l’État garantisse que les missions de service public de tous les établissements sont bien assurées. Une École qui associe véritablement les professeurs et les familles à la définition de l’intérêt collectif. Une École qui promeuve l’inventivité pédagogique au service de tous les élèves. Une École qui promette à ceux qui s’y investissent, quelles que soient leurs origines, des satisfactions intellectuelles de haut niveau. Une École ambitieuse. Une École pour la République et la démocratie.

Meirieu a raison. Darcos et Sarkozy ont tort ! Ce sont des SABOTEURS.

01.06.2008

Delanoë et le degré zéro de la modernité

729374551.jpgQuand le débat d' idées est mort, on le remplace par des mots. D'où l' idée venue à Delanoë de lancer celui de "libéral". Notre camarade revendique donc le libéralisme pour très vite ajouter de manière ubuesque qu'il n' est nullement "social-libéral". Pourquoi? C' est un gros mot?

Ce mot devrait séduire. C' est en effet un des ces mots-valises qui contient tout à la fois les principes de concurrence, de liberté d' entreprendre et d' accéder au marché, de pluralité et de diversité, de propriété non oligarchique et non monopolistique. Bref, un "bon mot".

Sauf que depuis la chute du communisme, on assite à la montée en puissance d' un néo capitalisme sans entraves, radicalement insécuritaire et anti humaniste. Ce néo capitalisme est même attentatoire aux valeurs libérales: verrouillage de l' accès au marché, asphyxie et éradication de la concurrence par des concentrations monopolistiques et oligopolistiques. N' est-on pas passé d' un journal par région à un seul groupe contrôlant TOUS les journaux du sud et de l' est de la France? N' a-t-on pas échappé, pour le moment, à Hachette-Lagardère contrôlant 70% du marché du livre? la LME vise à livrer tout l' espace de distribution à trois ou quatre centrales d' achat et à placer les PME ainsi que les producteurs agricoles sous la coupe d' hypermarchés contrôlés par le grand capital financier au risque de la disparition du commerce indépendant. Cela renvoie à une sorte de "communisme privatisé"! Un comble!

Bertrand Delanoë l' aurait-il compris? Lisons son livre. Rien, pas une ligne ne laisse penser qu'il a pris la mesure de la gigantesque révolution économique en cours., de la radicalisation du capitalisme, de l' inhumanité oppressive et aculturante qui le caractérise.

En fait, et en cela Delanoë joue avec le feu, c'est que le libéralisme du Maire de Paris est ce "libertarisme" dont se nourrit justement le néo capitalisme mondialisé. Cette modernité "new look" qu' on nous repasse en boucle n' est en fait que l' addition de trois ringardismes: Guizot, le jospinisme et le pire de la pensée de mai 68. Tout cela sous le regard attendri de Daniel Vaillant, ex Ministre de l' Intérieur PS, "grand penseur"...

On espérait une révolution des esprits. Bertrand glisse seulement vers une droite mâtinée de boboÎsme sociétal, socle de la pensée unique depuis 20 ans, socle validé en amont par la presse dite "de gauche": Nouvel Obs, Libé, Le Monde (dont certains journalistes néanmoins savent raison garder.).

Le discours de Sarkozy d' un coté (de moins en moins entendu); la mercuriale de Delanoë de l' autre (pas entendue du tout): décidément un boulevard est ouvert aux autres...

La reconstruction des fondations restent à accomplir.

D' après François Darras, Marianne page 32

31.05.2008

Sarkozy aux Invalides:

1212583304.jpgCafouillage et désinvolture avec laquelle l'Elysée à traité une partie des anciens combattants et de leurs familles.

Le ministère de la Défense vient de mettre en ligne sur son site internet un reportage télé consacré à la prise d'armes présidée par le Chef de l'Etat, le 21 mai aux Invalides, "en hommage aux trente ans des opérations extérieures" et de Kolwezi. On peut également écouter l'intégrale du discours prononcé par le président de la République sur le site de l'Elysée. (Photo: Elysée)

Ce que vous ne verrez pas sur ces vidéos, c'est le cafouillage de cette cérémonie et la désinvolture avec laquelle l'Elysée à traité une partie des anciens combattants et de leurs familles. Depuis le 21 mai, les témoignages accablés et les regrets attristés se multiplient. Voici comment les choses se sont (mal) passées.

L'idée de la cérémonie, à l'occasion du trentième anniversaire de l'opération de Kolwezi, était d'évoquer trente ans d'opex au travers de sept "tableaux". La Présidence se demanda d'abord s'il était vraiment judicieux d'y inclure l'Afghanistan "étant donné le contexte"... Finalement, on choisit de le faire, mais il aurait peut-être mieux valu s'en abstenir ! La cérémonie était un peu longue: à chaque tableau, une section entrait dans le cour d'honneur des Invalides en chantant. La majesté d'une cérémonie militaire nécessitant plus de temps qu'un clip, les conseillers de l'Elysée s'impatientèrent. Ils demandèrent aux organisateurs d'accélerer le tempo, passant à la trappe des évocations et demandant aux troupes de faire vite. Du coup, le chant des uns s'emmêla à celui des autres...

Le chef de l'Etat devait ensuite remettre des décorations à d'anciens combattants. Il expédia la chose, sans un mot de sympathie. L'un d'eux - dont nous avons eu le témoignage - se demanda sur le moment "pourquoi le président lui en voulait personnellement... Je n'ai jamais croisé son regard." Il était enfin prévu que le Président aille voir les familles de morts ou de blessés dans les Opex, qui étaient regroupées à l'angle Nord-Est de la cour. Las ! "D'un pas pressé vers la sortie", raconte un témoin, "il est passé devant elles sans un regard". Certaines familles étaient venues de province, à leur frais. Un officer de haut rang, qui assistait à cette prise d'armes avoue en est reparti "déçu et consterné".

Ce cafouillage - qui peut s'expliquer par des contraintes d'emploi du temps et le zèle de conseillers - n'est malheureusement pas une première. Lors de son déplacement aux Glières, le 18 mars dernier, le comportement du président de la République a surpris de nombreux participants. S'adressant à d'anciens maquisards au garde-à-vous devant lui, il leur parla de son épouse Carla... Enfin, alors que la question des médailles (très délicate dans ce milieu) était évoquée par une personnalité locale qui demandait l'attribution d'une dizaine de Légion d'honneur à d'anciens résistants, Nicolas Sarkozy lâcha, souriant : "Je vous en donne quinze. Vous êtes content?" Fermez le ban.
 

30.05.2008

Education nationale : les dérives du chiffre

1490332189.jpg«De quel droit le ministère de l’éducation fait-il remplir ces fiches qui interrogent sur la nationalité, les conditions de vie à la maison, sous prétexte d’évaluations pédagogiques?» s'indigne une parent d'élève. Questionnaires diffusés aux élèves et aux parents dans les Pyrénées atlantiques, injonctions chiffrés de l’académie de Besançon concernant les redoublements. Alors que les enseignants comptent les suppressions de poste à la rentrée prochaine, le ministère de l’Education ne renonce pas à ses objectifs statistiques.

Mapi. «A l’école primaire de Monein, charmant petit village du Béarn, sont arrivés, dans un gros carton, les “évaluations expérimentales CM2”. Rien que de très normal, sauf que, premier point surprenant, les dits documents, une fois complétés par les élèves, doivent être retournés directement au ministère, sans que les parents n’en prennent connaissance. Et pour cause! Si les trois premières parties sont anodines, la partie 4 réserve bien des surprises avec des questions comme: "Est tu né en France?" "Ta mère est née en France?" "Ton père est né en France?" "Quelle langue parles tu à la maison?" "Qui vit avec toi à la maison? (ta mère ou une autre femme tenant le rôle de ta mère)". Viennent ensuite les questions concernant les devoirs à la maison: "A la maison j’ai vraiment l’impression de perdre mon temps", "Je fais mes devoirs parce que j’aurai une mauvaise image de moi si je ne travaillais pas". Bref, onze pages de questions qui n’ont rien à voir avec la pédagogie. Quel est le but de ce questionnaire? De quel droit le ministère de l’éducation fait-il remplir ces fiches qui interrogent sur la nationalité, les conditions de vie à la maison, sous prétexte d’évaluations pédagogiques? Ceci n’est pas sans rappeler “base élève”. Sans l’attitude courageuse et civique des enseignants de notre école (qui ont alerté les parents), cette opération se serait déroulée dans le plus grand secret. Cette expérimentation va toucher d’autres écoles!

Nous avons eu un bon relais dans la presse et les radios locales et ce questionnaire a bien circulé entre les mains de parents d’autres communes de notre département (64). Face à ce tollé, la Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance (DEPP) a envoyé un mail aux écoles en leur demandant de ne pas compléter la partie 4 du questionnaire. C’est une petite victoire mais nous n’en avons pas fini, puisque qu’un deuxième questionnaire est en cours pour les élèves de 6ème : “le panel des 35000”. Là c’est les parents qui répondent (18 pages de questions!). C’est un véritable questionnaire des RG avec des questions du type: A quelle heure rentrez-vous du travail? A quelle langue parlez vous à votre enfant? Quelle est votre nationalité? Quel est le montant mensuel dont dispose votre famille pour un mois ordinaire? Il n’y a que 10 questions qui concernent la pédagogie! Le plus fort se trouve dans la première page : Un questionnaire reconnu d’intérêt général et de qualité statistique et donc obligatoire! Si les parents ne répondent pas c’est 300 euros d’amende! Comme le questionnaire précédent, il est mis en place en catimini.»

Mathias. «Jusqu’à maintenant, les consignes de limiter le nombre de redoublement n’étaient faites qu’oralement (en donnant un chiffre maximum par classe) ou consistaient pour certains à dire aux enseignants d’éviter les commissions d’appel et d’essayer de convaincre les parents d’accepter une réorientation en BEP plutôt qu’un redoublement. Enseignant, j’ai reçu par l’intermédiaire d’un collègue la note adressée par l’inspecteur d’académie au principal de son établissement à Besançon. Que dit l’inspection?

“Conformément aux objectifs qui vous ont été assignés à votre arrivée au collège, je vous demande expressément de bien vouloir corriger dès cette année scolaire les taux de redoublement. Il est hors de question que ce taux pour les élèves de 6ème soit près du double du taux départemental observé en juin 2007 (9,6% contre 5,7%). Je vous enjoins d’user de votre pouvoir décisionnel pour faire en sorte qu’à l’issue de cette années scolaire, il redescende pour le moins à 7%. Le taux de redoublement en fin de 4ème est plus de quatre fois supérieur au taux départemental. Il ne dépassera pas 10% pour la présente année. Enfin le taux de passage des élèves de 3ème en 2ème général et technologique est de 48,1% alors que celui du département est de 60,6%. Ce taux atteindra obligatoirement pour le moins 55%. Je précise si besoin était que ces minima constituent une injonction de l’inspecteur d’académie qui s’applique à tous les personnels de votre établissement”.

Ce document, par son ton, montre que l’on est passé à un degré supérieur dans les consignes. Un journal du soir comparait l’éducation nationale à l’armée rouge, il sera sûrement satisfait de voir que le vision bureaucratique et comptable est partagée par la hiérarchie (le recteur d’académie et son inspecteur). On a l’impression que dans cette école du respect, les responsables de l’académie de Besançon ne parlent pas d’êtres humains, mais d’objets statistiques. C’est insultant pour les élèves, les parents d’élèves et les enseignants qui font un travail non reconnu long et fastidieux de correction de copies. Seule une vision comptable de l’enseignement, ici le coût du redoublement, peut expliquer une telle dérive.

Cette note montre que l’on ment aux élèves en leur faisant croire qu’ils ont le niveau pour passer en classe supérieure. On ment également aux parents, car on repousse l’échec aux classes supérieures du collège ou en seconde au lycée. On alimente la spirale de l’échec en laissant les lacunes s’accumuler. Les professeurs se retrouvent ainsi avec des élèves qui n’ont pas le niveau en seconde générale sans pouvoir les aider tant les lacunes sont importantes. On assiste actuellement dans de nombreuses classes de seconde à des redoublements ou des réorientations atteignant 10 sur des effectifs de 32. Par la suite les parents tenteront de prendre des cours particuliers payants pour leurs enfants, ce qui permettra au mieux de limiter les dégâts. La responsabilités des échecs retombera bien entendu sur les enseignants véritables bouc émissaires des décisions prises par l’académie et par le ministère. Nous assumons tous les jours nos responsabilités devant les élèves, il serait bon que les auteurs de cette note assument également les leurs devant l’opinion publique».

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