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20.05.2008
Et ça se passe... en France, en 2008 !
Histoire 1 :
L'Iranienne refoulée de France va pouvoir revenir
SOCIETE - Sharar Nakhaï va pouvoir revenir très vite auprès de son père. Cette Iranienne de 53 ans avait atterri jeudi dernier en France, où son père, Français, se trouve dans un état critique. L'ambassade de France à Téhéran lui avait délivré un visa en urgence, mais les policiers l'ont refoulée, parce qu'elle n'avait pas de certificat d'hébergement (lire ci-dessous). De retour en Iran, elle a téléphoné lundi à l'ambassade de France, qui lui a dit que le visa n'était plus valable, puisqu'elle était rentrée. Il fallait écrire aux Affaires étrangères. Mais quelques heures plus tard, la même ambassade a rappelé, et lui a expliqué que son histoire avait été médiatisée en France, il fallait qu'elle vienne rapidement. Un visa lui serait délivré...
C'était au départ une histoire ordinaire. Celle d'une passagère refoulée à son arrivée en France. Sharar Nakhaï vit en Iran. Sa soeur, Chiva, vit aux Etats-unis. Elle ont donc un père Français, qui vit dans la région grenobloise et qui est très malade, dans un état critique depuis peu. Prévenues, les deux soeurs ont entrepris des démarches pour le rejoindre le plus vite possible. Sharar a demandé un visa à l'ambassade de France à Téhéran. On lui a demandé un certificat médical. Elle en a fait faxer un rapidement, et le sésame lui a été immédiatement délivré. Les deux soeurs ont alors pris l'avion.
Chiva est arrivée sans problème mercredi. Sherar s'est posée vendredi de Téhéran, via Istambul, et elle a été refoulée. «On l'a attendu toute la journée, raconte Chiva. Vers 23h, je me suis rendu à l'aéroport. On m'a dit qu'elle avait été refoulée parce qu'il lui manquait un papier. J'ai réussi à la joindre le lendemain. Elle avait été remise dans le premier avion avec des menottes. Les policiers l'ont laissée appeler chez mes parents, cela ne répondait pas, ils n'ont pas voulu qu'elle passe un deuxième appel. » La direction interrégionale de la police aux frontières conteste le menottage, mais confirme que la jeune femme a été refoulé, parce qu'elle avait un visa, mais pas de certificat d'hébergement.
Ol.B.
Histoire 2 :
«Papa, quoi qu’il arrive, je n’y retournerai pas»
ONDINE MILLOT
QUOTIDIEN : mardi 20 mai 2008
Manuel avait pris sa décision. Il ne retournerait pas en prison. Plutôt vivre une vie de fuyard, plutôt mourir que subir à nouveau les coups et les injures homophobes dont il avait été victime pendant ses sept mois de détention, en 2004-2005, à la prison d’Avignon (Vaucluse).
Le 6 mars dernier, en fin de matinée, Manuel, 27 ans, a été à nouveau incarcéré, à la maison d’arrêt de la Santé (Paris XIVe). A 19 heures, les surveillants l’ont retrouvé pendu dans sa cellule.
En cavale, Manuel avait été interpellé par la police deux jours avant, le 4 mars, après une dispute avec son compagnon. Il vient alors d’ingérer 15 barrettes de Lexomil, on le transfère donc à l’hôpital de l’Hôtel-Dieu. Là, les psychiatres notent dans son dossier d’admission un certain nombre d’éléments inquiétants. Manuel souffre de «troubles de la personnalité» , atteste le document, qui mentionne également une tentative de suicide en prison en avril 2005. L’ingestion de Lexomil est un «appel au secours», écrivent encore les médecins.
«Artiste». Malgré tout cela, après 24 heures d’observation médicale, Manuel est conduit en cellule. D’après une enquête menée par l’Observatoire international des prisons, il apparaît que les services médicaux de la maison d’arrêt de la Santé n’ont pas été informés à ce moment-là de l’arrivée d’un détenu fragile dans leurs murs.
«Mon fils n’était pas un violent ni un mauvais garçon , dit Jean-Pierre, le père de Manuel. C’était l’artiste de la famille, un garçon fragile et hypersensible. Il a fait une fois une bêtise dans sa vie, aujourd’hui il est mort.» Le casier judiciaire de Manuel ne porte en effet mention que d’une condamnation, en 2004, à deux ans d’emprisonnement pour infraction à la législation sur les stupéfiants. C’est cette peine qu’il purgeait à Avignon quand, à plusieurs reprises, il se plaint de coups, d’injures et d’agression répétées. «Son homosexualité a été divulguée et l’homophobie exprimée tant par certains surveillants que par la plupart des détenus l’oblige à rester 24 heures sur 24 en cellule, note un courrier de l’époque rédigé par son avocate. Il est insulté, méprisé. Il ne sort pas en promenade, n’a accès ni au sport ni au service scolaire.»
«Hématome». Le 4 juillet 2005, alors qu’il n’a plus que deux mois de peine à purger avant d’obtenir une libération conditionnelle, Manuel sort en permission. Il a rendez-vous pour une formation. Mais au moment de quitter la prison, un détenu le frappe à nouveau. «Il avait tout le côté droit du visage marqué, un hématome qui allait de la tempe à la mâchoire, se souvient son père qui l’a vu ce jour-là. Il m’a dit : "Papa, quoiqu’il arrive, je n’y retournerai pas."» Jean-Pierre tente de raisonner son fils. «Je lui ai répété : "Sois pas bête, tu n’as plus que deux mois." Il n’a rien voulu entendre. Apparemment, les surveillants étaient au courant des agressions qu’il subissait. Il n’avait personne pour le protéger.»
Père, mère, sœur, frère, avocate et compagnon tentent toute la journée de convaincre Manuel de rentrer le soir en prison. En vain. Commence ce jour-là une cavale de presque trois ans - «une période honnête et heureuse, il travaillait en CDI dans la restauration», raconte son père. Elle s’achèvera début mars, avec l’arrestation et la mort de Manuel.
Libération
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