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19.05.2008

Et tout ça, ça fait d'excellents Français.../Libération.fr

535726048.jpgEntre le baril à 126,98 dollars, les célébrations commémoratives de l’an I sarkozien, les attaques UMPiennes contre une presse volage, les énormes manifs de lycéens puis de profs et les contre-feux démagogiques sur le service minimum et le droit de grève, la grande consultation nationale sur les projets de programmes au collège risque de passer à l’as.
En effet, depuis le 21 avril (et jusqu'au 9 juin), les enseignants sont invités à se prononcer sur les changements prévus.
Bon, faut voir la tête de la consultation : organisée par les recteurs d’académie avec l’aide des inspecteurs pédagogiques chargés de synthétiser les réactions. Chaque prof d’histoire reçoit un joli questionnaire bien cadré. Pour l’Académie de Créteil, ça donne ça.
Passons sur le côté un peu « cause toujours » de ce type de consultation. On zappe les échelons intermédiaires et on établit une relation directe avec le peuple, le vrai, les profs de terrain.

La grande vertu du référendum, quoi ! avec en plus un habile savoir-faire dans la construction des questionnaires issu d’une longue expérience des boîtes de com’ et de sondage et une absolue opacité sur les résultats et leur traitement.
Mais bon, je ne me plains pas. Puisqu’on me demande de donner mon avis, je le donne.

De brillants esprits pédagogues finiront bien par proposer leur vision argumentée de ces nouveaux programmes applicables, semble-t-il, dès la rentrée 2009.
Moi, entre tous ces ponts qu’on n’a pas fait et les tombereaux de copies à corriger avant les derniers conseils de classe de l’année, je n’ai pas le temps…
Surtout que nous, on est trivalent : histoire, géographie et éducation civique…
Une critique exhaustive s’étalerait sur 10 pages, c’est trop long, les internautes de Libé vont râler
En plus, la lecture et la critique exhaustive des programmes scolaires est une pratique qui relève au début d’un subtil masochisme puis devient très vite un puissant anxiolytique et se transforme enfin en puissant somnifère.

En attendant donc la médiatisation de l’avis nécessairement éclairé de la société des agrégés, de l'APHG ou même – sait-on jamais – de quelques inspecteurs pédagogiques un peu libres, voici, en toute mauvaise foi, quatre ou cinq petites réflexions personnelles.

C’est un jour faste : pour célébrer l’ouverture et faire preuve de la souplesse d’échine qui constituent les fondements d’un débat intellectuel contemporain de qualité (eh oui, on change, on est moins idéologue, on se ramollit quoi…) commençons par accorder deux satisfecit… nuancés :

Chaque thème est présenté en trois rubriques : connaissances (le contenu du thème), démarches (comment l’enseignant doit construire son cours), capacités (ce que doit savoir faire l’élève). C’est très utile. Surtout pour critiquer les programmes.
Quand, par exemple, le thème intéressant de «l’émergence du roi absolu» (dans la partie «Vers la modernité, XVe-XVIe siècles») se limite pour les capacités demandées à l’élève à «raconter une journée de Louis XIV à Versailles», on s’interroge sur les ambitions intellectuelles et pédagogiques des changements.
Les nouveaux programmes introduisent prudemment une ouverture à l’histoire du monde. Belle idée ! mais il n’y a pas de bonheur parfait.
En Sixième, il est prévu de parler des «mondes lointains» (la Chine ou l’Inde). En Cinquième, le thème de «l’Afrique : un autre monde» est abordé. «Lointains», «autre», par rapport à quoi ? Voilà un gallocentrisme clairement assumé. A moins que ce ne soit la traduction dans les programmes scolaires du discours de Dakar:
l' « homme africain n’est pas assez entré dans l'histoire. Le paysan africain, qui depuis des millénaires vit avec les saisons, dont l'idéal de vie est d'être en harmonie avec la nature, ne connaît que l'éternel recommencement du temps rythmé par la répétition sans fin des mêmes gestes et des mêmes paroles. »


L’approche clairement idéologique et recentrée sur l’histoire nationale adoptée par les concepteurs anonymes des nouveaux programmes apparaît nettement dans les choix effectués pour l’étude du « monde depuis 1914 » en classe de Troisième.
Dans les programmes encore en vigueur, une place était faite à la crise des années 1930 pour expliquer la montée des fascismes et comprendre les différentes réponses à la crise. L’étude comparée de l’Allemagne nazie et du Front populaire permettaient d’introduire une réflexion sur les causes, les enjeux, les positionnements politiques en fonction des spécificités nationales. Bref, on pouvait, bon an mal an et malgré l’absence regrettable dans les programmes de l’Italie fasciste et de la guerre d’Espagne, essayer de faire de l’Histoire.
Dans les futurs nouveaux programmes, les crises de l’entre-deux-guerres et l’opposition fondamentale fascistes/antifascistes ne sont plus évoquées. Les élèves étudieront donc uniquement «les régimes totalitaires dans les années 1930», c’est-à-dire les méchants communistes et les méchants nazis. On se contente d’un petit Furet ultra vulgarisé !
Puisque tout est dans tout et que tout se vaut, les oppositions politiques, idéologiques, sociales n’existent plus. Le communisme, dont l’ignorance – quoiqu’on en pense sur le fond – interdit toute compréhension du XXème siècle, est résumé à la «grande terreur stalinienne».
Résultat : la résistance en France n’est plus que gaulliste et la guerre froide se résume à l’opposition en soi, hors contexte et enjeux, des Etats-Unis et de l’URSS.

«La vie des grands hommes : des modèles pour nos petits sauvageons» serait un parfait sous-titre pour les projets de nouveaux programmes.
Toujours dans la rubrique « capacités », on lit que l’élève devra être capable de raconter l’épopée d’Alexandre, un épisode de la vie d’un savant grec (je parie sur le bain d’Archimède), le couronnement de Charlemagne, un épisode de la vie de Luther ou de Calvin, etc.
C’est très utile à savoir mais un peu limité. L’avantage, c’est qu’au lieu de faire cours on pourra passer des films.
On est pas loin de la version scolaire de l’Histoire Bling Bling.
Le programme de 4ème, dans la partie « l’Europe des lumières » demande d’axer la démarche sur le récit de quelques éléments de la vie d’un savant ou d’un philosophe. C’est vrai, quoi, on ne va quand même pas pervertir nos petits collégiens avec des planches de l’Encyclopédie, l’émergence d’un espace public, les enjeux d’un mouvement intellectuel dans le cadre d’une monarchie absolue de droit divin. En même temps, ça pourrait être drôle de pervertir le système en enchainant les anecdotes.
Et hop, une heure de cours sur la découverte rousseauiste de l’érotisme par la fessée donnée par Mademoiselle Lambercier au petit Jean-Jacques. Ça va donner !

Il y a même des couacs logiques assez marqués. Ainsi, le thème « les difficultés de la monarchie française sous Louis XVI » se trouve intégré dans une partie traitant de «L’Europe et le monde au XVIIIe siècle», juste après le thème de la traite négrière et de l’esclavage.
Moi, bêtement, je l’aurais bien vu en introduction de la Révolution Française pour lancer une réflexion sur les causes de la Révolution.
De la même façon, le thème «1914, veillée d’armes en Europe» se trouve en toute fin du programme de Quatrième, mais la Première Guerre mondiale en deuxième partie du programme de Troisième.
Si l’Histoire est la recherche de la compréhension du passé par l’exercice de la critique argumentée et raisonnée, une interrogation sur les causes, les raisons, le « pourquoi ? » s’impose.
Mais pas au collège de l’ère Sarko-darcosienne.
Les élèves devront se contenter d’une culture factuelle : les repères. Bref, des dates, des événements, des lieux.
Et encore pas trop.

C’est là, la critique la plus lourde. L’Histoire n’est plus pensée comme une science humaine, c’est-à-dire un outil dans la construction d’un esprit critique, mais uniquement comme un recueil de récits ou de dates constitutif d’une culture générale.
1515 ? Marignan !
Et sinon, c’est quoi Marignan ?

Les rubriques «capacités» de la quasi-totalité des thèmes se résument à «nommer», «raconter» et «décrire», jamais «comprendre», «analyser», «expliquer» ou «argumenter».
Pour le thème « les grandes découvertes européennes», en Quatrième, il est demandé aux élèves d’être capables de « raconter un épisode des découvertes ou de la conquête de l’empire espagnol d’Amérique ».
Je vois d’ici les copies : « Alors, voilà : ils partaient sur des bateaux appelés galions, ils perdaient leurs dents parce qu’ils mangeaient pas de citrons et à la fin ils étaient contents d’arriver parce qu’il y avait les cités d’or, Esteban et Zia».
Quant aux élèves sérieux, ils apprendront par coeur le résumé du cours ou du manuel.
J’ai eu comme ça en Seconde, il y a très longtemps, un vieux prof d’Histoire qui passait toutes les heures de cours à dicter… le cours, sans prendre une question, ni ouvrir un manuel.
Ses contrôles étaient super faciles : « réciter le A) du I) et le B) du III) du cours n°3 »…
C’était la seule année de ma scolarité où j’ai préféré les maths à l’Histoire…

En y réfléchissant bien, je crois que j’ai tort de me plaindre. Après tout, je suis prof et pas parent d’élèves.
D’accord, les collégiens seront largués et n’apprendront rien d’utile mais moi j’y gagne. Les cours seront super faciles à préparer : une image, un récit oral et un résumé à apprendre par cœur. On pourrait peut-être même se contenter de leur faire lire le manuel.
Quant aux évaluations, ça ira tout seul : un QCM (Staline est : a) méchant b) très méchant c) je sais pas), un paragraphe appris par cœur à recopier. Le tour est joué.
D’ailleurs, il n’y aura même plus besoin d’être prof pour faire cours…

La réforme Darcos perdra nos enfants

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Notre président veut attiser les haines entre les citoyens, aujourd’hui il a choisi les parents contre les enseignants.

Nous ne faisons pas la grève pour notre plaisir car ceci nous coûte cher et comme tout le monde un jour de grève représente une privatisation sur notre pouvoir d’achat.

Mais nous avons des convictions et nous les défendons, nous pensons que la réforme Darcos est mauvaise pour les enfants, pour vos enfants  :

  • moins de professeurs donc des classes à effectifs qui augmentent et moins de remplacements ;
  • diminution à disparition à long terme des RASED (réseau d’aide) ;
  • plus de sujets au programme déjà bien chargé ;
  • attention danger ! On supprime la réflexion et on veut privilégier les automatismes ;
  • effet d’annonce : plus d’école le samedi matin ! Mais comment dispatcher les 2 heures supplémentaires sur la semaine pour aider les enfants en difficulté ? Le matin ? Début des cours une demi-heure avant l’heure habituelle ! Entre midi et deux ? Pendant que les autres enfants jouent dans la cour ou mangent chez eux ? Le soir après 17 heures ? Les enfants sont fatigués.

Cette décision nous paraît irresponsable.

Notre ministre ne donne pas de solutions à croire qu’il veut seulement abîmer notre Education nationale (les week-ends étant plus importants que l’école).

Nous refusons cela pour vos enfants.

Jusqu’à ce jour, nous pouvions être fiers de notre enseignement car de nombreux cerveaux sortent du cursus scolaire français, nous avons toujours fait ce que nous pouvions pour aider les enfants en difficulté, mais l’école ne peut pas à elle seule panser tous les maux de la société qui resurgissent sur les enfants et les empêchent d’apprendre sereinement : chômage des parents, manque d’argent, mauvaises conditions de logement, etc.

Notre président veut aujourd’hui voler au secours des familles pauvres en imposant le service minimum dit-il alors qu’il intervienne aussi contre l’augmentation des taxes sur les carburants, le gaz et les marges de la grande distribution sur les produits de première nécessité, il participera d’une façon bien plus efficace au bien-être des enfants des familles des travailleurs.

Aujourd’hui plus que jamais, nous devons être solidaires contre ce régime intransigeant et inculte, soutenez-nous dans nos actions et envoyez des mails au ministère et aux inspections.

Il faut qu’on fasse bouger les choses, il faut que notre ministre et le président acceptent de nous entendre pour l’avenir de notre Education nationale.

lu sur AGORAVOX

Une photo qui en dit long...

1203772347.jpgC’est la couverture de l’Obs de cette semaine avant que la nouvelle édition ne paraisse demain. Elle illustre la une de l’hebdo « Voyage dans la France du refus ». Une fois ce gros titre oublié, reste la photo qui prend la tangente pour nous raconter son histoire.

D’abord, l’opposition chromatique parfaite entre ces deux personnages, avec le rouge CGT d’un côté, le marine présidentiel de l’autre. Ceci dit pas sûr que le Monsieur en blouson rouge appartienne à la CGT, rien ne le prouve ! C’est aussi et surtout, la photo d’un dialogue hypothétique, d’une communication qui s’établit mal entre deux interlocuteurs. Elle passe mal cette communication ; il faut à l’un lever un début de poing pour faire valoir sa position. L’autre, lève un sourcil sceptique en guise de réception.

Mauvaise, la réception.

Le sourcil présidentiel levé au dessus d'un col frileusement relevé, on croit l’avoir vu ailleurs. Sur un profil de médaille XVIIIe ? Chez un monarque ancien régime largué ou coupé des réalités qui réaliserait tardivement que le peuple a faim ? Chez un scientifique qui découvrirait une espèce nouvelle de papillon tropical ? Chez un moderne autoproclamé qui tomberait nez à nez avec un archaïque tout désigné ? Chez un archéologue qui mettrait la main sur un fossile mal répertorié. Quelle que soit l'interprétation, toujours politique, l'effet de quiproquo serait comique si les circonstances n'étaient pas ce qu'elles étaient et sont encore.

Alors, effectivement, cette photo de l'Obs nous emmène en voyage mais la destination est double car la photo suggère l'existence de deux France qui se refusent l'une à autre. L'une qui voit rouge, demande à être comprise, et l’autre, en bleu qui semble ne pas la comprendre, pire paraît s'étonner qu'elle bouge encore.

David Abiker, @rrêt sur images, 28/11/2007 

Aux fous ! La droite pète les plombs ! L'happy hour menacé par le gouvernement

2130372699.gifNOUVELOBS.COM | 19.05.2008 | 11:35

Le gouvernement envisage d'interdire les happy hours, open bar et la vente de bouteilles d'alcool fort dans les discothèques, selon un document de la Mission interministérielle de lutte contre la drogue et la toxicomanie adressé aux fabricants d'alcool.

L'happy hour, cette opération dans les bars où sont proposés les verres avec ou sans alcool moins chers pendant quelques heures, pourrait être supprimé, selon une information du Parisien, qui dans son édition du lundi 19 mai révèle la teneur d'une lettre de convocation de la Mission interministérielle de lutte contre la drogue et la toxicomanie (Mildt) à l'intention des fabricants d'alcool. 

Cette lettre présente aux professionnels les propositions étudiées par le gouvernement "dans le cadre des politiques publiques de lutte contre les addictions". "L'interdiction de la promotion des boissons alcoolisées par tarifs incitatifs dans les lieux de ventes et de consommations (happy hours, open bars)" fait partie des trois mesures "visant à limiter les consommations nocives d'alcool" mise en avant dans le document adressé aux fabricants d'alcool.

30 à 40 % du chiffre d'affaires

Parmi les mesures évoquées, "l'augmentation des taxes sur les boissons alcooliques", où "l'interdiction de la vente à la bouteille de boisson de groupe 3 à 5 (apéritifs à base de vin et liqueurs et spiritueux) dans les établissements qui bénéficient d'une autorisation de nuit", risquent de provoquer la colère des professionnels de la vente d'alcool et du divertissement. L'impact économique que constituerait l'instauration de ces mesures inquiète au plus haut point les professionnels du secteur. Interrogé par le Parisien, Patrick Malvaës, président du Syndical national des discothèques et lieux de loisirs (SNDLL), est sans équivoque: '"Je ne vois pas en quoi ces mesures vont résoudre les problèmes d'alcoolisme. En revanche, si elles étaient appliquées, ce serait catastrophique pour la profession qui a déjà vu son activité chuter de 25 %", et de préciser que la vente de bouteilles d'alcool dans les boîtes de nuit représente en moyenne entre 30 et 40 % du chiffre d'affaires " et pour certains établissements jusqu'à 70 %".
 
(idée stupide, au moins pour ce qui est de l'happy hour, car on peut consommer de l'alcool sans s'enivrer, et ce n'est pas cette suppression qui changera quoi que ce soit alors même qu'il est plus économique de s'acheter un pack de bière en supermarché !! la répression bête ne règle RIEN)  

Une ami m'envoie cette coupure de presse :

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Les marins-pêcheurs dans l’attente de nouvelles aides face aux hausses successives du gasoil

1727881620.jpgECO-MER - Alors que les ports des Sables d’Olonne, en Vendée, et de La Rochelle, en Charente-Maritime, sont bloqués en partie ou totalement par des pêcheurs en grève, les marins bretons attendent la réunion de mercredi prochain, prévue au ministère de l’agriculture et de la pêche, pour engager d’éventuelles actions. Mais certains patrons ont d'ores et déjà rappelé leurs bateaux à quai.

“On a eu une réunion du comité de crise samedi et c’était très chaud, souligne Robert Bouguéon, président du comité local des pêches du Guilvinec, dans le Finistère. pour la première fois, les matelots étaient plus énervés que les patrons. Il va falloir que quelque chose de concret sorte de cette réunion sinon il y a de grandes chances que les bateaux restent à quai”.
En cause, l’augmentation incessante du prix du gasoil face auquel le plan d’aides mis en place il y a quelques mois par le ministre de l’agriculture et de la pêche Michel Barnier ne représente plus qu’une “goutte d’eau”, selon Michel Bouguéon.
“A part les exonérations de charges sociales pour les patrons, il n’y a pas grand-chose, estime t-il. Rien en tout cas pour les matelots. Il faudrait un peu plus d’aides par rapport au prix du gasoil qui grimpe tous les jours mais je n’ai pas la solution”.
En Bretagne-Nord, la grogne est montée un cran au dessus ce week-end avec des armements - Porcher, Eouzan, Acarmor - qui ont décidé de faire rentrer leurs bateaux au port. Soit plus d’une vingtaine de navires et des dizaines de marins-pêcheurs sans travail.
“A chaque fois qu’un bateau part en mer, on perd entre 3000 et 5000 euros par semaine, estime Emile Eouzan, qui dirige l’armement du même nom. Alors grève ou pas, économiquement, on est obligé de stopper. Et pour repartir, on ne se contentera pas de promesses. On est prêt à rester à quai pour plusieurs semaines”.
Selon Emile Eouzan, l’aide gouvernementale se résume depuis janvier à un chèque équivalent à une semaine de gasoil pour ses navires, ce qui représente entre 1000 à 1500 euros pour un navire côtier et dix fois plus pour un hauturier.
“Les exonérations patronales? Elles ont duré trois mois, d’octobre à décembre, depuis on n’en parle même pas, c’est infime”, râle t-il.
De nouvelles mesures, les “contrats bleus”, doivent entrer en vigueur au premier juin pour aider les pêcheurs contribuant activement à la préservation de la ressource et de l’environnement. Pas sur que celà soit suffisant face à un prix du litre du carburant qui avoisine actuellement pour les pêcheurs les 70 centimes d’euros.

Pierre-Henri ALLAIN - LibéRennes

Ecole: séparer filles et garçons, c'est de nouveau possible

Par Chloé Leprince | 19/05/2008 | 00H03 | RUE89

La nouvelle loi contre les discriminations rend possible les classes non-mixtes, interdites dans le public depuis 1975.

Panneau sur des toilettes à Lisbonne (klausewitz/Flickr).

Le 15 mai 2008 restera-t-il dans les annales comme la première grande brèche dans le principe de mixité scolaire? Jeudi, le Parlement a en tous cas adopté définitivement la nouvelle loi anti-discrimination, après plusieurs discussions houleuses tant que le texte faisait encore la navette entre les deux assemblées.

Au détour de cette loi, s'installe en effet la possibilité d'organiser un enseignement séparé pour les garçons et les filles à l'école. La mixité s'était pourtant généralisée dès les années 60 dans l'éducation: une circulaire l'impose en juin 1965 pour toutes les nouvelles écoles élémentaires créées, avant de l'étendre à toutes les écoles primaires à la fin de la décennie. C'est, enfin, la loi Haby du 11 juillet 1975 qui allait rendre la mixité obligatoire dans l'enseignement public primaire et secondaire.

Cette disposition du texte finalement adopté a été très critiquée durant le travail parlementaire. Notamment au Sénat, massivement hostile à cette mesure, tous groupes politiques confondus. Début avril, Valérie Létard, secrétaire d'Etat chargée de la Solidarité, avait d'ailleurs été largement interpellée lors de son audition par la commission des Affaires sociales.

C'est ce que raconte Sylvie Demarescaux, sénatrice du Nord (sans étiquette), qui déplore qu'aucun des trois amendements sénatoriaux soit finalement parvenu à infléchir le texte. Mercredi 14 mai, la veille de l'adoption définitive de la loi, la commission mixte paritaire avait en effet fait retirer ces trois amendements visant à supprimer la disposition liée à l'enseignement.

L'un de ces amendements émanait pourtant du centriste Nicolas About, qui préside les affaires sociales au palais du Luxembourg, et qui n'a pas hésité à parler "d'erreur gouvernementale".

Une directive européenne sert de bouc émissaire au gouvernement

De son côté, le gouvernement n'a cessé, jusqu'à l'adoption définitive du texte et malgré les discussions qu'il soulevait, d'arguer de son "absence de marge de manoeuvre", avançant l'obligation de transposer en droit français cinq directives européennes en matière de discrimination.

C'est ce qui fut du reste répondu à la sénatrice Sylvie Demarescaux alors que celle-ci trouvait à s'émouvoir du pas en arrière que cette mesure représente à ses yeux:

"Valérie Létard nous a expliqué que la Commission européenne laissait une très faible marge de manoeuvre dans la transposition des directives en matière de discrimination et que la France n'avait pas vraiment eu le choix.

"Or, pour moi, on revient à ce que j'ai vécu quand j'étais jeune, c'est à dire à une discrimination sexiste. C'est la première fois qu'on revient tant en arrière, alors qu'on avait plutôt bien avancé récemment en matière d'égalité hommes-femmes."

Or si Bruxelles avait bien exigé de ses Etats-membres qu'ils transposent dans leurs législations respectives des mesures antidiscriminatoires, celles-ci concernaient le champ des biens et services. Et nullement l'éducation, prérogative nationale.

Laurence Rossignol, vice-présidente du conseil régional de Picardie et secrétaire nationale chargée des droits des femmes et de la parité au PS, doute elle aussi de cette explication:

"L'Europe? On sourit... Regardez le nombre de directives européennes pour lesquelles la France traine les pieds. Quand on veut freiner, ou peut. C'est un argument fallacieux."

La non-mixité à l'école fait débat dans les mouvements féministes

De fait, l'Europe était plutôt considérée comme un vecteur de progrès en matière d'égalité d'accès à l'éducation depuis le début, soutiennent les féministes. Et ce, même si les cultures féministes varient grandement d'un pays à l'autre. Dans les pays anglo-saxons, par exemple, les revendications féministes sont depuis longtemps infusées par les questions de genre et les pratiques de discrimination positive. Contrairement à la France qui, traditionnellement, s'est plutôt appuyée sur l'égalité républicaine.

L'élue picarde, reconnue pour ses engagements féministes, fustige également ce qu'elle qualifie de "vraie double régression, pour la laïcité et pour l'égalité d'accès à l'éducation pour les filles". Pour elle, c'est en effet dès l'école qu'on doit créer les bases d'une égalité hommes-femmes, que cette loi était pourtant censée garantir dans le monde professionnel:

[écouter l'audio sur la page d'origine]

Autre argument apparu en marge du débat: certaines revendications féministes auraient elles-mêmes contribué à ce que le verrou de la mixité scolaire saute... Notamment en exigeant des activités séparées pour garçons et filles dans certaines disciplines. On pense bien sûr au sport. Mais certaines voix ont pu s'élever pour que la séparation se fasse dans d'autres cours, arguant que la présence des garçons pouvait inhiber leurs congénères féminines.

La socialiste Laurence Rossignol doute pourtant fortement de cette explication:

"Des discussions de comptoir et de couloir sur le sujet, j'en ai eu beaucoup. J'ai même entendu dire que la mixité pouvait engendrer une forme de harcèlement. C'est vrai que c'est ce qui s'est dit à un moment donné. Mais, moi, je m'en tiens aux écrits et aux propos publics. Or, en France, je n'ai jamais lu une féministe tenir de tels propos par écrit."

Pervertir l'image des religions: l'autre effet pervers de cette loi

Pour Laurence Rossignol, plus que l'Europe ou le serpent féministe qui se serait mangé la queue, cette disposition révèle plutôt "une grande porosité du gouvernement à toutes les menées qui sont possibles contre la mixité":

"On sait très bien, aujourd'hui, que les courants fondamentalistes sont marginaux et minoritaires. Que la grande masse des écoles primaires, des collèges et des lycées fonctionnent avec toutes les confessions, et que ça se gère bon an mal an assez bien au quotidien. Mais le gouvernement s'est montré poreux à des revendications fondamentalistes.

"Cette complaisance m'irrite d'autant plus qu'en plus de remettre en cause la mixité, la laïcité, cette concession aux plus marginaux pervertit notre regard sur les communautés religieuses. On est à tous points de vue dans le symbolique, et il faut faire très attention à ces symboles, dans le droit fil du discours de Latran de Nicolas Sarkozy."

Concrètement, il faudra attendre le décret d'application de cette loi pour savoir comment sera organisée sur le terrain cette possibilité d'enseignements non-mixtes. Un ultime obstacle, très pragmatique, celui-là, pourrait bien entrer en ligne de compte: comment organiser des dédoublements de classes en séparant garçons et filles à l'heure de 11 200 suppressions de postes dans l'Education nationale?

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