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13.05.2008
Pourquoi développer le soutien scolaire est une idée néfaste
Par Nestor Romero | Ancien enseignant | RUE89 | 13/05/2008 | 20H20Nous assistons, ce printemps, au développement d'un paradoxe. Voici, en effet, que pour justifier la suppression d'une douzaine de milliers de postes dans l'institution éducative les conservateurs de ce pays, ministre en tête, exhortent les enseignants à "travailler autrement".
Paradoxe, en effet, car ce "travailler autrement" a toujours été la préconisation essentielle d'une frange de pédagogues que les conservateurs de toujours n'ont cessé et ne cessent de combattre.
Avant d'examiner le contenu de ce "travailler autrement" ministériel dont nous verrons qu'il se résume à un mensonge et peut-être même à une immoralité, il convient d'être attentif à l'argument avancé pour justifier cette politique restrictive: le "taux d'encadrement" serait fort convenable dans notre pays, il serait même bien meilleur que celui de tous nos voisins européens.
Ce qui importe ici, ce n'est pas le chiffre (11 et des poussières d'élèves par enseignant!) non pas faux sans doute, mais évidemment dépourvu de sens du point de vue pédagogique. Ce qui importe, c'est la terminologie et particulièrement le mot encadrement qui définit lumineusement le rôle attribué aux adultes dans le système éducatif: encadrer!
Il faut "encadrer" les enfants. Comprendre, les enfermer dans un cadre
Car il ne s'agit pas d'une inadvertance de langage mais bien d'une déclaration d'intention corroborée par ce que nous allons découvrir dans le "travailler autrement" ministériel.
L'intention est donc celle-ci: l'institution éducative a pour première fonction d'encadrer les enfants. Non pas les accompagner et les guider comme il le faut pour qu'ils ne s'égarent dans les chemins de traverse inextricables, mais les enfermer dans un cadre dont les limites ont été préalablement fixées.
Le courant conservateur ne cesse d' exposer la nature de ces limites en des termes qui sont comme des pieux que l'on enfonce, à la masse, aux quatre coins de la clôture: compétition, mérite, élitisme, argent.
Dire que les propagandistes de la clôture sont des conservateurs est donc parfaitement pertinent, puisque l'encadrement qu'ils proposent enferme un modèle social qui n'a pas varié depuis plus d'un siècle, depuis les loi Ferry, lequel d'ailleurs ne manque pas d'être sollicité comme un parangon de réformisme. Notons simplement que ce conservatisme transgresse, aujourd'hui plus que jamais, les clivages politiques traditionnels.
"Le mot 'démocratisation' n'est pas dans le vocabulaire des fondateurs de l'école".
Nous savons bien, cependant, comme nous le dit Antoine Prost, incontesté historien de l'éducation, que "'démocratisation' n'appartient pas au vocabulaire des fondateurs de l'école républicaine".
"Je ne l'ai pas rencontré sous la plume de Ferry, de Bert ou, avant 1900, de Buisson. C'est que leur objectif n'était nullement de remédier à l'inégalité sociale; pour eux la diffusion de l'instruction n'avait pas pour but la promotion des individus.
"Ainsi s'accommodaient-ils très bien d'un dualisme qui exclut toute passerelle entre l'école du peuple et le secondaire. L'école primaire républicaine affiche donc la volonté de ne pas modifier la position sociale de ceux qu'elle instruit: les petits paysans doivent devenir paysans à leur tour et les petits ouvriers, ouvriers." (A. Prost, "Education, société et politique", éd. du Seuil, Paris, 1997, p.47).
A l'évolution du langage près ("démocratisation" est sollicité de nos jours à tort et à travers par tous les conservatismes), le modèle social contenu dans les limites du cadre conservateur est celui d'une société inégalitaire dont "l'inégalitarisme" est donné non seulement comme indépassable mais, la théorie du mérite aidant, comme état naturel de la société.
Cependant, quand les conservateurs disent qu'il faut, pour améliorer le système éducatif, travailler autrement, ils ont raison. Quand ils disent que le problème est, aujourd'hui moins celui du nombre d'élèves par classe (ce qui n'est pas vrai partout, bien sûr) que celui des méthodes pédagogiques mises en oeuvre, ils ont raison.
Le soutien scolaire est devenu la panacée du discours ministériel
Mais alors vient le moment d'examiner de plus près le contenu de ce "travailler autrement" conservateur.
On a déjà dit ici, à maintes reprises, pour ainsi dire à satiété, comment du b-a, ba au "par coeur" en passant par une instruction civique au service d'une propagande nationaliste (debout les enfants, tous en coeur à mon commandement...) le néo-conservatisme tourne au cynisme le plus réactionnaire.
Il n'en va pas autrement de la "théorie du soutien" qui est donnée comme le fondement humaniste du "travailler autrement". Soutenir les élèves en difficulté par une aide individualisée devient dans le discours ministériel la panacée, le nec plus ultra de la réflexion pédagogique qui débouche en outre sur le bon sens, le gros bon sens.
En réalité il s'agit tout simplement là d'une mauvaise action de la part d'un pouvoir qui ne sait où donner de la tête, hanté par l'éventualité toujours possible d'un nouveau "soulèvement de la vie". Il s'agit en tout cas d'un mensonge proféré car on n'ose croire qu'il puisse s'agir d'ignorance.
Pendant des années, en effet, le fameux soutien, auquel était joint l'approfondissement, a été pratiqué peu ou prou dans tous les collèges quand il est devenu évident que le "travailler autrement", préconisé par les réformateurs du début des années 80 et depuis longtemps par les divers courants de pédagogie active, ne serait pas mis en oeuvre.
Le "soutien" n'est d'aucun secours pour les enfants en échec scolaire
Le soutien est apparu alors comme la mesure simple à mettre en oeuvre et qui permettait de se donner bonne conscience à peu de frais (il suffisait, déjà, de payer des enseignants volontaires en heures supplémentaires ce qui montre que le pouvoir actuel est d'une remarquable créativité). Et ce fut un échec.
Pire, ce soutien s'est révélé comme un instrument ou, pour être moins radical, comme un adjuvant efficace de la ségrégation sociale produite par le système éducatif lui-même.
Quand les néo-conservateurs, ministre en tête, disent que soutenir ainsi c'est donner aux pauvres (aux défavorisés, disent-ils, bien sûr) ce que les riches peuvent se payer, des cours particuliers en somme, ils mentent.
Ce qui est passé sous silence dans cette démarche c'est tout simplement l'essentiel, l'implication de l'enfant dans sa scolarité, dans son accès au(x) savoir(s), implication qui n'est pas donnée comme une grâce à chaque enfant, mais qui dépend essentiellement des conditions sociales, économiques et culturelles dans lesquelles il naît et il vit.
La preuve a été faite tout au long de ces années que le "soutien", non seulement n'est d'aucun secours pour les enfants en échec scolaire mais se révèle comme particulièrement contre-productif.
Car, reprenant les mêmes leçons, les mêmes exercices avec les mêmes méthodes à quelques variantes didactiques près, en fin de journée (nécessairement puisque les emplois du temps sont sacrés), alors que enseignants et enfants n'en peuvent mais, et que l'on entend les copains s'esclaffer dans la rue, ce soutien ne fait que confirmer et conforter l'élève dans sa situation d'échec.
Il n'a plus alors qu'une envie: quitter ce lieu de malheur ce lieu qui est celui de son malheur.
Car le soutien ainsi dispensé contribue à confirmer cet enfant dans sa "nullité", dans son incapacité qu'il éprouve comme une malédiction pour ainsi dire constitutive de son être.
Faire travailler les enfants pendant les vacances les convainc de leur incapacité
Alors quand le soutien a fait preuve de son inanité, il ne reste plus qu'à énoncer le constat qui est un baume pour la bonne conscience: il est des enfants aptes à accéder au savoir et d'autres qui ne le sont pas et auxquels il convient donc de permettre d'entrer dans la vie active aussi tôt que possible pour y assumer les tâches qui leur sont destinées de toute éternité.
Mais on peut faire preuve de plus de sollicitude encore et organiser, comme le propose le ministre actuel, des "stages de remise à niveau" pendant les vacances pour ces enfants qui de toute façon ne partent pas en vacances et, si l'on peut, confier en outre ces stages aux collectivités locales -l'école ne peut pas tout n'est-ce pas.
Et c'est ainsi que la discrimination sociale va son train dans le cadre même de l'institution éducative, par l'ancrage dans l'esprit de ces enfants de la conviction de leur propre incapacité. Conviction confirmée matériellement, vécue dans l'instant, par leur présence en cours de soutien quand les autres sont en vacances.
Le "travailler autrement" de nos conservateurs "modernes" est un leurre
Je sais bien que l'on citera l'exemple d'un tel ou d'une telle sauvé(e) par le "soutien", je sais bien. Autant d'exemples qui occultent la masse de celles et ceux qui n'ont pas été sauvés, qui occulte surtout la perspective d'une autre école possible dans laquelle le "travailler autrement" rendrait le soutien, ce soutien-là, superflu.
Au fond, pas plus que Jules Ferry ne songeait à construire une école démocratique c'est-à-dire une école dans laquelle la plupart des enfants d'ouvriers ne seraient pas condamnés à être ouvriers, les conservateurs d'aujourd'hui ne songent à mettre en oeuvre une école qui permette à chaque enfant de s'émanciper, c'est-à-dire de rompre avec le déterminisme social.
Et c'est en cela que le "travailler autrement" n'est dans la bouche des conservateurs "modernes" qu'un slogan, qu'un mensonge, bref une mauvaise action et une immoralité, car il s'agit d'enfants.
20:37 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Anesthésie générale...
20:21 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Piqûre de rappel (toujours utile) avec Martin Niemöller :
Lorsque les nazis sont venus chercher les communistes
Je me suis tu, je n'étais pas communiste.
Lorsqu'ils sont venus chercher les syndicalistes
Je me suis tu, je n'étais pas syndicaliste.
Lorsqu'ils sont venus chercher les sociaux-démocrates
Je me suis tu, je n'étais pas social-démocrate.
Lorsqu'ils sont venus chercher les juifs
Je me suis tu, je n'étais pas juif.
Puis ils sont venus me chercher
Et il ne restait plus personne pour protester.
19:21 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : sarkozy, démocratie, république, droite, gauche, liberté
La France, une démocratie ???
Quand la police saisit tracts et journaux pour une visite de Nicolas Sarkozy
POLITIQUE - La scène se déroule dans le centre-ville de Vienne (Isère), mardi en fin de matinée, une heure et demie avant l'arrivée de Nicolas Sarkozy. Le chef de l'Etat visite une usine à ce moment-là, et il est attendu ensuite dans la salle des fêtes de Vienne, pour participer à une table ronde sur "la modernisation de l'économie française". Des militants veulent manifester aux abords. Certains du PS, d'autres du PCF, d'autres encore de la la LCR. Ils sont environ 150 à 200, selon un journaliste présent. Mais il y a également énormément de policiers en civil, sur la place et dans toutes les rues avoisinantes. Normal pour une visite présidentielle. Sauf que le journaliste présent constate que les policiers sont en train de contrôler et fouiller les militants, et surtout de saisir tous leurs tracts, leurs autocollants, et même leurs journaux. Celui-ci a Rouge dans son sac ? Saisi. Celui-là l'Huma à la main ? Saisi également. Quelques jeunes gens de la LCR refusent de remettre leurs tracts, ils sont alors menottés et embarqués. Sous l'objectif d'un photographe...
Photos : JPK
Fouille du sac d'un militant
Une pile de tracts saisis

Menottage d'une militante qui a refusé de donner ses tracts

Arrestation de la même militante
18:27 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : france, démocratie, sarkozy, police, gauche, ump
La biométrie se fiche de nous
Flicage. Dès juin 2009, les passeports français devraient comporter les empreintes de huit doigts, malgré l’avis négatif de la Cnil.MARIE-JOËLLE GROS - Libération
Vous aussi, vous aurez bientôt droit à votre passeport biométrique. Son décret d’application vient d’être publié au Journal officiel. Sans passer devant le Parlement ni suivre l’avis de la Commission nationale de l’informatique et des libertés (Cnil), qui s’en inquiète (lire ci-dessous). Ce nouveau passeport biométrique, disponible en juin 2009, va donc devenir obligatoire.
Quoi, ça ne vous ravit pas ? C’est vrai qu’on a un peu de mal à se reconnaître sur une photo numérisée. D’où cette nouvelle insulte : «Dis donc, t’as une de ces têtes ce matin, on dirait que t’es biométrique…» Mais il y a beaucoup plus préoccupant : la création d’une banque de données centralisée. La biométrie suit le chemin de la vidéosurveillance, en entrant chaque jour un peu plus dans nos vies. Son principe : identifier les individus à travers les particularités de leurs corps (empreintes digitales, iris de l’œil, contour du visage, etc.). Un petit côté James Bond à première vue, beaucoup moins séduisant dès que l’on comprend que toutes les polices du monde rêvent de constituer des bases de données des individus, et de les interconnecter.
Le problème d’une technologie, c’est toujours l’usage qu’on cherche à en faire. Au nom de la sécurité, est-il nécessaire de collecter des infos intimes sur tous, uniquement pour s’assurer qu’escrocs ou criminels ne passeront pas à travers les mailles du filet ? Retour sur une technologie qui inquiète autant qu’elle fascine.
Co mment ça marche ?
Les empreintes digitales, l’iris de l’œil, le contour du visage, celui de la paume, le réseau veineux, la voix, l’haleine, appartiennent au patrimoine biologique de chacun d’entre nous. Ces particularités recèlent donc tout un tas d’informations intimes qui permettent l’identification des individus, de manière plus ou moins fiable. A quoi servent-elles ? A limiter les cas d’usurpation d’identité, à contrôler qui les accès à un lieu ou un territoire, à surveiller les allers et venues. Ce qui nécessite la constitution d’une base de données pour les classer. Dans le cas d’un impératif de sécurité majeur (passeports, notamment), le procédé peut se comprendre, à condition d’être débattu. Mais en dehors de ce cas de figure, la question de fond reste toujours la même : le jeu en vaut-il la chandelle ?
Les ancêtres sécuritaires
Prenons les empreintes digitales. Autrefois, on imbibait d’encre un seul index et on le plaquait sur une carte d’identité. Sur le nouveau passeport ce sont carrément les empreintes de huit doigts qui seront numérisées. L’informatique a accéléré le mouvement. L’ordinateur mouline les données et compare les empreintes instantanément. Le FBI, par exemple, préparerait une gigantesque base de données biométriques. En collectant plusieurs éléments (empreintes des doigts et iris de l’œil par exemple), difficile de passer à travers les mailles du filet. Même quand on s’est ruiné en achats de postiches, voire en opérations de chirurgie esthétique.
A la cantine et au travail
De plus en plus d’entreprises ou de cantines scolaires cherchent à s’équiper de systèmes d’accès biométriques. «Ce développement est exponentiel» , souligne la Cnil. Après examen, elle a autorisé 494 dispositifs biométriques en entreprise en 2007, contre seulement 34 en 2005. Et à ce jour, 195 cantines scolaires possèdent déjà le leur. Le plus fréquent, c’est le contour de la main : vous posez votre paluche dans un lecteur et le système vous autorise à passer, ou pas. Dans ce cas-là, la machine ne fait que reconnaître votre main : elle ne la compare pas avec d’autres, ne farfouille pas dans une base de données. Il n’y a - a priori - pas vraiment de grave dérive possible. L’argument de vente, c’est de se débarrasser des badges ou des codes, qu’on peut toujours perdre ou oublier. Mais on peut imaginer que la collecte serve à identifier un élève qui mangerait deux fois de suite au réfectoire, ou celui qui n’aurait pas payé son trimestre. En 2005, des étudiants ont organisé la destruction de deux bornes biométriques dans la cantine d’un lycée de Gif-sur-Yvette (Essonne), ce qui leur a valu de la prison avec sursis. Dans l’entreprise, les dispositifs biométriques donnent accès à des sites sécurisés. Et servent de plus en plus souvent de pointeuse.
Pourquoi ça fait peur ?
Dans un monde de surveillance et de suspicions, la biométrie a la cote. Ses ardents ambassadeurs mijotent des cocktails mêlant ADN, biométrie et vidéosurveillance. Les défenseurs des libertés publiques (dont la Ligue des droits de l’homme et d’autres associations soucieuses des dérives liées à la multiplication des fichiers) s’en inquiètent depuis longtemps. Le mois dernier, une campagne nationale - «Dépassons les bornes» - a été organisée contre la biométrie. La constitution d’immenses bases de données, à l’échelle d’un pays, voire d’un continent ou de la planète, a de quoi préoccuper.
En outre, la biométrie est par nature une technologie intrusive puisqu’elle rattache la donnée biométrique à son porteur : c’est le corps qui permet l’identification. Pourtant, le grand public y est rarement sensible. Comme si la dématérialisation liée à l’informatique limitait les prises de conscience. Comme pour la géolocalisation (dont les bracelets électroniques), les réseaux sociaux (comme Facebook sur Internet), ou les moteurs de recherche (comme Google), qui permettent de savoir tant de choses sur les uns et les autres.
09:19 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : biométrie, passeport, flicage, fichage, citoyens



