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12.05.2008

Lettre ouverte à Monsieur Xavier Darcos,

1490332189.jpgMonsieur,

C’est moi qui vous ai abordé hier lors de votre visite du château de Turenne, en Corrèze, en compagnie de votre famille et de vos amis. Vous sembliez si proche, si commun, si comme tout le monde, en jean et chemisette, que vous n’aviez pas l’air d’un ministre mais d’un Français comme beaucoup d’autres, profitant d’un week-end à rallonge. Je vous ai presque trouvé l’air sympathique.

Mais je ne pouvais pas ignorer à quelle politique vous participez et je me devais donc de vous faire part de mon sentiment, puisque je vous tenais, là à porter de la main, si j’ose dire, et qu’il est si facile de vous critiquer sur les blogs et les forums ; je ne serais donc pas capable de vous dire en face ce que je pense ? J’aurais regretté toute ma vie de ne pas vous avoir fait part de mes sentiments.

Vous agissez en comptable, rien de plus, rien de mieux. Vous travaillez sur de l’humain et, en sabrant les postes d’enseignants, vous plongez de nombreux professeurs dans de grandes difficultés, alors que leur métier, dont je suis, est déjà suffisamment difficile comme ça ; comment assurer correctement sa mission quand la charge de travail ne cesse d’augmenter face à des classes souvent surchargées et très difficiles à « tenir » ? Quand un professeur de maths n’est pas remplacé, il faut que les classes dont il assurait les heures soient « dispatchées » sur les autres disciplines, ce qui fait que les cours des collègues sont de plus en plus chargés en effectif (je vous suggère d’ailleurs, Monsieur le Ministre, la lecture de cet article totalement pertinent et qui explique dans le détail les effets pervers de la politique que vous mettez en œuvre). Nous sommes loin de constater dans nos classes la baisse d’effectifs que vous ne cessez de nous seriner ! Moralité, faire cours, en particulier en langue, avec des classes de collège de plus de 30 élèves devient mission impossible le plus souvent… Et qui trinque, au bout du compte ? Les enfants, Monsieur Darcos, les enfants dont vous devriez pourtant vous soucier davantage. Hier, vous étiez confortablement en vacances avec votre famille, avec votre fils, mais vous devriez penser davantage aux enfants des classes sociales défavorisées qui n’ont pas la chance de visiter la France par une belle journée ensoleillée, et qui voient leur avenir fortement compromis par des « réformes », qui n’ont de réforme que le nom, vu qu’elle ne visent pas à améliorer les choses mais qu’elles les détériorent. Votre réforme du primaire n’est qu’un leurre : vous voulez remettre au goût du jour une vieille idéologie, alors que l’Education Nationale se meurt des idéologies depuis trop longtemps. Vous sabrez les heures dans le primaire : comment pouvez-vous prétendre améliorer le niveau scolaire des enfants ? Vous ne ferez pas mieux que vos prédécesseurs et je crains même que vous ne fassiez pire, au vu de l’équipe gouvernementale à laquelle vous appartenez.

Comme je vous l’ai dit hier au terme d’un échange très court, « vous faites beaucoup de mal à l’Education, Monsieur le Ministre ». J’espère que vous avez passé une bonne journée et que mon intervention inopinée au milieu de votre charmante visite dominicale ne vous aura pas gâché votre plaisir… Je ne me fais pas beaucoup de souci sur ce point.

Albanel et l'AFP: comme un parfum de "Voix de la France"

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Par Philippe Madelin | Journaliste | 12/05/2008 | RUE89

Emboîtant le pas du président Sarkozy et de l’UMP Frédéric Lefebvre, Christine Albanel accuse l'Agence France presse (AFP) de censurer les communiqués politiques. Et la ministre de la Culture et de la Communication de déclarer dans le JDD:

"Afin de couper court à la polémique, je me demande s'il ne serait pas envisageable que l'AFP mette à disposition de ses abonnés l'ensemble des communiqués de presse des partis."

Par une telle déclaration, elle prétend que c’est au pouvoir politique de définir les missions de l’AFP, alors que cette entité est une entreprise de droit privé.

Il faut dire que l’agence a toujours souffert de ce complexe. Quand j’y ai travaillé en Afrique, il y a bien longtemps, alors que le général De Gaulle venait de reprendre le pouvoir, il était entendu que l’agence se devait de porter la parole française dans tous les journaux du monde.

C’était alors la conception qui prévalait pour cet outil, une sorte de prolongement du gouvernement et du Quai d’Orsay. Nombre de chefs de postes, à commencer par le mien, émargeaient d’une façon plus ou moins officielle aux services français de renseignement, aux côtés d’autres agences dites multinationales enracinées en France comme l’Office pour la recherche scientifique outre-mer (Orstom) ou Air France.

Dans le monde, des dizaines d’agences nationales ont été créées sur ce modèle. A commencer par l’agence soviétique Tass. Issue de la nationalisation de l’agence Havas en 1944, l’AFP ne devait être qu’un organe de gouvernement, un relais du pouvoir. Les journalistes jouaient à être indépendants. Ils ne l’étaient pas. Les mauvaises têtes étaient écartées sans la moindre pitié.

Ah quelle époque! Le ministre de l'Information validait le menu du JT du soir

En vérité, bien loin de la "rupture", le pouvoir actuel renoue avec les pires pratiques des gouvernements français d’inspiration gaulliste lesquels ont démontré qu’ils ne comprenaient rien au rôle de la presse, qu’ils considéraient que comme une simple courroie de transmission pour le discours officiel.

Ah, quelle époque! C’était le temps où sur le bureau du directeur de l’information de la première chaîne -je l’ai vu de mes yeux sur le bureau d’Henri Marque- trônait le téléphone assurant la liaison directe avec le ministre de l’Information, auquel il communiquait le sommaire du journal avant sa diffusion.

C’était le temps où le ministre de l'Intérieur menaçait d’un procès en diffamation la radio Europe 1, parce que la station avait l’intention d’évoquer la maladie du président Georges Pompidou, alors au dernier stade de l’agonie. Ce ministre, c'était un certain Jacques Chirac...

C’était le temps où la sociologue québécoise Denise Bombardier consacrait sa thèse de doctorat de sociologie à "La Voix de la France", dénonçant la confusion entre les intérêts du pouvoir et la télévision naissante, encore considérée comme un moyen de pure propagande.

L'Etat, via les abonnements payés par ses services, reste le principal client de l'AFP

Face à la concurrence acharnée des agences de presse anglo-saxones, l’AFP a failli mourir faute d’une crédibilité propre, les abonnements émanant des journaux étrangers s’effondraient.

Aujourd'hui, le gouvernement croit disposer d’un moyen de pression décisif, en oubliant que l’Etat n’est plus depuis longtemps l’actionnaire majoritaire, et qu'en outre, une série de structures assurent en principe à l’Agence une totale indépendance éditoriale.

Il est vrai que la puissance publique, à travers les abonnements conclus par les ministères et les administrations, demeure le principal client de l’AFP, qu’elle contrôle de facto en déterminant le montant de ses abonnements. Le Président et ses affidés peuvent donc croire que l’Agence est " leur" chose, qu’ils peuvent la manipuler comme ils l’entendent.

Depuis maintenant cinquante ans, à la suite de l’inoubliable Jean Marin, ce héros authentique de la Résistance qui a préside aux destinées de l’AFP pendant vingt-trois ans, les responsables de l’Agence et maintenant ses journalistes mènent un combat sans répit afin d’assurer la survie de l’institution, afin d’éviter sa "provincialisation", une réduction au seul territoire français de son audience, de son aura, de ses clients.

Faire de l'agence une "machine à communiqués", c'est la marginaliser

Un combat en partie réussi: l’AFP diffuse ses informations en six langues, elle dispose de 110 bureaux dans le monde, et compte des clients dans 165 pays.

Malheureusement, l’autonomie financière n’est pas encore assurée, et, sans elle, l’indépendance de l’AFP n'est pas encore garanti.

Le registre de réflexion est celui des bonnes pratiques commerciales, d’un utilisation opportune d’un outils majeur permettant d’assurer la présence de la francophonie dans le monde.

Ravaler l’Agence France Presse au rôle de simple vecteur de transmission pour les "communiqués" des partis politiques, c'est-à-dire de l’UMP, serait le plus sûr moyen de marginaliser et détruire définitivement l’AFP.

Les fragiles anges gardiens des mineurs placés en zone d'attente

Par Sabrine Kasbaoui | Etudiante en journalisme | RUE89 | 11/05/2008 | 10H43

Ils sont les premiers et souvent les derniers défenseurs des mineurs étrangers qui posent les pieds sur le sol français. Depuis 2005, date de l'entrée en vigueur de la loi relative à l'autorité parentale, les administrateurs ad hoc sont chargés de représenter et guider ces enfants placés en zone d'attente à leur arrivée en France. Ils sont bénévoles, représentants de la Croix rouge à Roissy et de France terre d'asile à Orly. Ils ont peu de marge de manœuvre et de grandes responsabilités. Rencontre avec l'un d'entre eux.

"A la police aux frontières, ils m'appellent l'ad hoc! Le capitaine ad hoc!", lance-t-il en riant. Il est volubile, vif, incollable sur le thème des mineurs étrangers isolés. Dominique Bourdin gère le Centre d'accueil et d'orientation pour mineurs isolés demandeurs d'asile (Caomida) de Boissy-Saint-Léger, fort de 11 salariés et qui abrite 35 enfants. Mais depuis janvier 2007, Dominique Bourdin est aussi l'administrateur ad hoc de la zone d'attente d'Orly. Il y est le représentant de France terre d'asile.

A plus de 30 ans, n'ayant fait l'objet d'aucune condamnation et possédant les compétences requises en matière de droit de l'enfant, il remplissait le mieux les critères de sélection afin d'assurer cette fonction délicate.

Une fonction créée pour combler un vide juridique

La création de ces administrateurs ad hoc est destinée à combler un vide juridique du droit français. Des enfants, âgés le plus souvent de 15 à 17 ans, parfois moins, pouvaient ainsi faire l'objet de procédures administratives sans être représentés par un adulte.

Mais l'Association nationale d'assistance aux frontières pour les étrangers ((Anafé), qui possède un bureau dans la zone d'attente de Roissy, a dénoncé les insuffisances du nouveau système dès d'octobre 2006.

Elle regrette que le législateur se soit contenté de mettre en place "un simple système de représentation légale", insuffisant pour prévenir "le risque de refoulement vers un pays" ne présentant assez de garanties, qui peut "intervenir à tout moment".

Dominique Bourdin évoque, lui aussi, les limites de sa fonction: "Le procureur de permanence nous appelle à n'importe quelle heure. On a peu de temps pour réagir", explique-t-il.

A lui ensuite de vérifier d'où vient l'enfant, d'estimer le danger qu'il encourt, de déposer une demande d'asile, de faire des pieds et des mains afin de prouver sa minorité lorsque celle-ci est mise en doute, de tenter de prendre contact avec des membres de sa famille, de les extirper des réseaux qui les ont mis dans cette situation.

Un "grain de sable" dans la grande machine à expulser

Depuis sa nomination, il a géré douze situations à Orly. C'est bien loin du chiffre comptabilisé à Roissy qui gère près de 500 situations de ce type par an, ce qui s'explique par la provenance des vols atterissant dans les deux aéroports parisiens. Il se fait l'effet d'un "grain de sable" dans une énorme machine. (Voir la vidéo.)

"Quand j'en fais rentrer un [sur le territoire, ndlr], c'est un peu comme une invalidation de leur politique; parfois, ils m'en veulent. C'est un match, sauf que ce n'est pas un jeu, on parle d'êtres humains." Des êtres humains broyés dans un système qui les dépasse.

Cette petite Malienne de 9 ans (voir la vidéo) que Dominique Bourdin avait pris en charge, a été renvoyée vers l'aéroport d'où elle avait débarqué. Puis, de Dakar, à nouveau redirigée vers Abidjan, où elle est arrivée après quarante-huit heures de périple, déshydratée et choquée. Elle habite désormais chez sa tante en Côte-d'Ivoire, et risque toujours l'excision.

"Un bras de fer sous-jacent avec la police"

L'enjeu de sa mission, Dominique Bourdin le mesure chaque jour, à l'aune de sa propre histoire. D'origine italienne, né en France mais bercé dans le milieu de l'immigration, il commence à travailler comme éducateur avec des mineurs étrangers isolés dans les années 80: des "boat people", réfugiés du Sud-Est asiatique. La découverte de leur situation et de leur itinéraire est un choc.

Il postule ensuite pour intégrer l'association France Terre d'Asile et diriger le Caomida:

"Aujourd'hui, être administrateur ad hoc, c'est être sur la ligne de front. Chaque rencontre avec un jeune est un défi, un bras de fer sous-jacent avec la police. Pour moi, c'est une manière aussi de rester sur le terrain."

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