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31.03.2008

Sous les subprimes... l'Irak :

1811095754.jpgAvec la Lettre A, la chronique de Jean-Michel Quatrepoint.
 
Les 600 milliards de dollars investis dans la guerre en Irak auraient aussi bien pu servir à stabiliser l'économie américiane, et à éviter la récession. Mais...

Pour les Etats-Unis, l'histoire se répète : l'Irak est son nouveau Vietnam. La facture humaine de ce qui ne devait être qu'une promenade de santé au Moyen-Orient ne cesse de s'alourdir. Près d'un demi-million de morts irakiens, un exode massif des élites, notamment des chrétiens, une guerre civile qui n'en finit pas, une impasse militaire, une image de l'Amérique gravement et durablement dégradée… La facture économique est tout aussi salée. A l'origine, les dirigeants américains avaient expliqué - discrètement - que la chute de Saddam Hussein allait permettre d'accroître massivement la production irakienne de pétrole. Ce qui devait faire baisser le prix du baril et financer la guerre et la reconstruction de l'Irak.

Accroissement de la dette, enrichissement des entreprises

C'est tout le contraire qui est arrivé ! La production irakienne est toujours loin d'atteindre son niveau d'avant la guerre. Et le prix du baril sur le marché mondial a quadruplé. Les coûts de l'intervention, de leur côté, ont explosé. Une bataille de chiffres a commencé outre-Atlantique. Pour le prix Nobel d'économie, Joseph Stiglitz, la note à long terme, incluant tous les coûts indirects (intérêts de la dette, pensions pour les victimes), pourrait atteindre 5 000 milliards de dollars pour les Etats-Unis. Les experts du Congrès sont moins pessimistes : leur fourchette va de 1 000 à 2 000 milliards. Pour mémoire, rappelons que les prévisions de l'administration Bush, en 2002, étaient de 60 milliards. Officiellement, on en est déjà à dix fois plus. Autant que ce qu'a coûté la totalité de la guerre du Vietnam.
Certes, cet argent n'a pas été perdu pour tout le monde. Tous ceux qui touchent de près ou de loin au pétrole, à commencer par les pays producteurs et les compagnies, en ont largement profité. Les centaines de milliards déversés sur l'Irak ont irrigué des entreprises du complexe militaro-industriel et quelques groupes amis de l'administration Bush. Reste que ces 600 milliards de dollars déjà dépensés ont bien dû être financés. Ils l'ont été par de la dette publique, souscrite non par les ménages américains mais par des investisseurs extérieurs, à commencer par la Chine, qui recycle ainsi ses excédents commerciaux.

L'Amérique saura-t-elle rebondir?

Pour un certain nombre d'économistes, il existe un lien direct entre le coût de la guerre en Irak et la crise financière dite des subprimes. Ces 600 milliards de dollars, expliquent-ils, auraient été mieux utilisés s'ils avaient été dépensés aux Etats-Unis pour stimuler l'économie. Ils accusent la Fed d'avoir, par une sorte de compensation, fait fonctionner la planche à billets, en fermant les yeux sur les dérives du système bancaire, la bulle immobilière et le boom d'une consommation basée sur le crédit. Aujourd'hui, les deux dettes - la publique et la privée - s'additionnent. Avec une conséquence évidente : la baisse du dollar et un début de récession aux Etats-Unis.
Une situation que les Américains ont déjà connue il y a une trentaine d'années. Après l'humiliation de la défaite au Vietnam, l'épisode traumatisant de l'impeachment de Richard Nixon, une présidence Carter évanescente, l'Amérique était au fond du trou. Son industrie partait en lambeaux. Les Japonais jouaient le rôle des Chinois aujourd'hui. Les pays producteurs de pétrole, profitant de la faiblesse américaine, avaient récupéré une partie de la rente. Le prix de l'or noir s'envolait et le dollar s'effondrait. Ronald Reagan fut alors élu sur un simple slogan : «Make America great again». L'Amérique saura-t-elle rebondir une fois de plus, après l'élection présidentielle de novembre ?

Retrouvez ici d'autres informations et chroniques sur le site de La Lettre A.

Dimanche 30 Mars 2008 - 00:10
Jean-Michel Quatrepoint - Marianne2.fr

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