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21.03.2008

John McCain : centriste ou (néo)conservateur ?

560281238.jpg Le Sénateur John McCain, à la tête de la course à l'investiture du Parti républicain pour l'élection présidentielle américaine, est souvent désigné comme “modéré” ou “centriste”. A l'appui sont mis en avant tantôt ses différends avec les intégristes chrétiens, tantôt sa position moins rigide, par rapport à ses confrères républicains, sur la fiscalité et l'immigration.

Moins bien comprise - autant aux Etats-Unis qu'en France - est la probabilité qu'un Président McCain continuerait - et même intensifierait - la politique étrangère néoconservatrice de l'Administration Bush. Comme un journaliste américain l'a fait remarquer à propos du projet militariste de McCain, “Si vous avez trouvé que George W. Bush a eu la gâchette facile, vous n'avez encore rien vu...”

Loin d'être “modéré”, McCain a été associé depuis longtemps au “conservatisme de la grandeur nationale” (“national greatness conservatism”) dont le haut lieu intellectuel est l'hébdomadaire néoconservateur The Weekly Standard. Des intellectuels comme David Brooks, William Kristol et Robert Kagan y prônent depuis les années 1990 une politique étrangère musclée et volontariste menée par un leader qui rassemblerait les Américains autour d'un grand projet nationaliste. Ils ont soutenu la candidature de McCain aux primaires républicaines de 2000, puisque George W. Bush préconisait alors une politique étrangère “humble”....

Pour certains des néoconservateurs, c'est la timidité de la diplomatie Bush qui gêne, et non pas son bellicisme. L'un d'eux s'est plaint dans The Los Angeles Times que le président “n'a pas fait assez pour faire respecter ses menaces contre la Syrie et l'Iran.” Pour cet analyste, la solution est d'élire McCain “parce que les autres pays auraient plus peur de lui que des Démocrates -- ou bien que du président sortant.”

McCain est donc le candidat de tous ceux pour qui l'armée américaine n'est jamais assez grande ni le budget du Pentagone assez gonflé. Et McCain propose, en effet, d'augmenter de 20 pour cent les effectifs de l'armée et des Marines. Or cette augmentation interviendrait à un moment où les moyens que les Etats-Unis consacrent à la défense ont atteint leur niveau le plus élevé depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale !

Bien qu'il se soit opposé à la pratique de la torture sous l'administration Bush, McCain partage avec le président sortant une conception la plus large possible de la “Guerre contre le terrorisme.” Comme il l'a expliqué dans un discours à l'Université de Stanford en septembre dernier, cette guerre s'incrit dans “un combat politique, économique et philosophique mondial entre l'avenir et le passé...dont l'issue déterminera le sort de notre mode de vie démocratique.” Pour assurer la perpétuité de celui-ci, McCain se dit prêt à rester en Irak pendant “100 ans”.

C'est davantage l'impérialisme de McCain que sa soi-disant “modération” qui est à la racine du clivage entre le candidat républicain présumé et le mouvement conservateur traditionnel. Robert Kagan, un des leaders des néoconservateurs et un conseiller diplomatique de McCain, l'a dit lui-même dans le Financial Times : “Les conservateurs traditionnels craignent, avec raison, qu'une politique étrangère de grandeur entrainera plus d'Etat.” Selon cette logique le magazine conservateur traditionnel Human Events a désapprouvé récemment, par exemple, que McCain et ses défenseurs “prétendent croire en des idéaux conservateurs mais n'hésitent pas à les accomplir à travers des moyens gauchistes, à savoir plus d'Etat.”

La surenchère patriotique de McCain ne plaît pas non plus aux fondamentalistes. Pour eux le problème, loin de leurs préoccupations sur l'avortement ou le mariage gay, est tout simple : McCain ne comprend pas que “c'est Jésus le Seigneur, et non pas l'Amérique”, comme l'a récemment déploré un blogeur du milieu intégriste.

La candidature de McCain ne sera donc soutenue qu'avec réticence par des élements clefs de son propre parti : les conservateurs traditionnels et les chrétiens fondamentalistes. Mais ce qui repousse ces gens-là pourrait en attirer d'autres, et le projet militariste et impérialiste de McCain a toutes les chances de rassembler les électeurs modérés mais nationalistes de la classe ouvrière blanche. D'autant plus que les Démocrates sont en train de désigner soit une femme soit un noir comme candidat(e).

Par ailleurs, malgré les efforts de Barack Obama de se montrer rassembleur, il n'en est pas moins un des sénateurs les plus à gauche, tandis que McCain profite des querelles avec les intégristes pour se poser en “franc parleur”, le candidat du bon sens. Et si la situation en Irak reste relativement stable, le fait qu'Obama s'est opposé à la guerre dès le début -- un de ses atouts dans les primaires démocrates -- pourra se retourner contre lui en novembre. Or McCain, défenseur acharné de la stratégie de renforcement des effectifs en Irak, n'a jamais vacillé sur la question.

Chasser du pouvoir les néoconservateurs et le projet d'hégémonie américaine perpétuelle qu'ils représentent ne sera donc pas aussi facile qu'il peut paraître depuis la France. Et désigner John McCain comme “centriste” n'élucidera pas les vrais enjeux, non seulement pour les Etats-Unis mais pour le monde entier, des présidentielles américaines.

Vendredi 21 Mars 2008 - 12:14
Jordan Stancil (enseignant d'histoire américaine à l'IEP de Paris) - Marianne2.fr

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